N’êtes-vous pas fatigué d’être partout ?
Pas du tout. Je trouve que les choses ne vont pas assez vite ! Mon bureau, c’est ma voiture. Je fais 11 000 kilomètres par mois, sans compter les déplacements en train. Celui qui n’a pas compris que dans une grande région il faut être en proximité, sur le terrain, pour incarner l’institution et une nouvelle approche de la politique, n’a rien compris !

Quelles sont les bonnes et les mauvaises surprises de cette première année de mandat ?
Les mauvaises nouvelles, ce sont les entreprises que nous n’avons pas pu sauver, malgré nos efforts, faute de repreneur privé. Les bonnes, ce sont les entreprises que nous avons pu sauver, avec des méthodes parfois peu orthodoxes, comme le fait d’aller en Suisse demander à des actionnaires un délai pour organiser la reprise de l’usine qu’ils voulaient fermer. Je ne suis pas l’État, je n’ai pas tous les pouvoirs, ce n’est pas moi qui crée les emplois mais je peux quand même jouer un rôle. Et peut-être montrer que notre territoire, connu pour ses difficultés, a aussi envie de bouger, d’innover.

Que pensez-vous, avec le recul, du démantèlement de la jungle de Calais ?
Engagement tenu. J’avais promis que je m’y consacrerais inlassablement. Avec le gouvernement, j’ai usé de dialogue mais aussi, je ne le cache pas, de menace, en disant qu’en cas de problème grave, je le dénoncerai. Ma responsabilité, aujourd’hui, c’est de veiller à ce que des migrants ne se réinstallent pas et de promouvoir le redémarrage économique du Calaisis.

Êtes-vous satisfait du travail de l’exécutif régional ?
Je demande beaucoup aux vice-présidents, j’en ai conscience, mais je pense qu’un président de Région, aujourd’hui, doit être un entrepreneur, un leader et un manager. Les membres de l’exécutif sont un peu comme les ministres d’un pays de 6 millions d’habitants. Beaucoup de ces élus avaient déjà des responsabilités et font un gros travail. Je suis vraiment satisfait de l’équipe.

Au prix de quelques recadrages et rappels à l’ordre ?
Je vous l’ai dit : j’assume le rôle de manager.

N’êtes-vous pas déçu de voir autant de vice-présidents candidats aux législatives ?
Vous pensez que je leur reprocherais d’avoir de l’ambition ? Allons… mais non ! J’en ai encouragé plusieurs à se présenter. S’ils sont élus députés, ils ne pourront pas rester vice-présidents de la Région. Il y aura un remaniement de l’exécutif.

Qui est le numéro 2 de l’exécutif ?
Je ne comprends pas votre question. Il y a de la malice là-dessous. Je ne rentre pas dans ce jeu.

Pas d’arbitrages nécessaires entre Valérie Létard et Gérald Darmanin ? Pas de divergences entre elle et vous ?
Absolument pas ! La délégation de Valérie Létard est très claire. Si je lui ai confié la responsabilité de l’aménagement du territoire et des schémas, c’est parce que je la connais. J’ai déjà travaillé avec elle en binôme au gouvernement. J’ai une chance : je ne me suis fait imposer personne sur ma liste et dans mon exécutif. Et j’ai un principe : je sais déléguer.

Pourtant, vous donnez l’impression de vouloir tout contrôler, jusqu’à la moindre embauche.
C’est vrai, tout recrutement passe par ma signature. L’un de nos enjeux est de maîtriser les dépenses de personnel. Je n’applique pas de ratio comptable mais je demande qu’on justifie chaque création de poste. Je faisais la même chose quand j’étais maire. Je pense que le responsable politique de la Région doit dire ce qu’il veut et assurer la mise en place de nouveaux process. Cette maison était cloisonnée ; c’est avec cela aussi qu’il faut rompre.

Quel est donc votre projet politique pour les Hauts-de-France ?
Tout est dans mon programme. Les grands domaines de compétence de la Région sont le développement économique et l’emploi, les transports, les lycées. Mais je consacre 80 % de mon agenda au premier.

Que pensez-vous de vos opposants du Front National ?
Il n’y a pas de dialogue possible avec eux. Ils essaient de surfer sur ce qui ne va pas. C’est la négation de la politique.

Quelle relation entretenez-vous avec vos rivaux de la dernière élection, absents de l’assemblée régionale ?
Je parle de dossiers territoriaux avec les élus du PC et du PS, comme quand j’étais maire et député sur mon territoire. Il n’y a pas de cogestion. Je suis guidé par la boussole de l’intérêt régional : un bon projet porté par une ville de droite sera financé par la Région ; un bon projet porté par une ville de gauche également. Je ne pratique pas le clientélisme mais je refuse qu’il y ait des territoires exclus, comme celui de Saint-Quentin l’a été, du temps de l’ancienne Région Picardie…

Avez-vous renoncé à tout destin politique national ?
Je l’ai dit mille fois mais on ne me croit pas. J’ai été ministre pendant six ans et demi, j’ai piloté des réformes importantes. Je n’ai pas de frustration. Je me sens plus libre encore comme président de Région que je ne l’imaginais. Dans le contexte des nouvelles Régions, la fonction est pratiquement à inventer. Le temps des présidents notables, c’est fini. Je ne le dis pas pour mes prédécesseurs mais pour les habitants des Hauts-de-France. J’aimerais les convaincre que la politique peut aussi être utile et je veux leur redonner de l’espoir ; tout le reste est dérisoire.

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Point final.

1 COMMENTAIRE

  1. Bravo ! Ça tient la route ! Mais qu’en pense Valerie L ?!
    Une interrogation, aussi ,suite à récent papier dans Le Monde: y avait-il (ou pas) du “grain à moudre” autour de la situation d’Alstom ?
    A bientôt pour la suite .
    R.
    PS. vous donnez vous un droit de suite – pour mettre en perspective les réactions de vos interlocuteurs ?

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