Il y a une dizaine de jours, vous avez écrit à Martine Aubry en prévision des municipales. Que lui avez-vous dit ?

J’ai pris l’initiative de consigner par écrit ce que je lui avais déjà dit oralement afin qu’elle dispose d'une trace et qu’elle puisse s’y référer. Voilà cinq ans que je suis arrivé à Lille avec ma famille. C’était un choix de vie. J’y habite toujours, même si j’ai dû déménager de Fives à Wazemmes. Dès l’élection d’Emmanuel Macron à la présidence de la République, j’ai compris que je serai battu lors de l’élection législative sur la 1ere circonscription du Nord. L’enjeu, c’était l’ampleur de la défaite . Depuis, je ne me suis pas mêlé de la vie politique locale. Aujourd’hui, j’ai proposé à Martine Aubry de me prendre sur sa liste. Mon envie, c’est d’être utile à Lille.                

Espérez-vous vous repositionner comme dauphin éventuel ?

Pas du tout ! Je n’ai nullement cette prétention. Je l’ai d’ailleurs écrit à Martine Aubry. Je connais les contraintes et les craintes liées à ma candidature. Mais mon seul souhait est de devenir adjoint chargé de la politique de la ville,  à la suite de Walid Hanna . Rien d’autre. J’aurais pu postuler pour figurer sur la liste socialiste pour les élections européennes, par exemple. Mais cela aurait fait session de rattrapage. Par ailleurs, j’aurais 66 ans à la fin de la prochaine mandature. Or pour imprimer sa marque comme maire, il faut 10 à 15 ans devant soi. Et toute personne qui pense encore que Martine Aubry n’ira pas au bout de son mandat se trompe. Elle a dit qu’elle s’engageait pour un mandat complet et elle le fera.              

Que vous a-t-elle répondu ?

J’attends encore sa réponse. C’est à Martine de décider si je suis le mieux placé pour porter ces sujets. Rien ne doit fragiliser sa candidature. Et je ne ferai jamais rien qui fragiliserait ma famille politique. Ma famille politique élargie, devrais-je dire. Car je pense que le PS ne peut plus fonctionner sans le parti écologiste. J’aimerais d’ailleurs beaucoup – c’est ma seconde envie ! – œuvrer à l’émergence d’une candidature unique de gauche en 2022. Je connais tout le monde, je peux en faire profiter mon camp.

Martine Aubry ne serait-elle pas ingrate à ne pas proposer cette délégation à l’ancien ministre de la Ville que vous êtes ?

Je ne pourrai répondre qu’après avoir reçu sa réponse à ma proposition. Ce que je peux dire, c’est que j’ai retrouvé peu à peu ma liberté. Après mon échec aux législatives, je ne suis pas parvenu à retrouver un emploi et j’ai fini par créer mon entreprise de conseil spécialisé sur les enjeux urbains. Je travaille beaucoup sur la revitalisation des centres villes dans les communes moyennes, notamment dans l’ancienne région Languedoc-Roussillon. Un an et demi plus tard, je commence à en vivre, mes revenus sont assurés. Et je pense que je peux apporter ma compétence à ma ville d’adoption.

Quel regard portez-vous sur la situation des quartiers à Lille ?

La vie dans les quartiers a changé partout en France. Cependant, le phénomène de repli et de ghettoïsation est moindre à Lille car les quartiers sont situés au cœur de la ville. Mais on assiste, ici comme ailleurs, à un repli identitaire. Parfois il peut avoir une traduction religieuse mais ce n'est pas uniquement le cas. Vous avez des jeunes immigrés qui ne se sentent chez eux ni en France ni dans leur pays d'origine. Le problème de fond, c’est qu’il n’y a pas de politique d’intégration en France.

Fin 2013, je me suis accroché violemment avec Manuel Valls, le ministre de l’Intérieur de l'époque, car je plaidais pour sortir la politique d’intégration du périmètre de l’Intérieur. Intégrer et exclure, ce n’est quand-même pas la même mission ! Je voulais un rattachement au ministère des Affaires sociales ou de la Ville, mais j’ai perdu l’arbitrage. Pourtant, je suis convaincu que la bataille de l’intégration passera par une mobilisation citoyenne de terrain et par le mouvement associatif.