Avec Prison Insider, vous avez créé un observatoire mondial de l’incarcération. Dans quels pays, aujourd’hui, emprisonne-t-on le plus ?

La Turquie, pour des raisons politiques [238 détenus pour 100 000 habitants] et les Etats-Unis [693 détenus pour 100 000 habitants], qui ont adopté la stratégie de l’enfermement massif, celle de la politique « tolérance zéro », avec des personnes incarcérées à vie. De l’autre côté de l’Atlantique, « la perpétuité » correspond vraiment à la perpétuité et on assiste à une industrialisation de l’emprisonnement. D'ailleurs, le modèle des méga-prisons américaines suréquipées s’exporte, en particulier en Amérique latine où les Etats-Unis envoient leurs propres équipes. Et partout, nous observons une même tendance à des centres pénitentiaires de plus en plus grands, comme l’immense projet à Haren, dans la région de Bruxelles [1190 places].

A l’inverse, quels états recourent peu à la prison ?

L’Inde, des pays d’Afrique noire, le Japon… Pour quelles raisons ? Au Japon [48 détenus pour 100 000 habitants] qui est une île, donc un espace fermé, très peuplé de surcroît, le contrôle social et la discipline collective sont plus forts. Il n’en reste pas moins que leurs prisons sont épouvantables, avec dans certaines d’entre elles des détenus contraints au silence. Je pourrais également citer les pays du nord de l’Europe, des communautés humaines plus restreintes, qui abordent la sanction avec pragmatisme. On regarde ce qui fonctionne et ce qui ne fonctionne pas.

En France, l’idéologie a pris le dessus. Alors qu’on sait que les réductions de peine permettent de diminuer le taux de récidive, nous sommes l'un des rares pays d’Europe où la population carc . . .

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