Mediacités : Où en est votre recherche actuelle de précommandes pour le XAV-19, le traitement à base d'anticorps élaboré par votre société ?

Odile Duvaux, PDG de Xenothera : La semaine dernière, lors de sa visite à Nantes, Emmanuel Macron a confié à quelques personnes que L’État allait précommander des doses de XAV-19. Nous attendons confirmation de cette information. Nous sommes par ailleurs en discussion avec d’autres pays européens et extra-européens. Xenothera ayant été soutenu par la France depuis le départ pour sa recherche et notre production étant basée sur le sol français [en particulier à Alès, sur le site de production du groupe biopharmaceutique LFB, Ndlr], il me semblerait normal que la priorité soit donnée aux débouchés sur le marché français.

Néanmoins, sans décision rapide, nous préférerions signer un contrat avec un autre gouvernement afin que ce traitement innovant puisse bénéficier malgré tout à certains malades dans d’autres pays, plutôt que pas du tout. Nous avons estimé qu’en ce moment, 1 400 à 1 500 personnes pourraient bénéficier du traitement par jour en France, et que ce chiffre pourrait ensuite passer à 300 patients par jour, une fois la campagne de vaccination terminée. Nous pensons raisonnablement pouvoir produire et fournir 200 000 doses sur les 12 premiers mois.

Le gouvernement allemand vient d’acheter 200 000 doses d’un anticorps monoclonal, le Regeneron. Cela vous donne-t-il de l’espoir ?

Oui, cela confirme significativement la place des traitements à base d’anticorps dans la lutte contre la Covid-19. Mais l’Allemagne a fait cavalier seul pour cet achat. Je pense que l’Europe commence à comprendre, heureusement, qu’il faut précommander et acheter « tout ce qui bouge », tant des vaccins que des traitements, ces derniers étant trop négligés dans la stratégie sanitaire. Il est vraisemblable qu’à terme, on soignera les malades de la Covid-19 avec des traitements mixant plusieurs produits, selon le profil du patient.

Le XAV-19 aurait-il pu être sur le marché plus tôt si vous aviez eu moins de freins et plus de soutien en France ?

Effectivement, nous sommes en retard de plusieurs mois sur nos prévisions. Il y a onze mois, quand cette aventure a commencé, nous espérions mettre sur le marché notre traitement au printemps 2021. Ce ne sera pas le cas, notamment en raison du retard pris par l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) pour nous donner l’autorisation d’essai clinique. Entre juin et septembre 2020, cela n’a pas avancé très vite malgré la procédure prévue de « fast-track » [dispositif accéléré d’autorisation d’essais cliniques, ndlr]. J’étais dans un état d’impatience…

https://www.mediacites.fr/enquete/nantes/2020/06/11/contre-le-covid-19-les-collectivites-financent-les-chercheurs-nantais-mais-pas-encore-assez/

Que s’est-il passé ?

Nous avons su longtemps après que l’ANSM avait reçu des instructions du ministère pour réduire les essais cliniques Covid-19 et que cette décision était une conséquence de l’affaire hydroxychloroquine. Pourquoi ? Beaucoup d’essais cliniques ont démarré en même temps en France dans de nombreux hôpitaux, en mars-avril 2020, sur cette molécule ensuite controversée [250 essais dans le monde, dont 25 en France, ndlr]. La plupart n’ont pas été au bout faute de patients. Certains patients recrutés ont été sortis des essais, qui n’ont pas pu produire de conclusions. A cause de cet « embouteillage », l’essai clinique du XAV-19 a tardé. Il n’a été classé essai prioritaire de recherche qu’en décembre 2020 !

Comment avez-vous réagi à l’annonce par Valneva de premières précommandes britanniques et non françaises ?

Je n’ai pas été surprise car nous échangeons souvent avec son président, Franck Grimaud, en tant que dirigeants de biotechs nantaises. Pourquoi Valneva a-t-elle dit oui aux Britanniques ? Tout simplement parce que lorsqu’une entreprise de biotechs est confrontée au développement de son produit, elle n’a pas toujours l’argent pour le produire et elle doit trouver des financements rapidement. Si un gouvernement propose son soutien, la biotech peut avancer. Par ailleurs, Valneva avait déjà une unité de production en Ecosse et des activités préexistantes en Grande-Bretagne. Il y avait donc une certaine convergence d’intérêts nationaux. Ce n’est pas le cas pour Xenothera qui est produit en France.

Diriez-vous, comme en juin 2020, qu’entre les labos institutionnels (Pasteur, Inserm…) et les grands labos pharmaceutiques, les biotechs ont été oubliées en France dans cette course contre la Covid ? [Ironie du sort, l’Institut Pasteur et Sanofi ont échoué sur leur candidat vaccin…, ndlr]

Plus que jamais ! Le travail que nous avons abattu en onze mois, aucun grand laboratoire n’aurait pu le faire et encore moins un labo académique. Par rapport aux grands groupes, nous avons l’avantage de la prise de risque ; et par rapport aux laboratoires académiques, celui de la vitesse. Ils ont un rapport au temps très différent. Et si nous recevons actuellement des propositions de rachat de Xenothera par de grands groupes, nous préférons rester maîtres de notre stratégie.

Pensez-vous qu’à long terme, cette crise sanitaire aura un impact bénéfique sur le secteur des biotechs ?

Pour le moment, la France est très loin des Etats-Unis. Les écarts sont de 1 à 10 en moyenne pour les investissements dans la recherche biomédicale. Le gouvernement français finance bien l’innovation, mais il manque aujourd’hui un système pour les débouchés industriels des entreprises de biotechnologie, notamment via les mécanismes de pré-commandes. J’ai bon espoir que la situation évolue sur ce point. Le candidat Macron se présentait comme le président de la « start-up nation », j’imagine que cela incluait les biotechs !

Propos recueillis par Sophie Cousin