Municipales : « Il n’y a pas de recettes de gauche ou de recettes de droite »

[LES ENTRETIENS DE L’ÉTÉ] En mars prochain, les électeurs seront appelés à choisir leurs maires et leurs conseillers municipaux. Droite ou gauche, partis de gouvernements ou protestataires… la campagne électorale tournera autour des étiquettes partisanes. Pour Christian Le Bart, professeur à Sciences Po Rennes, ces dernières n’auront néanmoins que peu d’effet sur les politiques menées, une fois les urnes vidées.

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Christian Le Bart / Photo : Creative Commons

Christian Le Bart est professeur de Sciences politiques à Sciences-Po Rennes. Il est l’un des spécialistes français des questions de gouvernance locale et mène également des travaux sur le discours et la communication en politique. Il s’est notamment intéressé à la question de la standardisation des politiques publiques et montre que les discours et les mises en scène de la rupture qui animent les campagnes électorales au niveau local masquent en réalité une continuité des politiques publiques.

Mediacités : Y a-t-il encore des possibilités d'alternatives idéologiques dans les métropoles, ou bien les candidats et les partis œuvrent-ils tous à faire de leurs villes des métropoles européennes compétitives ?

Christian Le Bart : Ce qui est sûr, c’est que nous avons assisté durant ces dernières décennies à la stabilisation d’un référentiel remarquablement cohérent à l’échelle des collectivités françaises, voire européennes. Ceux qui les pilotent adhèrent pour la plupart à une vision très darwinienne, et au fond très libérale, de la compétition entre les territoires : les métropoles et les régions se pensent en référence à leurs concurrentes françaises ou continentales. Quant aux villes moyennes ou aux communautés de communes, elles cherchent, plus modestement, à exister à l’échelle départementale ou régionale. Selon ces représentations dominantes, l’image des villes – et donc les projets qu’elles mènent – conditionne leur développement. Et tout cela renvoie à un lexique très fermé : celui de la compétitivité, de l’attractivité, du marketing territorial...

C’est en partie de cette logique de compétition entre villes et territoires que découlent des mécanismes de standardisation des politiques publiques, qui les poussent en quelque sorte à se copier les unes les autres ou en tout cas, à faire la même chose et à mener des projets similaires. Dans ce contexte, les étiquettes politiques des élus et les stratégies de différenciation partisane deviennent presque superflues et se retrouvent dévalorisées. Ou, du moins, elles ne pèsent plus grand chose.

Bref, et en caricaturant un peu, parce qu’ils s'estiment engagés dans une compétition entre territoires, les élus, quelle que soit leur étiquette, mènent peu ou prou les mêmes politiques ?

Disons en tout cas que si la décentralisation a conféré aux élus de nouvelles marges de manœuvre et de nouvelles ressources décisionnelles, elle n’a pas produit d’effet de politisation de l’action publique territoriale. Ce que l’on observe au contraire, c’est la montée en puissance d’une culture politique des élus locaux marquée par le pragmatisme. Malgré la rhétorique du “projet” souvent employée, leur action s’apparente surtout à du bricolage. Ils “font avec” plus qu’ils n’inventent. Il y a des airs du temps qui pèsent sur les villes, auxquels elles doivent se conformer pour . . .

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Temps de lecture : 9 minutes

Par Benjamin Peyrel