Il faut relire ce qu’écrivait Martine Aubry en 2008 à propos de Wazemmes. Dans son programme pour l’élection municipale, la maire (PS) de Lille, alors candidate à un nouveau mandat, y célébrait « sa vitalité, sa diversité et sa mixité sociale ». « Nous tenons à garder l’identité et la convivialité de ce quartier, affirmait-elle. Tout en y améliorant les conditions de vie et de logement. » La promesse était claire : quartier populaire en voie d’embourgeoisement, Wazemmes était un terrain prometteur où les plantes des jardins partagés devaient pousser plus vite que le cannabis caché dans les recoins de la rue Jules-Guesde.

« Wazemmes, c’est notre Ménilmontant »

A première vue, tout semblait lui donner raison. L’histoire, d’abord. « Jadis, Wazemmes était un village indépendant très important, raconte Françoise Quennelle, la présidente du Club des Ambassadeurs de Wazemmes et véritable mémoire des lieux, du haut de ses 76 ans « et demi ». Les Lillois venaient y boire un verre, y écouter de la musique. C’était moins cher qu’à Lille. » En 1858, l’ancienne commune indépendante est avalée par sa voisine. Devenue un simple quartier de Lille, elle conserve néanmoins au fil des décennies son ADN, l’empreinte de son passé industriel et commerçant, son côté populaire. Au début des années 2000, cette identité singulière devient soudainement attractive. Résultat, le quartier fait un bond démographique impressionnant (près de 17 % d’habitants en plus entre 1999 et 2013), jusqu’à atteindre plus de 27 000 habitants. Et pas n’importe lesquels.

"le quartier est une sorte de laboratoire urbain, soumis à un processus d’embourgeoisement"

Les nouveaux arrivants sont des étudiants attirés par les bars du quartier, des jeunes couples de cadres à la recherche d’un secteur vivant et pas trop cher, des familles en quête d’un lieu de vie convivial. « Wazemmes, c’est notre Ménilmontant, notre Bruxelles-Midi », s’amuse Abdelhafid Hammouche. Pour le professeur de sociologie de l'Université de Lille 1, auteur d’une étude sur la gentrification de Wazemmes, c’est clair : « le quartier est une sorte de laboratoire urbain, soumis à un processus d’embourgeoisement. La part des ouvriers et des employés y a diminué, tandis que celle des cadres moyens et supérieurs a augmenté. »

Béatrice, 37 ans, a fait partie de ces néo-wazemmois. Elle raconte : « Nous aimions déjà beaucoup sortir dans ce quartier et, comme les maisons n . . .

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