Nous sommes en 2008 et le méga-projet de Jean-Michel Aulas patine. La première enquête publique conduite cette année-là débouche sur un avis défavorable des commissaires enquêteurs. Impossible donc de modifier le plan local d’urbanisme et d’entamer les travaux. Le patron de l’Olympique lyonnais commence à perdre patience. En octobre 2008, dans une interview à nos confrères du Progrès, il menace de quitter le club si le chantier ne débute d’ici à 2010. Un coup de pression comme le président Aulas sait les donner.

L’ex-maire UMP de Meyzieu, Michel Forissier, en sera la cible. En cause : son opposition au grand stade. « J’ai reçu en 2008 un courrier de de la part des avocats de l’OL (voir ci-dessous), se souvient l’élu, aujourd’hui sénateur. Ils m’ont menacé de poursuites car je m’attaquais aux intérêts économiques du club. Mais je n’ai pas cessé le combat pour autant. Jean-Michel Aulas a ensuite reconnu que c’était une maladresse. »

Courrier adressé à Michel Forissier de la part des avocats de l'OL

A l’époque, la tension sur le dossier monte d’un cran. « Gérard Collomb sait que si la France n’obtient pas l’Euro 2016 [lire « EPISODE 2 – La bonne "aubaine" de l’Euro 2016 »], le stade ne sera jamais déclaré d’intérêt général et, donc, ne se construira pas », décrypte Etienne Tête, conseiller municipal EELV à la mairie de Lyon et opposant historique au grand stade. La déclaration d’intérêt général (DIG) faciliterait grandement les choses pour obtenir ensuite les déclarations d’utilité publique (DUP) du stade. D’après la jurisprudence administrative – et pour les amateurs d’acronymes ! –, un projet qui a fait l’objet d’une DIG peut décrocher à coup sûr une DUP.

Ce qui est bon pour l’OL, l’est pour Lyon ?

Aulas et Collomb se pratiquent depuis des années. C’est dans le 9e arrondissement de Lyon, fief des origines de l’actuel ministre de l’Intérieur, que le président de l’OL a implanté et développé sa société Cegid. Maire de Lyon à partir de 2001, Gérard Collomb accompagne ensuite (autant qu’il en tire parti pour le rayonnement de sa ville) la grande période du club, sept fois champion de France d’affilée de 2002 à 2008. Le raisonnement du baron de l’hôtel de ville est simple : ce qui est bon pour l’OL est bon pour Lyon. Le grand stade est la priorité de Jean-Michel Aulas ? Il sera aussi la sienne. Il va se plier en quatre pour demander au plus vite la déclaration d’intérêt général du futur stade – une recommandation forte des rapports Seguin et Besson [lire l’épisode 2] – et user sans vergogne de son mandat de sénateur pour servir les intérêts de l’OL.

Première manœuvre, début 2009. Le parlementaire Collomb dépose un amendement à un projet de loi sur la construction et les investissements publics et privés. Mais l’amendement est mal rédigé. La commission des finances le déclare irrecevable au titre de l’article 40 de la Constitution : son « adoption aurait pour conséquence soit une diminution des ressources publiques, soit la création ou l’aggravation d’une charge publique ». C’est mal parti…

Mais Gérard Collomb peut compter sur le soutien de son collègue du Rhône, le centriste Michel Mercier. « Collomb-Mercier, c’est le tandem infernal ! », s’exclame un ancien sénateur de droite, qui a observé le jeu des deux élus sur le dossier. Michel Mercier dépose alors sur le même projet de loi un amendement quasi-identique au premier sur les grands stades d’int . . .

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