C’est avec l’épidémie de Covid-19 que le grand public a pu le découvrir. Pourtant, malgré ses nombreuses casquettes, Philippe Froguel n’est pas épidémiologiste, ni spécialiste de santé publique. C’est un chercheur de 62 ans spécialisé dans l’étude des causes génétiques du diabète et de l’obésité. Des travaux qui l’amènent à manier « depuis 30 ans » la technologie à l’oeuvre dans les tests PCR, ceux-là même qui ont été utilisés pour détecter les cas de Covid-19 et lutter contre la diffusion de l’épidémie.                                

Dans les élégants locaux d’Egid, l’Institut européen de génomique du diabète qu’il a contribué à bâtir sur le campus du CHU de Lille, une quinzaine de membres de ses équipes, volontaires ou réquisitionnés, se sont succédé pour réaliser 500 tests PCR par jour au printemps, pendant la première vague de l’épidémie, alors que le reste de la population était confiné.

« Je suis content, parce qu’on a montré l’utilité sociale immédiate des chercheurs, se réjouit-il. On n’est pas simplement des mecs qui ont regardé Netflix pendant le confinement ou qui font de la recherche fondamentale utile dans dix ans. On a prouvé que les chercheurs peuvent se mobiliser, on a été utile à nos concitoyens qui nous payent, ajoute-t-il, en référence au financement public de la recherche. Ce que m’a dit l’Agence Régionale de Santé (ARS), c’est qu’au moment où on l’a fait, on était indispensable. »

Et pourtant, obtenir pour son laboratoire le droit de faire ces tests, initialement réservés aux seuls biologistes médicaux, fut un parcours du combattant. Après s’être tourné vers ses partenaires institutionnels (CHU, Université de Lille, Institut Pasteur...) sans parvenir à débloquer la situation, Philippe Froguel a carrément écrit au Premier ministre pour lui demander d’élargir le nombre d’acteurs autorisés à réaliser des dépistages. Le lobbying a fini par payer. Mais les obstacles réglementaires liés, selon lui, aux « corporatismes », « l’impréparation totale du pays » et la « gestion calamiteuse » de l’épidémie lui laissent un goût amer. 
« Régler enfin la question des tests en France »
« C’est l'accès aux tests avec résultats en 24 heures, et lui seul, qui peut permettre d'isoler à temps les porteurs de virus, et d'arrêter les contaminations en chaîne. Les masques ne sont que des retardateurs de contamination, a-t-il plaidé le 10 septembre devant la commission d'enquête du Sénat sur la gestion de la crise sanitaire. Si on ne règle pas enfin la question des tests en France, avec plus de tests là où il en faut, plus rapides, mieux faits, et qu'on continue dans l'erreur, on va remplir nos services de réanimation comme à Marseille, et on confinera à nouveau, ce qui conduira a encore plus de ruine et de casse sociale ».

https://twitter.com/philippefroguel/status/1302250800056545281?s=20

L’autre élément qui a attiré l’attention sur le chercheur lillois est la polémique liée à une étude falsifiée portant sur l’hydroxychloroquine, publiée fin mai dans la prestigieuse revue médicale The Lancet. Philippe Froguel est l’un des premiers en France à avoir émis des doutes sur l’étude, avant même la révélation de la supercherie et les excuses du rédacteur en chef. Il est vrai que Philippe Froguel est multi-signataire d’articles dans des revues scientifiques renommées, et parfois sollicité pour des relectures avant publication. « Quand un article est bidonné, je sais le dire», soutient-il. 

De fait, avec 715 articles référencés sur la plateforme PubMed, et un H-index à 169, Philippe Froguel est un des chercheurs français les plus prolifiques en matière de publications scientifiques. « Il a une collection d'articles dans Nature, Nature Genetics et Nature Medicine qui est absolument extraordinaire », dit de lui Gilles Mithieux, directeur de laboratoire à la Faculté de médecine de Lyon et président du conseil scientifique de la Société francophone du diabète.                   . . .

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