Il est comme ça, Max Vincent. Il a beau être souriant, quand il a un truc à dire, il n’hésite pas. Ainsi le 19 novembre dernier, au congrès de l’Association des maires de France (AMF), le premier édile de Limonest a engueulé tout le monde lors d’une paisible table ronde sur l’avenir des intercommunalités. D’abord Françoise Gatel, sénatrice d’Ille-et-Vilaine, coupable d’avoir salué l’innovante Métropole de Lyon. « Elle n’a pas innové, elle a régressé parce qu’aujourd’hui la moitié des maires ne sera pas représentée au conseil de la Métropole », s’est énervé Max Vincent, très remonté. Il faut dire que le sujet l’irrite particulièrement. Puis ce fut au tour de Sébastien Lecornu, ministre de la Cohésion des territoires de se prendre une soufflante, toujours sur le même sujet. Et pour couronner le tout, l’élu de l’Ouest lyonnais a quitté théâtralement la salle plutôt que d’écouter André Laignel, vice-président de l’AMF, lui répondre. Du grand Max Vincent.                    

On aurait tort de voir dans cette intervention un simple coup d’éclat de la part de ce maire tout en rondeur, à la faconde surannée. Max Vincent n’est pas du genre à se laisser marcher sur les pieds. Il n’aime rien tant que la confrontation – pour peu qu’il en sorte gagnant. D’abord conseiller municipal en 1977, il est élu à la tête de sa commune deux ans plus tard. « Et mon énergie est intacte ! », s’amuse-t-il… sept mandats plus tard. La preuve ? Il compte bien ajouter, en mars prochain, un huitième bail municipal à sa longue carrière débutée sous Valéry Giscard d’Estaing.

Chasse, bonne chère et football

planche politique 1 – Copie (4)Max Vincent, 69 ans, règne sans partage ni opposition. Il y a bien eu une liste en face de lui, en 2008. Mais elle a perdu. En 2014, personne ne s’y est risqué. « A Limonest, on n’aime pas le conflit », résume un habitant, bien conscient de vivre dans une des bourgades les plus prisées de la Métropole. Selon un classement élaboré par L’Express en 2015, le fief de Max Vincent occupe la 10e place des communes les plus riches du Grand Lyon. Il affiche un revenu médian par habitant de 2 428 euros. Le prix moyen de l’immobilier flirte avec les 4 328 euros le mètre carré, soit autant que dans le centre de la capitale des Gaules. Sa population – 3 650 habitants, en augmentation de 10% depuis dix ans – est majoritairement composée de cadres supérieurs. Ils y apprécient la tranquillité perchée des hauteurs de l’Ouest lyonnais.

Catholique pratiquant, Max Vincent aime la bonne chère, la chasse et le football. Le noble sport le lui rend bien : nombre de joueurs de l’Olympique lyonnais ont leur maison à Limonest. L’ex-star du PSG Ludovic Giuly a même rejoint la liste de Monsieur le maire lors des municipales de 2014. Depuis, « il est reparti dans le sud », élude Max Vincent, avant de se rengorger : « C’est Chabal [l’ex-rugbyman Sébastien Chabal] qui lui a racheté sa maison ! » On est si bien à Limonest...  Avec ses deux centres sportifs (bientôt trois ?), une crèche, des écoles, un collège privé, une zone commerciale, 800 entreprises dont Blédina ou l’éditeur de logiciels Dimo Software, la commune ne manque pas d’atouts.

« Vous avez vu dans les rues, on est bien, les habitants sont contents »

Elle héberge aussi Techlid, pôle économique que Max Vincent aime à rappeler qu’il l'a créé. Et si la pierre est chère pour les particuliers, ce n’est pas le cas de l’immobilier d’entreprise, deux fois moins onéreux qu’à Lyon. Si bien qu’à la question de savoir pourquoi se représenter après quarante ans de mandat, la réponse fuse sur le ton de l’évidence : « Vous avez vu dans les rues, on est bien, les habitants sont contents ». Le dégagisme ? Le maire balaie d’un revers de la main cette éventualité, en raccompagnant doucement mais fermement son interlocuteur vers la porte.                      

C’est que Max Vincent donne de sa personne. Voyez plutôt : en plus de son job de maire, il est aussi conseiller métropolitain – membre de la commission permanente en charge de la coopération décentralisée (« Je vais souvent au Burkina Faso ») et de la commission finances. Ce n’est pas tout : le Limonois préside le syndicat mixte Plaines Monts-d’or, son bébé, qui agit entre autres dans le domaine de l’agriculture. Il est aussi vice-président du centre de gestion de la fonction publique territoriale. « Mais je ne recherche aucune présidence que ce soit », assure cet adepte du cumul.

En berline Citroën

planche politique 1 – Copie (2)Soit. Reste que toutes ses activités se traduisent en indemnités. Enfin, pas tant que ça, assure-t-il. Il égrène de tête : « Comme maire, je touche environ 1 080 euros par mois. Au syndicat mixte, je reçois 350 euros net, et comme conseiller métropolitain, 1 200 euros ou quelque chose comme ça. Quant à la vice-présidence du centre de gestion, c’est une petite indemnité qui a beaucoup diminué [496 euros net après impôts] ». Et d’arguer qu’il ne roule pas sur l’or non plus, il n’y a qu’à regarder sa voiture (!). Le maire de Limonest se déplace en berline Citroën C5, sans comparaison avec les bling-bling SUV qui encombrent la chaussée de sa commune.              

Pas sûr que ses électeurs lui tiennent rigueur de son cumul. De fait, il est quasi impossible ou presque d’entendre quelqu’un dire du mal de Max Vincent à Limonest. Prenez son ex-adjoint à l’urbanisme Eric Mazoyer. Cet unique opposant, 57 ans, a démissionné en septembre dernier de son poste, en restant simple conseiller municipal. En cause : son désaccord avec le maire de doter la commune d’un troisième centre sportif et de construire des logements supplémentaires [voir sa lettre ci-dessous]. Contacté à l’époque par Mediacités, il refusait catégoriquement de critiquer son ex-mentor qui lui avait « tout appris ». On a connu opposition plus féroce… Depuis, le ton s’est – légèrement – durci entre les deux hommes, nous y reviendrons.

> La lettre de démission d'Eric Mazoyer : 

lettre demission Eric Mazoyer

Management paternaliste

Max Vincent jouit d’une réputation ombrageuse. Surnommé « Bad Max » ou « Mad Max », il caresse, puis il casse. Son management paternaliste est décrit, en interne, comme parfois limite. Exemple le 24 octobre, date du premier conseil municipal après la démission d’Eric Mazoyer. Devant un public fort peu nombreux (le correspondant du Progrès et l’auteure de ces lignes), le patron déroule l’ordre du jour dans un silence solennel et poli. Pas un regard pour le félon Mazoyer, relégué au fond comme un gamin puni. Celui-ci n’émet pas un son, rivé à son portable, lorsque le maire lit longuement une lettre signée d’un représentant du nouveau collège privé demandant un geste concernant le manque d’équipements sportifs. Une manière de justifier le fameux troisième centre sportif tant décrié par le nouvel opposant...

planche politique 1 – CopieLe reste est à l’avenant. Max Vincent déroule les délibérations, personne ne se manifeste, même pour commenter. « Est-ce que personne ne s’oppose ? Non ? Alors adopté. » En une demi-heure chrono, le conseil municipal est plié. On se salue, et hop, tout le monde s’envole. Une assemblée sans opposition, rien de plus efficace… Seul instant saillant, à la fin d’une présentation, l’adjoint Dominique Pella a osé conclure lui-même : « Tout le monde est d’accord ? ». Regard en acier trempé de Max Vincent : « Non, c’est à moi de dire ça ».

« Si on en est là, c’est de sa faute. Il écarte les gens »

Les élections municipales qui débutent devraient malgré tout réveiller le jeu politique limonois. Le 14 novembre dernier, Eric Mazoyer lançait sa campagne. Et acceptait (enfin !) de répondre aux questions de Mediacités. « Quarante ans de mandats, ça suffit !, égratigne celui qui souhaite ralentir le rythme des constructions dans la commune. Je propose une alternative pour Limonest, je ne mènerai pas de combat contre un homme. » Et d’ajouter, amer : « Si on en est là, c’est de sa faute. Il écarte les gens. Il n’écoute pas ».

Max Vincent n’a que faire des états d’âme de son ex-adjoint. Pour lui, c’est sûr : les Républicains, encore fâchés de son alliance surprise post-électorale avec Gérard Collomb en 2014, sont bien décidés à la lui faire payer. « Et il faut faire la différence entre autoritarisme et autorité, tonne-t-il. J’ai de l’autorité mais j’écoute les gens. Je n’admettrai pas qu’on dise le contraire. » Le roitelet de Limonest ne se laissera pas détrôner si facilement.

Max Vincent roule pour Kim

Après avoir frayé dans les réseaux UDF puis UDI (il est toujours membre du parti centriste, mais « ses prises de position n'engagent que lui », nous fait savoir le président de la fédération Christophe Geourjon), Max Vincent a rejoint la Collombie au lendemain des élections de 2014. Ce qui lui a valu de solides rancunes à droite et une réputation de girouette. Le vent a encore tourné… Pour l’élection métropolitaine de 2020, Max Vincent a rejoint les partisans de David Kimelfeld, le président sortant du Grand Lyon. Par rancune : il estime que Gérard Collomb « a trahi les petits maires ». Du côté des proches de « Kim », on se montre un peu gêné aux entournures quand on évoque le soutien de cet hyper-cumulard pas très raccord avec l’image « nouveau monde, nouvelle gouvernance » prônée par le candidat.

planche politique 1 – Copie (3)Le ralliement de Max Vincent n’arrive pas de nulle part. David Kimelfeld n’a de cesse de cajoler les maires de droite de l’Ouest lyonnais, lesquels se livrent à une guerre fratricide entre pro et anti-Collomb. Ainsi Renaud George (ex-Synergies), co-directeur de campagne du baron de Lyon et maire de Saint-Germain-au-Mont-d’Or acerbe avec son ancien camarade : «  Max Vincent a toujours bien négocié pour avoir ce qu’il veut… Pour un certain nombre de maires, ce qui compte, c’est d’obtenir une place dans un siège moelleux de la Métropole. C’est son cas. Pour 2020, il ne fait pas un choix pro-Kimelfeld, mais anti-Collomb. Est-ce que c’est un choix de conviction ? Je vous laisse juger… ». Dans le nouveau monde aussi, les vieilles pratiques ont la vie dure.