Le voilà en campagne. « Enfin ! », soufflent beaucoup d’élus à droite. Investi en juillet par Les Républicains, n’ayant guère profité du feuilleton Collomb-Kimelfeld pour avancer des propositions et s’imposer sur le fond, François-Noël Buffet attire l’attention médiatique ce 8 janvier. Mais c’est à son corps défendant… Le candidat à la présidence du Grand Lyon présente les binômes homme-femme qui animeront sa campagne dans les quatorze circonscriptions métropolitaines. Les têtes de liste sont toutes masculines. L’égalité des sexes ? Le sénateur n’a pas voulu céder à « la pression marketing », lâche-t-il, sur BFM Lyon, dans une formule maladroite [lire dans L’Œil de Mediacités : « Grand Lyon : François-Noël Buffet, candidat de la testostérone »]. Il préfère, justifie-t-il, miser sur des élus sortants. « FNB » est en campagne. Enfin ?       

Son entrée dans l’arène, au centre d’une (petite) polémique, ne lui ressemble pas. Car l’homme n’est guère un adepte du coup d’éclat permanent. Son camp lui reproche plutôt l’inverse : sa modération et son manque de culot. Avec Alexandre Vincendet, son adversaire l’an dernier pour l’investiture du parti, l’opposition était totale. Le maire de Rillieux-la-Pape et président de la fédération LR, de vingt ans son cadet, plaidait pour le renouvellement face à un élu qui avait déjà échoué par deux fois à ravir la présidence du Grand Lyon, en 2001 et 2014. Son positionnement ? Une droite plus populaire que bourgeoise qui fait campagne matin, midi et soir avec la volonté de transgresser. Bref, le portrait, en creux, de son rival.

Seize ans parlementaire, vingt ans maire

La commission nationale d’investiture des Républicains a préféré le sénateur de 56 ans, parlementaire depuis 16 ans, maire d’Oullins pendant 20 ans. Sur le papier, François-Noël Buffet ne partait pas favori. Au printemps 2019, un sondage de notoriété circulant sous le manteau le situait en tête du peloton (où étaient aussi testés Etienne Blanc, David Kimelfeld et Alexandre Vincendet) mais de peu et très loin derrière Gérard Collomb. Alors même que le maire de Rillieux pouvait espérer ratisser plus large, y compris au centre, LR opte pour François-Noël Buffet, fort de ses réseaux au sein du palais du Luxembourg et de l’appui du président du Sénat, Gérard Larcher, qui ne mégote pas son soutien quand il s’agit de défendre l’un des siens. Sans état d’âme, Alexandre Vincendet n’a depuis qu’un discours : « Je serai le meilleur élève de la classe ». Quitte à jouer les aiguillons et n’être « que » numéro 3 sur la liste métropolitaine du Plateau nord.

François-Noël Buffet, candidat sénateur, de sa désignation à sa campagne ? « Vous serez peut-être surpris, sourit l’intéressé, qui reconnaît néanmoins qu’on ne change pas son caractère. Je ne suis pas sûr que le tintouin médiatique soit le gage d’une excellente candidature. Ce qu’il faut, c’est incarner la sérénité et le sérieux. La force tranquille en quelque sorte. Nous sommes à la fin d’un cycle de trente ans et j’entends incarner un nouvel horizon pour la Métropole où la droite constitue le seul pôle de stabilité. »

« On a l’impression qu’il a peur de lui-même »

Sa sérénité ne ruisselle pas jusqu’à ses colistiers. En interne, les noms des têtes de liste étaient promis depuis septembre. Jusqu’à janvier, certains ont trouvé le temps long… « Je n’arrive pas à le sentir car il n’a pas été très franc, avoue un postulant. On a l’impression qu’il a peur de lui-même au moment de trancher et ça commence déjà à alimenter les regrets. » Impression partagée par une collaboratrice qui l’a vu évoluer au Grand Lyon. « C’est un élu modéré, avec une vision et une connaissance des dossiers mais il a un problème de passage à l’acte, estime-t-elle. Sur l’Anneau des sciences [le projet de périphérique ouest], le voilà qui demande un moratoire ! Cela avait été pareil concernant le Grand stade pour lequel il n’a jamais voté malgré ce qu’il a pu dire, notamment à Jean-Michel Aulas. Pour moi, il n’en a pas assez envie car président de la Métropole, c’est une vie de chien. »

Et pourtant ! François-Noël Buffet s’intéresse à la politique depuis toujours. Né en 1963 de parents issus de deux familles oullinoises, il se passionne au collège pour la présidentielle de 1974. Quelques années plus tard, il pousse la porte de la permanence de Michel Terrot, devenu député après l’entrée de Michel Noir au gouvernement. Son assistant parlementaire est un copain d’enfance. Voilà François-Noël Buffet sur la liste Terrot aux municipales de 1989 à Oullins. Sans succès. Il devra patienter jusqu’à la victoire de la droite à l’élection partielle de 1990 pour devenir conseiller municipal, délégué aux sports.

Buffet, « le tatoué »

En décembre de la même année, il revêt la robe d’avocat. Passé par les cabinets Aguerra (droit social) et Soulier (droit civil et droit pénal), on l’a déjà entendu se présenter comme « un tatoué » - autrement dit, « un vrai ». Contrairement à nombre de ses collègues politiques qui embrassent la vocation sur le tard pour monnayer leur entregent, lui a plaidé aux assises. Mieux : en 1995, il envisage même de ne pas se représenter aux élections municipales afin de « visser sa plaque ».

C’est l’inverse qui se produit : réélu, adjoint au développement économique et à l’urbanisme, mais également conseiller communautaire. « Raymond Barre propose à Terrot d’intégrer l’exécutif du Grand Lyon. Déjà député-maire, il décline et glisse mon nom », se souvient-il. Voilà François-Noël Buffet 5e vice-président de la communauté urbaine, chargé des ouvrages d’art. Ce qui l’amène à quitter l’Office juridique français international, un cabinet de droit des affaires, pour éviter tout conflit d’intérêts.

Metropole de Lyon
Le siège de la Métropole de Lyon, dans le 3e arrondissement de Lyon. Photo : N.Barriquand/Mediacités.

L’ascension se poursuit en 1997. Michel Terrot lui propose sa succession à la tête d’Oullins. « Entre adjoint et maire, il y a un monde. L’onction du suffrage universel change tout, considère François-Noël Buffet. Même s’il faut faire avec l’équipe qu’on vous lègue, je n’avais pas le droit d’hésiter car je savais ce que je voulais faire de la ville. » Les acteurs de l’époque préfèrent rester discrets. À commencer par Michel Terrot. « J’ai pris ma retraite politique et je ne souhaite pas en sortir. En tout cas pas pour ça », répond poliment l’ancien député, jamais avare de critiques à l’encontre de son successeur. Aux élections municipales de 2001, il expliquait à qui voulait l’entendre que c’était foutu… La liste Buffet - sur laquelle figure alors le député - l’emporte dès le premier tour. Comme en 2008 et comme en 2014. Il faudra d’ailleurs attendre cette dernière élection pour que l’ancien premier édile daigne reconnaître la réussite de son poulain.

« J’ai la liste de ceux qui m’ont fait défaut »

« En politique, il y a les héritiers et les conquérants. Le parcours de Buffet est millimétré depuis trente ans et cela lui a réussi. Comment voulez-vous qu’il sorte de sa zone de confort pour conquérir la présidence du Grand Lyon ? », commente un maire de l’agglomération sous le couvert de l’anonymat. En 2001, pourtant, après la déroute de la droite lyonnaise, François-Noël Buffet se lance. Il remporte la primaire interne à son camp. Sur le papier, le maire d’Oullins a six voix d’avance (sur les 165 de l’assemblée élue) pour ravir la tête du Grand Lyon face à Gérard Collomb. Au final, il perd de douze.

« A l’époque, je ne maîtrisais pas tous les éléments, convient-il aujourd’hui. Mais tout finit par se savoir. J’ai la liste de ceux qui m’ont fait défaut. » Et de citer les maires de centre droit des petites communes menés par Michel Reppelin (Collonges-au-Mont-d’Or), les centristes comme Jean-Luc Da Passano (Irigny) sous la houlette de Michel Mercier, alors patron du Rhône, et une partie des millonistes. Le tout sur fond de tractations de loges franc-maçonnes. Soit beaucoup de monde en définitive avec le même objectif : éviter de voir une nouvelle tête, jeune qui plus est, émerger.

Sans démentir, le maire d’Irigny se retranche derrière le secret de l’isoloir. Depuis, la rupture est consommée. « Intervenir en conseil de Métropole pour faire des amalgames à partir d’un dossier d’intérêt général histoire de s’en prendre au gouvernement, c’est de la politique politicienne avec des procédés inélégants », tacle Jean-Luc Da Passano, aujourd’hui rangé derrière David Kimelfeld.

Le métro à Oullins

Battu, François-Noël Buffet reste vice-président (« VP ») du Grand Lyon. « A l’instar de Barre, Collomb souhaitait ouvrir l’exécutif. Ça m’intéressait sur le fond et, comme certains voulaient profiter de ma défaite pour me liquider, j’ai posé des conditions », raconte-t-il. Il demande la première vice-présidence - qui ira finalement à Jean-Jack Queyranne -, la délégation et la présidence de l’agence d’urbanisme ainsi que le métro à Oullins. « Buffet était plutôt bien comme VP, sympa et apprécié, se remémore un témoin de l’époque. Il manquait quand même d’exigence vis-à-vis des services. C’est toujours plus facile d’être souriant et de faire des compliments que d’en demander plus. »

L’histoire n’ira pas au terme du mandat. Le garde des Sceaux Dominique Perben, qui lorgne alors sur la mairie de Lyon, estime que la situation de François-Noël Buffet met l’UMP en porte-à-faux. Il lui demande de quitter l’exécutif du Grand Lyon. « Je n’étais pas convaincu, assure l’intéressé. Mais j’avais deux points de désaccord avec Collomb : on ne termine pas les infrastructures comme le bouclage du périphérique et il n’existe pas de volonté de maîtrise foncière pour contrôler l’évolution des prix de l’immobilier. » Donc il obtempère. Donnant donnant ? En 2004 il est élu sénateur et arrête d’exercer comme avocat. « Mais je suis toujours inscrit au barreau et je continue à payer mes cotisations à l’Ordre », précise-t-il.

Réélu dans sa ville en 2008, FNB ne brigue pas, cette fois-ci, la présidence du Grand Lyon. La victoire des soutiens de Gérard Collomb est nette et « je n’ai pas vocation à jouer les martyrs ». Il préside ces années-là le groupe UMP « avec un discours modéré car nous restions dans un établissement de coopération intercommunale ». À Oullins, ville-canton, le monde se divise en deux. La municipalité reste à droite tandis que Jean-Louis Ubaud (PS) conserve le poste de conseiller général jusqu’à la naissance de la Métropole en 2015. « On sest toujours parlé, même si je reconnais qu’il est beaucoup plus sympathique avec moi depuis que j’ai démissionné du conseil municipal, sourit la tête de liste socialiste de 2008 et 2014. À la mairie, c’était quelqu’un d’assez dur, peu enclin au dialogue, y compris avec sa propre équipe. Je l’entends encore me lancer en conseil municipal : "Si vous n’êtes pas d’accord avec moi, c’est que vous n’avez pas lu le dossier ou que vous n’avez rien compris." Il a sans doute évolué depuis… »

« Maire, il veut être sénateur ; sénateur, il veut devenir ministre… »

Jean-Louis Ubaud le reconnaît volontiers : « François-Noël Buffet est passionné par l’urbanisme, la construction, le béton ». La ville s’est transformée sous ses mandats avec l’arrivée du métro. Avant de souligner « la grande capacité d’écoute de Clotilde Pouzergue qui lui a succédé comme maire en 2017 [touché par la limitation du cumul, François-Noël Buffet a privilégié son mandat de sénateur]. Pour les Oullinois, lui n’a jamais le temps. C’est quelqu’un qui court beaucoup car il a de l’ambition. Ce n’est pas un reproche mais maire il veut être sénateur ; sénateur, il veut devenir ministre… Cela ne l’a pas empêché d’être réélu. »

Plus nuancé, le conseiller métropolitain écologiste Bruno Charles constate qu’en travaillant ses dossiers et en proposant des solutions concrètes aux administrés « il a réussi à se faire apprécier y compris par des gens votant généralement à gauche ». Cet œcuménisme ne se ressent pas dans toutes les communes voisines. « Il est dans une logique LR sur le territoire en ne travaillant qu’avec les maires de Pierre-Bénite ou Grigny qui sont du même parti », pointe un édile.

Un « Baroin lyonnais »

Dur, dur, dans ces conditions, de dépasser les frontières de son camp pour remporter la présidence du Grand Lyon en 2014. « Avec lui, rien n’est grave. C’est son côté bonhomme. Il n’arrêtait pas de répéter que ça allait marcher car cette fois "les petits maires" le suivaient », se souvient un observateur qui voyait que, en parallèle, Gérard Collomb s’assurait le soutien de ces mêmes élus. Pire : pour sa deuxième tentative, François-Noël Buffet ne fera même pas le plein dans son camp.

Un cadre LR constate « son incapacité à organiser ses propres amis avant de voir les tiers. Pas exubérant, distant, probablement très intelligent, mais secret : il reste une énigme. Pour moi, ce n’est pas un animal politique, plus un intriguant un peu mou du genou qu’un combattant. Or, pour créer une alternance, il faut avoir faim et je ne suis pas sûr qu’il soit très courageux. En 2014, à force de calculer, la séquence est passée ».

Un constat partagé par un ancien proche : « À ne jamais vouloir aller au bout, c’est le Baroin lyonnais [référence à François Baroin, éternellement pressenti, à droite, pour candidater à la présidence de la République]. Il répond favorablement à ceux qui l’incitent à prendre la tête de la fédération au plus fort de la guerre Copé-Fillon et puis ça fait pschitt. Il a un côté velléitaire. C’est Poulidor moqué et raillé chez LR. »

François-Noël Buffet n’a aucun souvenir de cet épisode. Tout comme il nie tout contact avec l’équipe de Gérard Collomb lors des municipales de 2014. Certains lui prêtent à l’époque une tentative d’approche pour se faire élire avec le baron sortant en vue de briguer sa succession à Lyon le scrutin suivant. Dans la dot, Oullins en dixième arrondissement ? Le scénario là aussi fait pschitt. Et le sénateur-maire met sa deuxième défaite à la communauté urbaine sur le compte des promesses de Gérard Collomb formulées aux uns et aux autres. « Au départ, les deux tiers des maires Synergies [les élus des petites communes de l’Ouest lyonnais] devaient voter pour moi, finalement ça a été 50/50 », compte-t-il. Si Denis Bousson, maire de Saint-Didier-au-Mont-d’Or et membre de ce groupe charnière, a la même lecture du scrutin, d’autres trouvent le calcul final bien optimiste…

Ce que ne dit pas (mais pense peut-être) François-Noël Buffet, c’est que Philippe Cochet lui a savonné la planche. Alors président de la fédération UMP, le député-maire de Caluire-et-Cuire morigène publiquement durant la campagne contre les « petits maires » qui se font élire avec des voix de droite et soutiennent ensuite Gérard Collomb au Grand Lyon. Pas de quoi les mettre dans les meilleures dispositions pour voter Buffet.

« Modéré ? Il figurait dans le shadow cabinet de Laurent Wauquiez comme ministre de la Justice »

Sur le fond, l’ancien maire se distingue de ses collègues de droite pas toujours enclins à accorder des permis de construire. « Oullins est la troisième ville la plus dense de la Métropole. Elle a connu un fort renouvellement urbain avec l’arrivée du métro. Cela peut expliquer son discours qui tranche dans son camp concernant le logement, remarque Michel Le Faou, vice-président à l’urbanisme du Grand Lyon et candidat sur les listes du président sortant. Si ses interventions sont généralement constructives, je ne le vois pas intégrer la compétence sociale de la Métropole comme le fait David Kimelfeld. »

Politiquement, beaucoup s’accordent avec le principal intéressé pour définir François-Noël Buffet comme un gaulliste social. « C’est un soutien ancien de François Fillon. Il est tout à fait sur cette ligne-là : une droite très marquée sur certains points mais avec une dimension humaniste », détaille Jean-Louis Ubaud. « Le problème c’est qu’il est plombé par les extrémistes de son bord », souligne un écologiste. « Modéré ? Il figurait dans le shadow cabinet de Laurent Wauquiez comme ministre de la Justice, pointe un élu centriste. Et puis l’entendre nous dire de ne pas augmenter les impôts au Grand Lyon pendant que lui-même le faisait à Oullins… » Malgré les déboires de son candidat, François-Noël Buffet assume d’avoir soutenu François Fillon jusqu’au bout lors de la présidentielle de 2017 : « C’était un homme d’État, avec une vision, un programme de fond. Il n’a tué personne. »

Les sénatoriales en arrière-plan

Après deux échecs, peut-il manquer une troisième fois la présidence du Grand Lyon ? Contrairement à 2001 et 2014, l’élection se déroulera cette fois-ci au suffrage universel direct [lire notre article : « Grand Lyon : l’élection métropolitaine en huit questions »]. « François-Noël a une connaissance des dossiers de la Métropole, souligne Alexandre Vincendet. Il saura tirer parti des scrutins précédents et pourra s’appuyer sur l’expérience des élus qui l’entourent. » L’ancien LR passé chez Agir Yann Compan reconnaît « qu’il est assez équilibré pour créer un consensus ». Pour le président du groupe Les Républicains à la ville de Lyon Stéphane Guilland, « Buffet a à la fois les compétences et les réseaux pour faire un bon président ». Après avoir voté pour lui en 2014 au Grand Lyon, Denis Bousson - qui se revendique de droite et non encarté - se présentera sur ses listes aux métropolitaines car « c’est un élu expérimenté et pas sectaire comme d’autres chez LR ».

Tout cela n’empêche pas les doutes de persister. « En 2020, on ne rejoue pas la même élection mais il est évident que celui qui vous a battu deux fois prend un ascendant, pointe un sortant. Collomb est un artiste. Politiquement, je suis admiratif. Pour battre ces gens-là, il faut les gifler. Buffet est trop byzantin pour ça. » Même si l’ancien maire d’Oullins a pu se targuer du soutien de la plupart des sortants dans la course à l’investiture (à l’exception de Philippe Cochet partisan d’Alexandre Vincendet et du maire de Mions Claude Cohen qui s’est abstenu), avec les sénatoriales de septembre prochain, tous ne sont pas désintéressés…

Quelques-uns se voient déjà faire leur entrée à la Haute-assemblée. Soit parce que François-Noël Buffet ne pourra pas cumuler ce mandat avec la présidence de la Métropole… soit « parce qu’en cas de défaite on lui expliquera que ce n’est pas une rente à vie et qu’au vu de son résultat il ne peut pas rempiler », décrypte un élu LR. Car de son côté, le candidat n’exclut pas de rempiler au Sénat en cas de défaite à l’élection métropolitaine.

Un général à la retraite, un ancien adjoint de Barre

Dans cette ambiance où la confiance n’est pas naturelle, François-Noël Buffet s’appuie sur une équipe restreinte. Le pilier : son directeur de campagne Jean-Jacques Borel. Ce général a terminé sa carrière militaire en commandant la défense aérienne à Lyon. Après avoir travaillé avec le député Philippe Meunier, il s’est engagé au côté du candidat LR « de droite modérée, fidèle à ses convictions et qui est aussi simple en privé qu’en public ». Le grand argentier : Jean-Pierre Lac. C’est lui qui s’occupe de toutes les projections budgétaires. L’homme œuvrait auparavant comme directeur financier du groupe Seb. Il est aujourd’hui administrateur de Lyon Place Financière et Tertiaire, président des conseils de surveillance des fonds d'investissements Rhône-Alpes Création et membre du Conseil économique, social et environnemental.

Dans l’entourage de FNB, on voit aussi réapparaître Christian Philip, l’ancien premier adjoint de Raymond Barre… et soutien de Gérard Collomb en 2014. Enfin, pour piloter la communication, Jean-Michel Mandin, qui a notamment été directeur de cabinet du maire LR de Tarare. En comparant les QG d’Etienne Blanc, candidat LR à la mairie de Lyon, et de François-Noël Buffet, cet élu lyonnais s’inquiète : « D’un côté, c’est jeune et ça grouille. Pas de l’autre. »

« Buffet a beau être parfois sentencieux, vouloir surplomber un peu le débat, il n’est pas désagréable et il aurait fait un bon président. Il a le niveau mais il est trop dilettante », résume un ex-vice-président socialiste du Grand Lyon, qui utilise déjà le passé du conditionnel. Dilettante, le mot est sur toutes les lèvres. Sans que personne ne soit vraiment en capacité de l’étayer. « Il m’a dit que vu les sondages ce n’est pas la peine de faire campagne », rapporte une tête de liste concurrente… sans réussir à déterminer si c’était du premier ou du second degré. François-Noël Buffet préfère en sourire : « On ne part pas à la guerre non plus. Il faut bien s’amuser un peu ».

Dette : Oullins toujours dans le rouge

« Avec les emprunts contractés, il n’a pas laissé un joli cadeau à Clotilde Pouzergue, souligne Jean-Louis Ubaud, l’ancien chef de file de l’opposition à Oullins. En 2008, les trois quarts de la dette étaient constitués d’emprunts toxiques quasi exclusivement chez Dexia avant d’être renégociés. Le désendettement devra être la priorité du prochain mandat afin d’éviter de plomber les comptes pour vingt ou trente ans. » A Oullins, en 2017, la dette s’élevait à 1 703 euros par habitant contre 1 060 euros pour les communes de la même strate.

Certes, la ville de 26 000 habitants au sud de Lyon n’étant pas riche, l’emprunt était nécessaire. Mais, selon l’ancien conseiller général qui a connu la même situation au département, « les choix de gestion sont très contestables ». À savoir : s’en remettre à un seul établissement dont les pratiques se sont révélées ravageuses pour les collectivités locales et souscrire des emprunts structurés (taux adossé à la parité dollar/franc suisse) devenus toxiques. Pour lui, la baisse de la capacité d’investissement qui en a découlé a des conséquences palpables : une médiathèque moins ambitieuse que prévu d’un point de vue environnemental et la rénovation d’un groupe scolaire étalée sur sept ans afin de pouvoir la financer.

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L'hôtel de ville d'Oullins. Photo : CC BY-SA MairieOullins.

 

François-Noël Buffet, on s’en doute, n’a pas la même lecture des faits. « Dexia c’était la banque des collectivités avec l’État pour actionnaire principal. Les emprunts structurés ? Il n’y avait que ça sur le marché. Dès les premières alertes, nous avons renégocié. Depuis 2015, la ville n’en possède plus. Le bilan financier est neutre par rapport à ce que nous aurions payé avec des taux fixes », argumente-t-il. L’ancien maire rappelle la nécessité pour Oullins d’investir pour préparer l’arrivée du métro en 2013.

Ce qu’il n’avait pas prévu, c’est la baisse de la dotation globale de fonctionnement (DGF) versée par l’État à la commune. Une perte estimée à 10 millions d’euros sur la période 2014-2020 pour un budget annuel de 34,5 millions d’euros (chiffre 2019). « Les investissements ont baissé de moitié dans la deuxième partie du mandat, l’essentiel ayant été achevé en 2016. Les niveaux d’emprunts baissent depuis 2014, l’autofinancement augmente. La commune est donc prête à investir de nouveau à compter de 2020 », assure le sénateur.

L’indicateur clef pour la dette, c’est le délai nécessaire à son remboursement. « A 10 ans c’est orange, à 15 ans c’est rouge. Oullins est à 30 ans », note Jean-Louis Ubaud. C’était tout du moins le cas au 31 décembre 2017. Selon François-Noël Buffet, ce délai est passé à 23 ans en 2018 et devrait se situer autour de 16 ans en 2019. Et même à 15 ans d’après lui en prenant en compte le fonds de soutien versé chaque année par l’État à la ville dans le cadre du protocole de sortie des emprunts structurés. Ce qui demeure au-delà du « seuil dalerte de 12 ans » indiqué par la Chambre régionale des comptes dans son rapport d’observations définitives publié en 2018 concernant la ville.