Mille kilomètres en trois mois sur son vélo cargo. On ne peut pas reprocher à Julie Laernoës (prononcez « La-er-nouss ») d’être une cycliste de la dernière heure à une période où les transports doux deviennent un enjeu fort des élections municipales… Tête de liste d’Europe Ecologie les Verts (EELV), elle était jusqu’à présent conseillère municipale et vice-présidente de Nantes métropole en charge du climat et de la transition énergétique. Le tout au sein de la majorité de la maire socialiste sortante, Johanna Rolland.

Six années à partager les mêmes bancs, mais pas assez pour faire liste commune, chacune finissant par partir de son côté. Parce que le joli score réalisé par les écologistes aux dernières élections européennes (24 % à Nantes) a stimulé leurs ambitions. Parce que Yannick Jadot, le leader du mouvement a désigné Nantes comme une ville « prenable » . Mais surtout parce que la prise de conscience collective des enjeux du réchauffement climatique a créé une urgence. « Si j’avais été convaincue d’une vraie mutation écologique de l’appareil socialiste, on aurait réfléchi à deux fois, confie-t-elle depuis son local de campagne situé rue de Strasbourg… à deux numéros de l’hôtel de ville. On a pris tellement de retard que les six prochaines années seront décisives pour enclencher une vraie rupture... ».         

Ce désir de changer de braquet prend racine dans une enfance passée aux Pays-Bas, auprès d’un père néerlandais et d’une mère française. Lui, fonctionnaire dans l’aménagement du territoire, elle, institutrice au lycée français de La Haye. « Ils avaient un intérêt pour la chose publique et le souci de lutter contre les injustices », se souvient celle qui, jeune fille, vivait tout près du tribunal international de La Haye. « J’ai lu énormément de choses sur la Seconde Guerre mondiale, les déchirures de l’Europe, poursuit-elle. Le conflit en Yougoslavie dans les années 1990 m’a énormément marquée ». Pas étonnant, donc, qu’après son bac néerlandais, elle mette le cap sur Paris pour étudier l’histoire et le droit international. Après une année universitaire à la Sorbonne et une autre passée en Australie et en Nouvelle Zélande, elle entre à Sciences Po Paris, « sans plan de carrière en tête ».

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L'entrée de Sciences-Po, 27 rue Saint-Guillaume à Paris, où Julie Laernoës effectua une partie de ses études. / Creative Commons

Une « verte » à Sciences Po

« Je suis très heureuse d’avoir fait des études ailleurs avant, livre-t-elle. A Sciences Po, j’ai immédiatement été frappée par l’élitisme français. Dès qu’on arrive, on nous dresse la liste de tous les anciens qui sont devenus hommes et femmes politiques ou journalistes... ». Sur le fond, elle se montre tout aussi acerbe. « On ne nous apprend pas à penser mais à régurgiter des dissertations sur n’importe quel sujet et à reproduire un système, sans esprit critique ». Membre du syndicat étudiant « fac verte », elle s’intéresse déjà aux sujets environnementaux, comme les mouvements anti-nucléaire en Europe, par exemple.

Admiratrice de la pensée de René Dumont, elle relie ses engagements à sa propre histoire. « Je suis née dans les années 1980, à une époque où les scientifiques nous alertaient déjà sur les risques du réchauffement climatique », fait-elle observer, citant le trou dans la couche d’ozone en 1985, le premier rapport du GIEC (groupement d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) en 1988, ou encore le discours de Severn Cullis-Suzuki, la « Greta Thunberg » de l’époque, au sommet de Rio en 1992. « Cette très jeune fille exhortait déjà les adultes à prendre l’écologie au sérieux... ».         

Dans le sillage de Dominique Voynet

C’est dans le cadre de « fac verte » - elle ne sera encartée chez les Verts qu’en 2006 - qu’elle fait la connaissance de Dominique Voynet, qui deviendra en quelque sorte son « mentor » en politique. « J’avais été invitée par de jeunes écolos de Sciences Po. Des jeunes gens pétillants et très joyeux », raconte à Mediacités l’ancienne ministre de l’Aménagement et de l’Environnement sous le gouvernement de Lionel Jospin, qui vit désormais à Mayotte pour y monter et diriger l’Agence régionale de Santé (ARS). « A l’époque, je me suis dit que je trouverais peut-être parmi eux des assistants parlementaires qui ne soient pas déjà corsetés et avides de faire carrière ». Leurs premiers échanges ont lieu à la cafeteria de Sciences Po. « Dominique Voynet faisait partie des personnes que j’avais vue à la télévision depuis les Pays Bas, se souvient Julie Laernoës. Je suis allée lui demander un stage et elle m’a proposé de travailler pour elle au Sénat. C’était une belle occasion de découvrir le fonctionnement des institutions françaises et surtout de faire ma première rencontre avec la politique... ».

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Dominique Voynet, ancienne ministre de l'Environnement et mentor en politique de Julie Laernoës, candidate aux municipales à Nantes / Creative Commons

Sous les ors du Sénat, sa décontraction détone. « Elle m’a tout de suite donné l’impression d’une jeune femme vive, fraîche et culottée », décrit Dominique Voynet, qui se souvient encore de son arrivée au palais du Luxembourg. « Elle a très vite fait son trou, sans jamais être dupe ». Une attitude que l’ancienne sénatrice attribue à sa double culture. « Là ou en France, la politique est très solennelle, figée, engluée dans des subtilités diplomatiques, aux Pays-Bas, les habitants tutoient leur député et connaissent personnellement leur maire ».

De Paris à Nantes en passant par Montreuil

Julie Laernoës confie avoir longtemps été tiraillée entre les deux pays. « Je ne me sentais ni complètement hollandaise, ni complètement française ». Après cette première expérience d’assistante parlementaire, elle rejoint l’équipe de campagne de Dominique Voynet pour la présidentielle de 2007. A cette époque, les idées écologistes sont loin d’avoir le vent en poupe et la candidate récolte à peine 1,5% des voix. « Cette campagne a été un cauchemar, avoue aujourd’hui Dominique Voynet. Mais je garde un excellent souvenir de mon premier meeting à Nantes ». Pour Julie Laernoës, ce rassemblement fait même office de tournant. « C’est ce jour-là que j’ai posé les pieds à Nantes pour la première fois, confie-t-elle. Et que je suis tombée amoureuse de la ville et de mon compagnon !».

Peu après la présidentielle, Dominique Voynet remporte les élections municipales à Montreuil et embauche son ancienne assistante parlementaire comme chef de cabinet. « Son côté très pratique, son attachement au terrain et sa plasticité me plaisent et je me dis qu’on va faire des merveilles ensemble à Montreuil, se souvient l’ancienne maire. Mais à cette époque on hérite d’une situation très dégradée... ». Dans cet ancien bastion communiste, où les inégalités sociales sont criantes entre le haut et le bas de la ville, Julie Laernoës apprend à vitesse grand V les rouages d’une mairie mais aussi « la violence politique ». Comme après cet incendie dans un camp de roms en plein cœur de l’été. « Il y avait urgence à reloger des bébés, des femmes, des enfants. On ne pouvait pas les laisser sans rien. Et c’est là que j’ai découvert la haine contre ces populations. On a reçu des lettres d’insultes. C’était très difficile ».

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Dominique Voynet, en meeting à Montreuil lors des municipales de 2008. / Creative Commons

La jeune cheffe de cabinet tient tout juste un an à Montreuil, avant de s’établir à Nantes avec le futur père de ses enfants, où elle est embauchée par le groupe EELV à la métropole. « La vie y est beaucoup plus douce qu’à Paris ou Montreuil, constate-t-elle. C’est là que je réapprends à avoir du temps pour moi, vivre, fonder une famille ».... Et qu’elle décide de s’installer pour de bon en France. « Nantes est une ville dans laquelle on se sent rapidement chez soi ». Directrice de la campagne d’EELV aux élections régionales de 2010 (15% au premier tour pour la liste menée par Jean-Philippe Magnen), elle devient coordinatrice des élus verts à la Région, remportée par Jacques Auxiette (PS). Là-bas, les sujets de friction ne manquent pas entre socialistes et écologistes, en particulier autour du dossier de Notre-Dame-des-Landes.

Caractère - trop - bien trempé

Certains anciens collègues ne gardent pas que de bons souvenirs de son passage. Si personne ne nie la sincérité de ses engagements, sa personnalité « dure », voire « agressive » fait des vagues. « Même si elle considère que ce n’est pas grave, cela laisse des traces », confie l’un d’eux. « Elle peut apparaître un peu rêche, tempère un autre. Mais c’est davantage une protection dans un univers vraiment pas simple ». Même analyse chez Dominique Voynet : « Julie est quelqu’un de franc et direct. Elle ne masque pas ce qu’elle est ». Réaction de l’intéressée ? « J’ai un caractère entier, c’est vrai. Mais quand on a des convictions, on les pousse jusqu’au bout. Et les frictions peuvent aussi être productives... ».

Parfois, sans doute. Mais elles peuvent aussi en braquer certains. « Demandez à “Nantes en commun ou à l’UDB” (Union démocratique bretonne), suggère un haut responsable socialiste. Ils en ont eu ras-le-bol de se faire engueuler ». De fait, les négociations entamées avec les deux mouvements en vue d’une alliance électorale avec les écolos ont fini par achopper. Et, comme le confient différentes sources, si les questions de stratégie électorale (quelles alliances au second tour) ont largement pesé dans cet échec, la personnalité parfois abrupte de Julie Laernoës n'y est pas non plus pour rien.

Un trait de caractère que la candidate EELV aux municipales partage d'ailleurs avec celle qui fut son mentor en politique. « Dominique Voynet était une femme politique brillante mais elle a été piégée par sa forte personnalité », avertit d’ailleurs un fin connaisseur du parti écologiste.

Prête à raccrocher de la politique après quatre ans passés à la Région – tout en figurant sur la liste de l’écologiste Pascale Chiron aux élections municipales de 2014 – elle obtient une délégation à Nantes métropole qu’elle « ne peut pas refuser ». A cette époque, Johanna Rolland avait fait alliance au second tour avec la candidate verte. « Je ne pensais pas avoir une telle délégation (le climat et la transition énergétique), qui était au cœur de mon engagement ».

Julie Laernoes au CM
Intervention de Julie Laernoës devant le conseil municipal de Nantes en février 2017. / Capture d'écran

Des regrets et des tensions

De ces six années, elle retient quelques fiertés, comme la centrale photovoltaïque installée sur le toit du nouveau Marché d’intérêt national (MIN) à Rezé, ou le renforcement du budget consacré à la rénovation énergétique du bâti. Mais aussi beaucoup de regrets. « On n’a en réalité jamais formé une équipe au sein de la majorité municipale, pointe-t-elle. Notre diversité était plutôt une faiblesse au lieu d’être une force... ». Tensions autour de Notre-Dame-des-Landes, bras de fer autour du Yellow Park, divergences sur l’accueil des migrants, développement trop timide du vélo… encore une fois, les désaccords n’ont pas manqué.         

« Ce n’est pas une personne facile d’approche, constate Julien Bainvel, conseiller municipal et métropolitain pour Les Républicains (LR). Au début du mandat, elle ne nous adressait pas la parole, pensant peut-être que nous n’étions pas des gens fréquentables… Puis on a réussi à avoir des discussions entre collègues en dehors des débats... ». Avec sa propre majorité, « elle n’hésitait pas à aller au conflit et à avoir des échanges musclés, témoigne-t-il. Le problème, c’est qu’elle a du mal à écouter les gens qui ont un autre avis que le sien. Elle a beau avoir beaucoup râlé et crié durant ce mandat, cela n’a pas beaucoup fait avancer les choses... ».

Conseillère municipale EELV en charge de la santé environnementale, Catherine Bassani, en bonne position sur la liste de Julie Laernoës, suggère une autre lecture : « Julie peut passer pour quelqu’un de radical et cassant au premier abord. Mais au fur et à mesure, elle capte, elle intègre et elle change. Mon âge fait que j’ai appris à arrondir les angles, mais son impatience est liée au fait que sa génération sait très bien que c’est maintenant qu’il faut faire bouger les lignes... »

Reconnaître les collectifs citoyens

Pas de quoi convaincre le collectif des habitants de Trentemoult et ses alentours, qui continuent à lutter contre l’installation d’une chaufferie bois. «  Je ne comprends toujours pas comment une élue écologiste peut défendre la présence d’une chaufferie bois à 200 mètres des habitations, s’interroge l’un d’eux. Au début, on a cru à une ouverture de sa part, et puis elle a tout fait pour clore le dossier. Pour nous, ce n’est pas une personne digne de confiance... ». Sur ce sujet, Julie Laernoës, qui assure « ne pas avoir eu la main sur les procédures », propose d’en tirer les enseignements. « Les procédures juridiques de consultation des citoyens ne sont plus adaptées, reconnaît-elle. Pourtant, il faut faire confiance aux habitants car ce sont eux qui connaissent le mieux leur quartier ».

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Manifestations du collectif d'habitants contre la chaufferie bois / Photo: Creative Commons

Elle défend d’ailleurs la mise en place de budgets participatifs et une plus grande autonomie des élus de quartier. « J’ai envie de redonner du pouvoir d’agir aux habitants pour qu’ils mettent en place des jardins partagés, des épiceries solidaires, des cafés associatifs ». Elle souhaite aussi une plus grande reconnaissance des collectifs citoyens d’aide aux migrants, comme l’Autre Cantine qui distribue des repas quotidiennement à partir de dons de bénévoles, ceux qui donnent gratuitement des cours de français ou encore les hébergeurs solidaires. Son programme prévoit ainsi d’attribuer 1% du budget métropolitain aux initiatives en faveur des migrants et des sans abris.

Ni gratuité des transports ni arbre aux hérons

Sur les transports en commun, elle n’adhère pas, comme Johanna Rolland, à la gratuité des transports le week-end. « C’est une rengaine qui permet d’afficher quelque chose qui paraît vert, critique Julie Laernoës. Je préfère qu’on investisse massivement dans une meilleure desserte, pour que chaque habitant ait accès à un transport en commun structurant, y compris aux frontières de la métropole ».

Autre clivage majeur, l’attractivité. « Nantes est déjà attractive, pourquoi vouloir toujours plus ? La densification est allée trop vite, provoquant un étouffement progressif de la ville. Il faut au contraire mieux répartir les richesses et les activités en revitalisant les bourgs et les villes secondaires ». D’où sa profonde réserve sur le projet monumental d’arbre aux hérons, prévu à côté du Jardin extraordinaire. « Autant les spectacles populaires de Royal de Luxe ont donné une identité à la ville, autant ce projet ne va pas dans le bon sens. Il date et coûte bien trop cher. Nous n’avons pas besoin d’un arbre en métal planté dans du béton mais de vrais arbres pour faire respirer la ville. ».

Sur la sécurité, autre enjeu fort de cette campagne, Julie Laernoës refuse d’alimenter le débat sur l’armement des policiers municipaux. « Je rappelle que le trafic de drogue relève de l’État, lance-t-elle, en accord – là-dessus - avec Johanna Rolland. Ce qui relève de la mairie, c’est une présence et une médiation renforcées sur l’espace public. Il faut redonner son vrai rôle à la police municipale... ».

Une liste qui divise

Pour se mettre en selle vers la mairie, Julie Laernoës dit s’appuyer sur une liste « diversifiée » et ouverte sur les quartiers et la société civile. Une liste qui rassemble surtout beaucoup de personnalités "anti-Rolland" et dont certains choix ont rapidement suscité la polémique. Comme celui de Florian Le Teuff, opposant notoire à Yellow Park, placé en seconde position. Mais surtout celui de Christophe Jouin, co-fondateur de L’Autre Cantine, reconnu pour son engagement sans faille auprès des migrants, mais aussi condamné par la justice pour avoir « enfariné » Johanna Rolland. Cette façon assumée de marquer la rupture avec le mandat précédent, a déjà fait couler beaucoup d’encre. Peut-elle permettre à Julie Laernoës de combler son déficit de notoriété et de rallier à sa cause des électeurs davantage tentés par la liste Nantes en commun, proche de la France Insoumise ?

Perçu comme une violente attaque personnelle dans le camp de la maire sortante, ce tacle contre Johanna Rolland risque en tout cas de laisser des traces. Si certains prédisaient un « boulevard » aux écologistes dans le sillage des élections européennes, la partie semble aujourd’hui bien loin d’être gagnée. Certains observateurs pointent un début de campagne « raté » (son absence remarquée au débat organisé entre les principales candidates au Warehouse, par exemple, ou la venue de Yannick Jadot à l’université, annulée au dernier moment). Mais aussi une liste trop resserrée sur « son camp de base », insuffisamment préparée à l’exercice de fonctions politiques. « Nous n’avons pas des gens d’appareil mais nous appuyons sur des réseaux politiques, syndicaux, associatifs », défend Catherine Bassani.

Quelles alliances au second tour ?

Vu de Mayotte, le choix de ne pas s’allier au premier tour avec la majorité sortante relève en tout cas d’une bonne stratégie : « Ce qui se passe en Australie nous démontre avec force que nous n’avons pas besoin de mesures tiédasses sur le terrain économique et social, prévient Dominique Voynet. Avec ce premier tour, les électeurs vont nous dire quelle dose d’écologie ils veulent dans le jus final... ».

Que le breuvage soit très vert ou non, au soir du premier tour les discussions entre les candidates Johanna Rolland et Julie Laernoës seront difficiles. En cas de victoire d’EELV au premier tour, l’élue verte promet de « tendre la main à ceux qui partageront notre vision sur le fond ». Tout en précisant d’emblée « que l’on ne pourra pas travailler avec Les Républicains ni avec La République En Marche ». Et si elle arrivait après la candidate sortante ? « Une union est possible, mais tout dépendra de la manière dont se déroule la campagne ». Dans l’entourage de Johanna Rolland, l’exaspération est déjà à son comble, ce qui pourrait peser sur les négociations : « si sa campagne continue sur ce ton là, on va avoir beaucoup de mal à discuter ensemble ».

Il faut dire que, depuis six ans, les deux candidates sont loin d’entretenir des relations chaleureuses. Si leurs parcours peuvent sembler proches (faible différence d’âge, mères de deux enfants, diplômées d’un Institut d’études politiques, ayant toutes les deux débuté en politique comme assistantes parlementaires), on peut aisément considérer Julie Laernoës comme le double inversé de Johanna Rolland. Quand la première se livre volontiers sur sa vie privée, la seconde veille jalousement à la préserver. Quand l’une n’hésite pas à mettre les pieds dans le plat ou à tacler ses adversaires avec virulence, l’autre conserve une posture toute en nuances et en retenue et maîtrise davantage l’art du compromis.

L’issue incertaine du premier tour

Enfin, quand Julie Laernoës entend préserver du temps pour les siens, Johanna Rolland ne compte pas ses heures, avec ou sans campagne électorale, soirées et week-end inclus. « Je ne l’imagine pas dilapider sa vie ou sacrifier sa relation avec sa famille pour un mandat, estime Dominique Voynet. On ne la verra pas dans des situations de représentations ou des réunions interminables. Aux Pays-Bas, quand les gens quittent leur travail après 17h, on considère qu’ils sont mal organisés. Tout l’inverse de la France ! ».         

Les deux mois qui viennent seront décisifs sur les stratégies de second tour. « Ce sont deux femmes intelligentes, prédit un ancien élu qui les a côtoyées. Au moment venu, elles sauront se parler ». Reste à savoir si Julie Laernoës mettra la pédale douce face à son adversaire de premier tour, ou si elle va passer à la vitesse supérieure. « On verra si elle est cohérente jusqu’au bout dans ses positions, quitte à partir seule au second tour plutôt que de négocier des postes et des indemnités... », commente Julien Bainvel, estimant que pour ces municipales, « le jeu a rarement été aussi ouvert ». Depuis son local de campagne, elle a déjà pensé à une mesure symbolique si elle accédait au fauteuil de maire : enlever toutes les voitures de la cour d’honneur de la mairie pour les remplacer par… des vélos !

Certains des nombreux interlocuteurs contactés pour réaliser ce portrait ont préféré témoigner sous le sceau de l’anonymat. Nous avons passé un entretien de deux heures avec Julie Laernoës, fin octobre 2019, durant lequel elle s’est livrée sans filtre, avec un naturel peu commun en politique. On aura par exemple appris que Dominique Voynet la surnommait « la petite Julie », que l’un de ses enfants est né le jour du dépassement des ressources naturelles de la Terre (calculé par l'ONG américaine Global Footprint Network) ou encore que son arrière grand-mère était saxophoniste au Moulin Rouge...

Florence Pagneux
Après avoir débuté comme journaliste spécialisée en éducation à Paris, elle a débarqué à Nantes pour devenir correspondante du quotidien La Croix. C'est devenu son port d'attache, entre reportages pour toutes les rubriques du journal et enquêtes au long cours sur des sujets de société. Présidente du Club de la presse de Nantes, elle donne aussi des cours de journalisme à Audencia SciencesCom.