Quand on lui dit qu’il est un homme de l’ombre, il se marre et rétorque : « Je ne suis pas dans l’ombre. Mon numéro est dans l’annuaire, je suis dans l’organigramme de la Région, je suis connu ! » En effet, Laurent Blondiau ne se cache pas. Disponible, il donne rendez-vous dans un café du centre-ville pour un échange assez convivial lors duquel il évoque, entre deux cigarettes, son parcours, sa passion pour la politique mais aussi pour le club de football de Liverpool. Il est l'un des principaux protagonistes du documentaire Le Président, sorti en 2010 : il y apparaît aux côtés de Georges Frêche, président de la Région Languedoc-Roussillon, dont il est à l'époque le directeur de la communication. Aujourd’hui directeur de cabinet de la présidente (PS) de la Région Occitanie Carole Delga, il est moins exposé médiatiquement mais il joue toujours un rôle important.

https://youtu.be/qzgWMBvHt_M

L’homme est reconnu pour sa capacité de travail et tous soulignent « son intelligence », « sa culture », « son humour » ou « son sens de la formule ». Nadia Pellefigue, vice-présidente (PS) de la Région, semble résumer l’avis général : « C’est une personne authentique, passionnée. Il est très imprégné de l’aventure Frêche dans son audace. C’est un homme qui n’a pas peur d’avancer. Certains peuvent le décrire comme brutal, car il l’est parfois dans ses mots, mais ça ne doit pas cacher une grande finesse de compréhension des enjeux. Et il porte une vraie attention aux gens, plus qu’aux structures. »

Au sein du conseil régional, il est un personnage central. « J’ai un rôle d’écoute et de dialogue avec tout le monde », détaille Laurent Blondiau. Le trio qu’il forme avec Carole Delga et Simon Munsch, le directeur général des services (DGS), semble complémentaire aux yeux de tous, « ce qui n’était pas forcément le cas sous Malvy », soulignent certains anciens de la maison. François Delacroix, qui fut le directeur de cabinet de Frêche à la mairie de Montpellier puis son DGS à la communauté d'agglomération, connaît le poids de ces fonctions. « Dans les collectivités, il y a trois personnages importants : le président ou le maire, le DGS et le directeur de cabinet. Ce sont les trois qui décident. Le directeur de cabinet a dix fois plus de pouvoir qu’un conseiller régional lambda. » Lui et Laurent Blondiau se sont côtoyés au sein de l’agglomération de Montpellier sans qu’il n’y ait de véritable connexion : « J’ai eu des relations un peu compliquées avec lui, souffle François Delacroix. Mon parcours est celui d’un social-démocrate et le sien est celui d’un apparatchik du Parti Communiste. On s’est toujours regardé d’une façon un peu particulière ».

Une jeunesse au Parti Communiste

Laurent Blondiau a vécu sa jeunesse militante au sein du PC. L’une de ses « nombreuses vies » comme il le dit. Lillois débarqué à Toulouse, il suit des études d’Histoire à l’Université du Mirail et envisage le professorat. Mais, déjà politisé et président de l’Aget-Unef (Association générale des étudiants de Toulouse - Union nationale des étudiants de France), il dit avoir « surtout privilégié la fête, les filles et la politique ». Souvent interrogé par l’édition locale de L’Humanité dans le cadre de son action militante, il est recruté au début des années 90 par le rédacteur en chef régional. « J’ai toujours été très friand de la presse. Je n’ai pas fait de grandes études mais j’ai fait de belles rencontres. » Il signe alors sous le pseudo Laurent Flandre dans le quotidien de gauche. À l’arrêt de l’édition Midi-Pyrénées, il est rapatrié à Paris, travaille sur l’international puis dirige la rubrique Sports.

En 2000, « fatigué par l’entre-soi de la presse parisienne », il propose à L’Humanité de devenir une sorte de correspondant du Grand Sud basé à Montpellier, d’où est originaire sa compagne d’alors. Il développe ainsi la Fête de l’Humanité à Montpellier et fréquente les milieux politiques locaux. Difficile de ne pas croiser la route de l’incontournable Georges Frêche, qui règne sur sa ville. « On a eu quelques accrocs au sujet de certains de mes papiers », se souvient Laurent Blondiau, qui parle d’une « rencontre intellectuelle » avec celui qui le fera basculer dans le monde politique.

« Je n’aurais pas choisi de basculer du journalisme à la communication si ça n’avait pas été Frêche. J’aime le volontarisme politique. »

Frêche sollicite son aide pour la campagne des régionales de 2004. Pour Frédéric Bort, directeur de cabinet du président à l’agglomération puis à la région - aujourd’hui un ami -, Laurent Blondiau « a franchi le pas assez facilement car il était un journaliste politisé ». L’actuel directeur de cabinet de Carole Delga nuance : « À l’époque, la Région était gouvernée par Jacques Blanc (UMP), allié avec l’extrême droite. Donc, il y avait un objectif pour moi de faire dégager tout ça. Ca s’est fait naturellement. Et il m’a proposé d’être directeur de la com de l’agglo. » Mais ce qui l’a surtout décidé, c’est la personnalité de Georges Frêche : « Être collaborateur, c’est être autant attaché à un projet qu’à une personne. Je n’aurais pas choisi de basculer du journalisme à la communication si ça n’avait pas été Frêche. J’aime le volontarisme politique. Là, je me retrouvais face à un mec qui disait : « je décide, je le fais ». Et puis, c’était une machine intellectuelle... »

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Georges Frêche à Montpellier le 17 septembre 2010 (Photo : Esby)

À ce poste de directeur de la com, il forme un duo solide et proche du président de Région avec Frédéric Bort. « Il aimait ce rôle. Faire partie d’un staff politique lui plaisait. C’est devenu commun aujourd’hui d’avoir des gens issus du journalisme. Il a aussi permis que Frêche ne se ringardise pas », affirme Bort. Au sein de ses équipes, son fonctionnement n’est pas toujours bien passé. Une ancienne collaboratrice décrit ainsi quelqu’un « qui s’est transformé. Il est atteint par la maladie du pouvoir, où l’on supporte moins la critique. Pour travailler avec lui, il fallait vraiment être politique, au service de Georges Frêche. C’est une personne intelligente, qui a trouvé son bonheur dans ce monde-là. »

De Georges Frêche à Carole Delga

Aujourd’hui, il se dit Delgaïste. Après avoir été communiste puis Frêchiste. Lui assure surtout être « un homme de gauche » qui « n’aurait jamais pu travailler avec la droite ». Il n’a jamais été au PS et n’y sera « jamais ». Le PC ? « Comme une famille lointaine, on se voit parfois. » Avec Carole Delga, la rencontre se fait en 2015, par l’intermédiaire de Christian Assaf, alors député PS de l’Hérault. C’est déjà lui, en tant que directeur de cabinet de Georges Frêche, qui l’avait embarqué dans l’aventure des régionales en 2004 en Languedoc-Roussillon. « Il avait des qualités d’écriture, un sens de la communication politique, de la stratégie, raconte Assaf. Carole Delga, qui connaissait mon passé de directeur de campagne, m’avait demandé de lui présenter des gens. Il était en haut de la liste », reconnait celui qui avait comme attachée parlementaire... l'épouse actuelle de Laurent Blondiau, Catherine Labrousse. Christian Assaf est aujourd’hui président du groupe PS de la Région Occitanie.

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« Je me souviens de lui avoir dit que les régionales allaient être très compliquées. Peut-être a-t-elle aimé cette franchise qu’elle n’avait pas senti avec d’autres », assure Laurent Blondiau. Il met en avant la personnalité de Carole Delga pour expliquer son engagement : « Je n’avais pas programmé de rebasculer. Mais on se parle franchement, on se fait confiance. Elle m’a redonné un peu goût à la politique. Parce qu’elle est vraie. Il n’y a pas de différence entre ses valeurs et ce qu’elle fait au quotidien. » Comme si Laurent Blondiau ne pouvait s’inscrire que dans les pas d’une personnalité qui parle à ses convictions, loin de l’image de mercenaire que certains aimeraient lui coller. « J’ai une grande liberté, j’ai besoin que ça matche », confirme-t-il.

« Il contrôle toutes les relations avec les médias et sert parfois de bouclier par rapport à Delga. »

À la Région, sa fonction non officielle de directeur de la communication, en plus de celle de directeur de cabinet, pose parfois question. « À vouloir tout gérer, il y a parfois des trous dans la raquette », confient certains dans les couloirs du conseil régional. Lui reconnaît que le job est difficile. « Il faut installer une nouvelle Région, une nouvelle présidente… Évidemment que c’est compliqué mais je ne travaille pas tout seul. Je veux garder un œil sur la communication : aujourd’hui, il n’y a plus de savoir-faire sans faire savoir. » Un élu souligne cependant sa trop forte implication dans ce domaine : « Il contrôle toutes les relations avec les médias et sert parfois de bouclier par rapport à Delga. Il l’empêche de voir la vérité. »

Quant à l’idée d’un groupe de Montpelliérains, anciens Frêchistes, qui auraient pris la main au sein de la nouvelle région, Laurent Blondiau la balaie d’un revers : « Tout ça relève du fantasme. La présidente, c’est Carole Delga. C’est elle la patronne. Les gens peuvent penser qu’on est Frêchistes et qu’on l’est resté. Mais c’est le passé. » Christian Assaf tranche : « Comme directeur de cabinet, il est animé par deux choses : permettre la mise en pratique de la politique de la présidente et mettre Carole Delga en position d’être réélue ».

Des liens forts avec le monde de la com

Pourtant, Laurent Blondiau a gardé des liens forts avec Montpellier, où il continue de résider, en accord avec Carole Delga. Une rumeur fait état d’un intérêt de l'homme d'affaires Mohed Altrad, président du Montpellier Hérault Rugby, envers Laurent Blondiau pour la conquête de la mairie de Montpellier en 2020. « J’ai rencontré Mohed Altrad pendant l’été. Nous avons eu une discussion sur la vision de cette ville mais il n’y a pas eu de proposition », assure-t-il, riant de l’influence que l’on prête au duo Blondiau-Bort en tant que « faiseurs d’élection ».

Mais ses liens avec Montpellier ne s’arrêtent pas à la politique. En gardant la main sur la communication de la Région, Laurent Blondiau conserve également un pied dans un monde qu’il connaît bien. Après la mort de Georges Frêche, l’ancien journaliste s’est reconverti dans ce secteur au sein de l’agence montpelliéraine Wonderful, qu’il a positionnée sur le créneau de la communication institutionnelle. Frédéric Tubiana, dirigeant de l’agence Ouvert au public, l’a connu il y a une dizaine d’années à Montpellier. « Je l’ai eu comme client quand il était dir com, puis comme concurrent chez Wonderful, sourit-il. C’est un garçon intelligent, pragmatique, qui sait parfaitement s’adapter à la situation. Cela lui donne une autre qualité ou défaut, selon de quel côté on se trouve, c’est qu’il est fidèle . Quand vous n’êtes pas dans ce camp-là, c’est à votre détriment. » Il n’a pas été étonné de le voir replonger dans le bain politique après son passage chez Wonderful : « Il est tombé dans la marmite quand il était tout petit. »

En 2016, certains s'étonnèrent que Wonderful, l'ancien employeur du directeur de cabinet de Carole Delga, obtienne d'importants contrats pour créer des supports de communication de la Région Occitanie. Laurent Blondiau se défend : « Il y a eu un appel d’offres, ils ont répondu. Ils ont été retenus au sein d'un lot avec deux autres sociétés. Il y a quelques années, la plupart des collectivités passaient des marchés de communication avec une seule agence. Je ne crois pas que c’était le bon modèle. Aujourd’hui, ce type de contrat permet de ne pas dépendre d’une seule agence. » L'affaire avait fortement irrité plusieurs élus régionaux, raconte France 3 Occitanie: « Il se croit tout permis et il est sans limite », s'emportait même l'un d'eux, « ce sont des méthodes de frêchiste », lançait un autre. 

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Se porter candidat ? Ça ne l’a « jamais démangé ». Pour tous, il préfère « l’arrière-cuisine de la politique » ou les « coulisses ». Quant à son avenir, Laurent Blondiau ne veut pas se projeter au-delà de son poste actuel. « J’aurais 54 balais à la fin du mandat. Il y a un truc qui me taraude depuis longtemps, c’est écrire, mais je n’ai pas le temps. J’ai des idées. » Ses mémoires vaudraient certainement le coup d’œil.