Malgré le froid et la pandémie, ils sont au moins une petite centaine à se presser le long des étals. À Tourcoing, plus d’un habitant sur quatre vit sous le seuil de pauvreté. Ce lundi matin, comme trois fois par semaine, on s’arrache les avocats à 25 centimes, les galettes algériennes à 2,50 euros… Les petits retraités croisent les jeunes mamans dans un ballet qui agite la Grand-Place jusqu’à l’heure du déjeuner.

Vu d’ici, Gérald Darmanin n’est pas le ministre de l’intérieur. C’est « le maire ». Et tant pis s’il a laissé son écharpe mi-septembre à Doriane Bécue, une de ses adjointes : c’est bien la liste qu’il conduisait qui a recueilli plus de 60 % des suffrages le 15 mars dernier, remportant l’élection dès le premier tour. À quelques encablures de la mairie, son quartier général de campagne a d’ailleurs survécu à la séquence électorale. « Le choix de Tourcoing, Gérald Darmanin », exhibe la devanture du petit local dont le rideau est baissé.

À l’évocation de son nom, rares sont les Tourquennois qui s’effarouchent. Certains haussent les épaules, font la moue. Comment s’en étonner dans une ville où l’abstention culmine à 75 % ? Le 15 mars, ils sont 9 600 à avoir voté pour Gérald Darmanin ; cela fait un habitant sur dix (ils sont 92 000), un électeur sur six (ils sont 64 000). Alors, forcément, on a croisé tous les autres. Ceux qui tracent leur route en grommelant que « la politique, ça ne [les] intéresse pas ». Ceux qui martèlent que « Darmanin ou un autre, ça ne change rien pour eux ».

Il y a ceux, aussi, qui « l’aimai[ent] bien ici » mais qui l’apprécient beaucoup moins dans son costume de ministre. « Depuis qu’il est monté, il fait la guerre un peu partout », regrette cette femme. Pas très loin, un vieux monsieur soupire : « Ça fait deux fois qu’il nous fait le coup. Il est élu puis il s’en va ! »

La tonalité générale . . .

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