Soyez fiers d’être socialistes ! Le message clé était martelé à l’envi ce samedi 23 octobre, au Grand Palais de Lille, pour la convention d’investiture officielle d’Anne Hidalgo à la présidentielle. La maire de Paris a rassemblé sa famille politique, principalement des élus et adhérents du parti, pour esquisser les grandes lignes de son programme présidentiel, avec un objectif central : « reconstruire la République ». Dix jours plus tôt, elle était plébiscitée par le vote des militants PS (72,7 % de suffrages recueillis, contre 27,6 % pour le maire du Mans Stéphane Le Foll).

Une victoire nette. Qui est aussi le témoignage de la déliquescence du Parti socialiste ces dernières années : seuls 22 480 militants ont participé à ce scrutin, contre plus de 180 000 lors de la dernière primaire fermée, en 2007. Pas de quoi démobiliser les troupes pour autant, visiblement prêtes à relever les manches après ce premier meeting jugé galvanisant par les militants. Tous espèrent insuffler une nouvelle dynamique à la campagne, après des débuts calamiteux : la candidate est créditée de 4 à 7 % d’intentions de vote dans les sondages.

Bidule foot1LE TERRAIN

C’est donc en terres nordistes, bastion historique du Parti socialiste et fief de Martine Aubry, que le coup d’envoi a été donné. Un choix qui ne doit rien au hasard. « Une terre de gauche, dans cette région de conquête où les travailleurs des mines et ouvriers se sont battus », a tenu à souligner d’emblée Anne Hidalgo, s’inscrivant ainsi dans cette histoire sociale. Pour la maire de la capitale, l’occasion était belle de gommer une image souvent jugée bien trop « parisianiste ». Tout au long de l’après-midi, les références à Roger Salengro, Léon Blum, François Mitterrand, Pierre Mauroy et, bien sûr, à l’ancienne ministre du Travail et édile de Lille ont fusé. Et qu’importe si aujourd’hui la section emblématique lilloise ne compte plus que 132 militants à jour de cotisation...

Les prises de parole des cadors du parti se sont enchaînées sous l’égide de Martine Aubry, la maire de la dixième ville de France et mentor d’Anne Hidalgo, dans la salle Vauban du Grand-Palais de Lille. Un lieu dévoilé au public seulement trois jours avant l'événement. Capacité d’accueil de l’auditorium : 1 474 places. Dans les rangs socialistes, on tablait plutôt sur la présence de 800 personnes environ, comme en témoigne la présence de cloisons pouvant être déployées pour éviter le discrédit d’une jauge à moitié remplie. Heureuse surprise : les séparations ont finalement pu être laissées de côté pour faire de la place à des militants venus finalement plus nombreux que prévu. La salle est comble, le pari réussi.

Il faut dire que le parti conserve de bons réflexes d’organisation : des cars avaient été affrétés dans plusieurs villes françaises. Les sections d’Ile-de-France, et notamment de Paris, étaient particulièrement représentées. Quelques groupes de militants de la région avaient été également convoqués. Ceux de Lille évidemment, mais aussi de Lomme, Roubaix, Liévin…

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Samedi 23 octobre, au Grand-Palais de Lille, Anne Hidalgo a dévoilé les grandes lignes de son programme devant élus et militants socialistes. Photo : Marion Rivet.

Bidule foot3L'AMBIANCE EN TRIBUNES

Visuellement, le Parti socialiste est partout. Les drapeaux au poing et à la rose l’emportent largement sur les drapeaux bleu blanc rouge. Les étendards estampillés Mouvement des Jeunes Socialistes, notamment, sont particulièrement nombreux. L’organe de jeunesse historique du PS cherche à reprendre des couleurs depuis sa refondation en décembre dernier, suite à la grosse crise interne subie pendant le quinquennat. Trois cents cadres nationaux ont quitté le parti pour rejoindre le mouvement de Benoît Hamon Génération.s.
On peut aussi voir des drapeaux européens, marqués d’un « Hidalgo2022 », pour souligner l’attachement de la candidate qui se définit « profondément européenne ». D’où, également, la prise de parole de Philippe Close, maire de Bruxelles, venu en voisin, et le soutien du Premier ministre portugais, António Costa.

picto foot 4LES JOUEURS

S’il s’agissait plus d’une présentation officielle que d’un match, la candidate à la présidentielle a pu compter sur la participation de plusieurs personnalités socialistes - essentielle pour présenter la photo d’une équipe unie. Les principaux membres de cette « dream team » ? L’ancien Premier ministre Bernard Cazeneuve - présenté comme « un modèle, une référence et un repère » par la maire de Paris - ; le premier secrétaire du parti Olivier Faure, qui lui a assuré un soutien sans borne « jusqu’à ce que le jour se lève à nouveau » ; la figure locale Patrick Kanner, président du groupe au Sénat ; ou encore les membres de cette nouvelle « équipe des maires », à l’instar de Michaël Delafosse pour Montpellier et Johanna Rolland pour Nantes, qui est également sa directrice de campagne.

À l'applaudimètre, notons une étonnante sympathie militante envers Bernard Cazeneuve, qui n'est pourtant pas forcément le cadre le plus emblématique du parti. L'ancien ministre de l'Intérieur a rappelé les heures sombres des attentats terroristes à Paris, où il a pu découvrir la personnalité d'Anne Hidalgo, « une femme de cœur et une grande dame ». Les éloges s'enchaînent. Le premier secrétaire Olivier Faure a déclamé un discours vibrant pour effacer la prudence qu'on avait pu lire dans certaines de ses déclarations laissant penser qu'il n'était pas sûr qu'Anne Hidalgo aille au bout de l'aventure. Martine Aubry a célébré un « jour joyeux », redisant toute son « affection » pour la maire de Paris et réservant ses piques les plus dures à Eric Zemmour, « un homme rempli d'aigreur et d'orgueil qui se rêve en Trump ».

Les organisateurs n'ont pas hésité à convoquer les grands anciens, avec un clip vidéo retraçant l’histoire du courant socialiste de Léon Gambetta à… Anne Hidalgo. Le public s’est levé pour acclamer l’ancien chef de l’État, François Mitterrand, lorsque son visage s’est affiché. Même ovation pour Robert Badinter, Lionel Jospin, Martine Aubry, Christiane Taubira. On est passé plus vite sur François Hollande, à l’évocation duquel un moment de flottement dans le public s’est fait sentir. Chacun sait le rôle qu'il a joué dans le rejet suscité par le parti à la rose depuis son quinquennat. Et l’ancien président de la République n’a pas été tendre ces derniers jours avec la gauche, regrettant la multiplication de « candidatures lilliputiennes », dont celle d’Anne Hidalgo...Avec Ségolène Royal et Stéphane Le Foll, François Hollande était le grand absent des réjouissances.

picto foot 2LE RÉSUMÉ

Entourée des siens, une rose à la main, Anne Hidalgo a enfin esquissé les contours de son programme « de reconquête », se rêvant la candidate de la « justice » et de la « reconstruction de la République » face aux « 67 millions de Français plus divisés que jamais et qui se demandent s’ils ont encore un destin partagé ». Sans trop entrer dans les détails sur les mesures sociales, elle promet de revaloriser les salaires des « premiers de corvée », lancer une politique pour encourager le syndicalisme, mettre en place une assurance chômage universelle, revenir sur la suppression de 5 700 lits d’hôpitaux, faire de la santé mentale une grande cause de son quinquennat, créer un service public de la petite enfance, garantir qu’aucun ménage ne soit contraint de consacrer plus d'un tiers de ses revenus pour se loger, généraliser l’encadrement des loyers… Ou encore d’ouvrir le droit de mourir dans la dignité. Une proposition qui a fait se lever la salle aux cris de : « Hidalgo présidente ».

Autre idée, directement inspirée par l’« équipe des maires » qui doit animer sa campagne : enclencher un nouvel axe de décentralisation, avec une « réelle autonomie financière pour les collectivités ». La candidate PS insiste aussi sur l’éducation, avec l’objectif de porter à 60 % d’une classe d’âge le nombre de diplômés du supérieur et annonce sa volonté d'abroger Parcoursup, la plateforme d’orientation fort décriée des futurs étudiants. Une mesure chaudement applaudie par les jeunes en présence. Quant au doublement du salaire des enseignants, promesse jugée irréaliste de Jean-Michel Blanquer à Jean-Luc Mélenchon, Anne Hidalgo fait mine de ne pas lâcher. Mais précise vouloir commencer par aligner « a minima le salaire des nouveaux professeurs sur celui des Bac +5 ».

Celle qui se présente comme « la candidate de l’écologie des solutions » ambitionne d’atteindre la neutralité carbone d’ici 2050, d’intégrer la protection des biens communs dans la constitution, de définir le crime d’écocide et surtout, de créer un ISF climatique « qui pèsera sur les ménages les plus aisés, dont le patrimoine émet le plus de carbone ». Sur la question démocratique, pas de VIe République au programme mais une réforme des institutions, « pour faire rentrer la Ve République dans le XXIe siècle ». Ses pistes ? Transformer le Conseil économique social et écologique (CESE) en troisième chambre parlementaire, inscrire le dialogue social dans la constitution, instaurer le droit de vote à 16 ans « pour lutter contre l’abstention ». Ou encore exiger la démission de son gouvernement de tout ministre dès sa mise en examen.

Enfin, son grand chantier concerne le droit des femmes. Elle veut s’y atteler dès son arrivée au pouvoir avec une grande loi de programmation à l’été 2022 pour atteindre l’égalité totale des salaires en cinq ans, notamment en commençant par revaloriser les salaires des métiers les plus mal payés. Ce sera sa première mesure une fois arrivée à l’Élysée, a-t-elle précisé. Devenir la première présidente de la République ? L’argument a été martelé tout au long de l’après-midi. « Notre République a toujours été représentée par une femme, alors passons de la représentation à la réalité », a scandé Anne Hidalgo.

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Autour d'Anne Hidalgo, les élus socialistes espèrent faire enfin décoller une candidature jusqu'à présent timide. Photo : Marion Rivet.

Bidule commLES TACLES

Si l'adage gaullien veut que la présidentielle soit la rencontre entre un homme et son peuple, pour l’heure, c’était surtout celle d’une femme et de sa famille politique. Un rendez-vous plutôt réussi. Face à ses supporters, qu’elle estime être « l’image de la France quand elle est ouverte », Anne Hidalgo n’a pas hésité à viser ses adversaires politiques « fanatiques du libre-échange » et « nostalgiques de la ligne Maginot ». Tantôt la vision de la France d’Eric Zemmour - qu’elle n’a jamais nommé -, tantôt le « mépris » d’Emmanuel Macron. « Je n’ai jamais compris pourquoi ceux qui disent aimer notre pays et vouloir le défendre, s’acharnent à le dénigrer, le diviser, l’affaiblir », lance-t-elle à propos du premier, avant d’ajouter que « répéter un mensonge n’en a jamais fait une vérité ».

Celle qui se dit « l’incarnation de la promesse républicaine », par son parcours personnel et politique, veut proposer « la force d’une candidature qui refuse la capitulation identitaire », pour être la présidente de « cette France métissée, rassemblée parce que respectée ». Mais finalement, c’est surtout la figure du président de la République qui en a pris pour son grade, « un chef de l’État qui à force d’être seul s’accoutume à ne penser que comme lui », incarnant « la verticalité d’un pouvoir qui refuse toute contradiction, cherche à museler les contre-pouvoirs » et « l'arrogance d’une caste qui méprise les corps intermédiaires ».

La candidate à l’investiture suprême a rappelé qu’« en France il n'y a pas de Jupiter, pas de sauveur suprême, pas d'homme providentiel mais un peuple français qui aime son pays et mérite considération ». « Je suis prête », a-t-elle conclu, martiale.