C’est sans doute par superstition que le maire sortant LR, soutenu entre autres par LREM, a fait le choix de la sobriété avant d’être sûr de sa victoire. Il faut dire que trois sondages successifs le donnaient perdant ces dernières semaines, le dernier accordant 50,5 % des intentions de vote à son adversaire Antoine Maurice et sa liste d’union de la gauche (Citoyens, EELV-PS-LFI-PCF).

Vers 19h30, alors que les Toulousains votent encore, rien ne filtre sur l’emploi du temps de Jean-Luc Moudenc en ce jour de deuxième tour. « Il attend les résultats en privé », annonce son porte-parole et 43e colistier Pierre Esplugas. Une heure plus tard, impossible en effet de passer la porte du local de campagne de la place Wilson. Jean-Luc Moudenc a accepté la présence d’une poignée de photographes, et passe son début soirée dans le calme, en compagnie de ses deux filles. Une sobriété, qui tranche avec la convivialité régnant en ce début de soirée du moins, quelques centaines de mètres plus loin au restaurant le J’Go, avec l’équipe d’Archipel Citoyen.

« Nous n’avons pas prévu de rassemblement pour éviter les attroupements, problématiques avec le virus », confirme Sébastien Canovas, responsable des jeunes LR31. « En tractant sur les marchés, j’ai ressenti que les Toulousains avaient pris la mesure des deux candidats. Il y a eu un tournant ces 15 derniers jours. La gestion du Covid a confirmé la stature de notre maire », pronostique le jeune militant, tout en s’en remettant au verdict des urnes.

Vers 21h, la 2e colistière d'Aimer Toulouse, Laurence Arribagé, présidente des Républicains 31 et membre de la garde rapprochée de Jean-Luc Moudenc, sort de son bureau de vote de l'école Jean Macé, dans l’est toulousain. « Le vote nous est très favorable, avec 75 % des voix et une très bonne participation de 60 %. Je sais que ce n’est pas du tout représentatif. Je ne veux pas m’avancer, mais je fais confiance aux Toulousains ».

Ambiance fébrile au Capitole

Un sondage Ipsos pour France Télévisions, Radio France et les Chaînes parlementaires vient tout juste de sortir, et donne la liste du maire sortant gagnante à 51,6 %. Une nette avance pour le moins inattendue. Pierre Esplugas arrive dans la cour intérieure du Capitole. « Je ne suis qu’à moitié étonné à l'idée que la victoire soit plus large qu’on ne le pensait. Mais on entend parler de vague écolo partout », souffle-t-il, se refusant à y croire totalement.

À quelques mètres de là, les assesseurs ont terminé de compter les bulletins du bureau de vote n°2 : Antoine Maurice l’emporte de 15 voix à peine face au maire sortant (245 voix à 230). Mais dans le bureau de vote n°1, au Capitole également, on est encore en plein dépouillement.

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Dans la cour du Capitole, l’ambiance est fébrile. « Ça commence à être plié », finit par lâcher Pierre Esplugas, contenant à peine son sourire. Quelques colistiers sont déjà là, parmi lesquels l’avocat Sacha Briand, actuel adjoint en charge des finances et 11e colistier d'Aimer Toulouse. Accolades et mots de félicitations s’échangent. Vers 21h50, Jean-Luc Moudenc arrive enfin, entouré de quelques colistiers, dont Laurence Arribagé, Jean-Jacques Bolzan et Samir Hajije, et d'une vingtaine de militants, dont de nombreux jeunes. Les mines sont réjouies. Certains ont les larmes aux yeux.

Sous une forêt de caméras, le maire LR commence par « remercier les Toulousains, les militants et les sympathisants. On a fait une très bonne campagne, je crois », puis n'épargne pas ses adversaires : « je connais bien cette ville, les Toulousains, et j'avais confiance en eux, en (leur) sagesse. Je sais comment les rassembler, bien au-delà des clivages politiques (…) La France Insoumise et les éléments d’extrême gauche (de la liste Archipel Citoyen NDLR) ne correspondent pas aux Toulousains ». Se félicitant d’avoir formé une « équipe équilibrée, avec la moitié de personnes expérimentées, l’autre moitié renouvelée », il s’auto-congratule au passage de « son bon bilan ».

« Une partie de l’électorat a choisi d’utiliser le bulletin Aimer Toulouse dans le but de faire barrage à Archipel et aux éléments d’extrême-gauche inclus. Cette pluralité m’oblige »

Sous les applaudissements, l’édile pénètre ensuite dans le Salon rouge du Capitole, pour son allocution officielle. Il prend alors acte du fait qu’une partie de son électorat « a choisi d’utiliser le bulletin Aimer Toulouse dans le but de faire barrage à Archipel et aux éléments d’extrême-gauche inclus ». « Cette pluralité m’oblige. Je serai un maire de rassemblement, au service de tous, fidèle à mes convictions bien sûr, mais ouvert à ceux qui ont une sensibilité différente de la mienne », promet l’édile.  

Le maire réélu ne s’appesantit pas au sujet de ses adversaires, sur lesquels il a pourtant tiré à boulets rouges durant la campagne. Ces dernières semaines, Jean-Luc Moudenc n’a eu de cesse de brandir le spectre de l’arrivée des « gilets rouges » et des Mélenchonistes au Capitole. Il n’a pas lésiné sur les caricatures, faisant passer les Archipéliens d’Antoine Maurice pour des « anti-voiture », des « anti-aéronautique », et qualifiant certains d'« anti-flics » ou de défenseurs d’une « ville de squats ». Ses sympathisants n'ont pas hésité à attaquer personnellement le candidat écologiste, jusqu'à sombrer dans l'insulte homophobe.

S'afficher en rassembleur

Mais ce soir, le maire de la Ville rose s’affiche en rassembleur. « La municipalité ne doit pas être aux ordres des partis, elle n’a pas à s’ériger en bastion de l’opposition au gouvernement en place, pas plus qu’en comité de soutien du gouvernement du moment » mais a plutôt « vocation à travailler le plus positivement possible avec le gouvernement, dans le sens de nos intérêts locaux », ajoute l’édile, avant de rappeler les priorités de son nouveau mandat : protéger l’emploi, l’ordre public, et la santé, dans un contexte de crise.

Le locataire du Capitole se dit à l’écoute des préoccupations des électeurs de son adversaire « pour la partie d’entre elles compatibles avec notre projet », citant « la lutte contre le réchauffement climatique, le développement de la place de la nature en ville », ou encore « l’accélération de la transformation énergétique des logements et des bâtiments vers davantage de sobriété », et la hausse de la part des « déplacements sécurisés à vélo ».

"on y croyait, mais Je n’ai jamais vécu une campagne comme ça, intense, stressante"

Dans les rangs d’Aimer Toulouse, on respire enfin. « C’était tellement tendu, confie l’ex-adjoint au commerce et aux terrasses et colistier pour ce nouveau mandat Jean-Jacques Bolzan. On y croyait, mais je n’ai jamais vécu une campagne comme ça, intense, stressante. Mais on a travaillé ensemble, avec tous les acteurs, surtout les dernières semaines ». Derrière lui, trois membres des Jeunes pour Toulouse. « On ne veut pas récupérer les lauriers. Mais on a beaucoup travaillé pour cette victoire », reconnaît l’un d’entre eux.

Les gestes barrière, brandis par l'équipe sortante pour expliquer la sobriété de la soirée électorale du maire sortant, sont désormais bien oubliés. Les embrassades vont bon train. Jean-Luc Moudenc navigue entre les caméras et ses amis. Il rayonne. « On a gagné grâce à la diversité de notre liste, avec un projet et un très bon bilan. Je suis très fière du maire», souligne, émue, sa fidèle colistière Laurence Arribagé.

Le score est sans appel : Aimer Toulouse l’emporte avec 51,98 % des voix contre 48,02 % pour Archipel Citoyen. Selon l’ancienne députée, « une partie de la gauche modérée, et j’en connais autour de moi, s’est reportée sur nous, sans être forcément fan de nous. Parce que seule la tête de liste d’Archipel est verte, et ils ont fait peur à certains Toulousains ». Le refus de Nadia Pellefigue, tête de liste Une Nouvelle Énergie (18,53 % au premier tour) et d’une partie de ses colistiers, de se rallier au projet d’Archipel, n’a en effet pas joué en faveur de la gauche. D’autant plus que le numéro 2 de sa liste, Michel Lacroix, a appelé à voter pour Jean-Luc Moudenc.

 

Cette nouvelle victoire de la droite est également due à « une participation plus élevée de notre électorat », souligne Laurence Arribagé. Une participation toute relative, puisque moins d’un électeur sur deux (44,85 %) s’est rendu aux urnes à Toulouse hier. Mais pas un mot sur le sujet. Cela risquerait de gâcher l'ambiance. « Les six ans à venir vont être compliqués à cause de la crise sociale et économique. Nous aurons besoin d’être acteurs de la relance », souffle l'adjointe au maire. Mais pour l'instant, l'heure est à la fête.

Armelle Parion
Armelle Parion collabore avec Mediacités Toulouse depuis octobre 2018, enthousiaste d’avoir trouvé un média qui fait la part belle aux enquêtes. Correspondante pendant neuf ans pour le Parisien-Aujourd’hui en France, elle a aussi travaillé pour la radio (Radio France, Radio Solidaire) ainsi que des supports économiques (Touléco) et culturels (Lettre du spectacle).