L'espoir de voir Toulouse partie prenante de la « vague » verte n'aura duré que quelques dizaines de minutes. Un peu avant 21h, sur le grand écran installé en terrasse du J'Go, au cœur du quartier Victor Hugo où Archipel Citoyen a organisé sa soirée électorale, Martine Aubry est donnée perdante derrière son concurrent vert à Lille. L'annonce, qui sera ensuite démentie, provoque quelques premiers applaudissements discrets. Puis, au fur et à mesure que les victoires des candidats écolos s'alignent, à Besançon, Lyon, Strasbourg... la ferveur monte. Jusqu'à ce que le résultat estimé de Toulouse s'affiche : 51,6 % pour Jean-Luc Moudenc. Personne n'avait envisagé un tel écart, annoncé si tôt. La douche est glacée. Une estimation « très surprenante au regard du basculement observé dans les autres villes, réagit avec amertume Hélène Magdo, 4e colistière. Ça pose des questions sur la façon dont s'est déroulée la fin de campagne ».

 

Sur les tables dressées dans la ruelle, des bouteilles de Côtes de Gascogne et de Fronton font trempette dans les glaçons. Jusque-là, les verres à pied sagement alignés avaient surtout accueilli de l'eau mais on passe très vite au vin. Et la phrase beaucoup entendue en première partie de soirée - « je stresse » - cède la place à une autre, que beaucoup de participants échangent désormais avec un triste sourire accroché aux lèvres : « Je bois pour oublier ».

«  Putain, on est la seule ville à ne pas basculer, c'est pas vrai... »

Une demi-heure avant l'annonce, Isabelle Hardy, 6e colistière confiait qu'en trois campagnes électorales municipales à Toulouse (2008, 2014 et 2020), elle n'en n'avait jamais vécu d'aussi « dure » : « Jean-Luc Moudenc a pratiqué le mensonge et la calomnie. Nous, on a tenté de répondre en allant sur le programme. On a analysé sa stratégie comme une preuve d'inquiétude, certes, mais ça a été violent ».

C'est l'un des éléments que Antoine Maurice va reprendre pour expliquer sa défaite. Arrivé sur place aux alentours de 21h45, chemise blanche, veste bleue, le visage souriant, un peu ému, chaleureusement accueilli et entouré de nombreux colistiers, le candidat vert dit aussitôt « prendre acte de ce résultat » et de la victoire de Jean-Luc Moudenc. « Je regrette le climat dans lequel s'est déroulée la campagne, ce n'est pas ma conception de la politique », ajoute-t-il, face à la presse, regrettant une « campagne de dénigrement » qui, ajoutée à une « probable démobilisation de l'électorat » sont les deux éléments qui selon lui, « peuvent expliquer la défaite ».

Antoine Maurice dit sa « fierté d'avoir conduit cette liste » et assure que « l'espérance » créée par Archipel citoyen « ne disparaît pas ce soir ». Autour de lui, quelques-uns trinquent, désabusés. Une perchiste-son est en larmes. D'autres n'en sont pas loin. La déception est forte : « Putain, on est la seule ville à ne pas basculer, c'est pas vrai... », râle un militant, les yeux rivés sur son smartphone, résumant le sentiment de frustration qui s'est emparé de la grosse centaine de personnes présentes.

Les raisons de la défaite

Une situation que Pierre Cohen, unique maire de gauche des 50 dernières années à Toulouse (2008-2014) analyse en connaisseur : « Peut-être qu'à Toulouse, la dynamique a été trop portée comme gagnante », installant dans les têtes l'idée d'une victoire acquise d'avance, s'interroge-t-il. Mais pour lui, la défaite de Maurice s'explique surtout par « le poids de Moudenc sur les réseaux » et par le « préjudice » du positionnement mitigé de la socialiste Nadia Pellefigue.

Un regret formulé, une demi-heure avant l’annonce des résultats, par Myriam Martin, élue LFI du Conseil régional : « Le soutien de Pellefigue et de Delga a été trop fragile, on aurait pu attendre quelque chose d'un peu plus ferme de leur part. Parce que ce n'est pas rien de battre la droite à Toulouse... C'est dommage, mais on verra bien les résultats. »

Une heure après c'est donc vu, et Odile Maurin, présidente de l'association Handisocial et figure du mouvement des gilets jaunes, que Jean-Luc Moudenc n'a eu de cesse de présenter comme une virulente activiste anti-policière, en 8e position sur la liste, s'inquiète de la suite : « Je crains désormais une répression féroce du mouvement social, avec la poursuite de ces interdictions de manif du samedi. Et puis toute la question du partage de l'espace public va rester posée ».

Pour Leila Amini, 48e colistière et qui ne sera donc pas élue (seuls les 16 premiers de la liste devraient faire leur entrée au conseil municipal), aucun doute, Archipel va demeurer un lieu où penser cette question, comme toutes les autres : « L'association va continuer d'exister et continuer à travailler sur la démocratie, la sociocratie, le municipalisme, etc. L'ADN d'Archipel, c'est la démocratie ».

Une démocratie qui, hier soir, dans sa version représentative et au terme d'un second tour où seuls 45 % des inscrits sont allés voter, a fait de Toulouse l'une des rares métropole à ne pas basculer en faveur de la gauche écologiste. Un petit goût de gâchis, résumé par Micha, militant déconfit : « C'est con, on y croyait vraiment, c'était le moment ou jamais... Je crois qu'on a raté un coup, là. »