Toulouse vue du ciel : Viens faire un plouf dans ma piscine !

[4/5] Pendant tout l'été, Mediacités brosse le portrait de Toulouse à partir d'images satellites et aériennes. Cette fois-ci, direction l'onde claire et rafraichissante des piscines. Publiques ou privées, les Toulousains et les Toulousaines les adorent. La commune compte plus de 3 000 bassins sur son territoire.

Et si les vraies couleurs de Toulouse n'étaient pas le rouge et noir, mais l'ocre et l'azur ? Vue du ciel, une myriade de points bleus constelle la Ville rose. Chaque année plus nombreuses, ces formes rondes, carrées et plus classiquement rectangulaires témoignent de l'attrait immodéré des Toulousains pour les piscines privées.

Car la tendance est à la hausse. Les confinements successifs ont décomplexé les ménages hésitants. Face à la demande, les constructeurs refusent les commandes, comme le rappelait récemment France Bleu Occitanie. Le phénomène n'est pas propre à Toulouse. Avec plus de trois millions de bassins privés, la France est le deuxième pays au monde dans ce domaine. 

Tout le monde ne peut évidemment se payer se luxe. Sans compter le prix des m² de terrain nécessaires, il faut dépenser entre 600 euros pour une piscine tubulaire (structure en plastique fixe, simplement posée sur le sol contrairement aux piscines enterrées), et quinze mille pour une piscine enterrée d’entrée de gamme, selon la fédération professionnelle Pro Piscines. S'y ajoute l'écot prélevé à la construction par la mairie et le département, à raison de 200 euros par mètre carré de piscine. Et ensuite l’entretien, évalué entre 600 et 800 euros par an pour une piscine de taille moyenne (8 m sur 4 m pour 1,40 m de profondeur). Ça commence à faire cher la baignade.

Quelques resquilleurs ayant tenté de barboter gratis, les services fiscaux ont expérimenté en 2019 un logiciel pour repérer les piscines non déclarées. Trois mille d’entre elles ont été identifiées dans le seul département des Alpes-Maritimes. L’expérience n’a pas été menée en Haute-Garonne.

Pour mesurer le phénomène, nous avons voulu les compter par nous-mêmes. Vaste ambition rapidement abandonnée quand nous nous rendus compte que d'autres l'avaient fait avant nous. Ainsi, près de 3 000 piscines ont été référencées à Toulouse par la communauté Open Street Maps.

carte piscines
Chaque point orange correspond à une piscine publique ou privative.

La carte n'est pas exhaustive, mais elle est révélatrice de la localisation des barboteurs à domicile. Car, exception faite des douze piscines municipales, ce sont les quartiers pavillonnaires qui concentrent le plus de bassins.

Dans le quartier Château de l'Hers, par exemple, les rues jouxtant l'allée de Limayrac, illustrent à elles seules le phénomène. Entre 2006 et 2020, plus d'une dizaine de nouvelles piscines ont été construites dans ce quartier cossu.

Piscine privée Grand Mirail
Pas de piscine au pied des immeubles dans le Grand Mirail.

Sans surprise, les quartiers dits prioritaires n'ont pas succombé à la mode qui inonde les quartiers pavillonnaires. Par manque de moyens bien sûr, puisque ces zones concentrent les plus bas revenus de la commune, mais aussi par manque de place. Difficile en effet de construire un bassin de nage au pied d'une tour du Grand Mirail.

Dans l'hypercentre, la concentration des immeubles pose le même problème. Certains propriétaires ont cependant su nicher quelques grandes baignoires de-ci de-là.

Piscine privée Saint-Sernin
Au moins deux bassins se cachent dans cette photographie du quartier Saint-Sernin.

Pour celles et ceux qui n'ont ni les moyens ni l'espace pour disposer du privilège de la piscine privative, la commune dispose de douze équipements publics. Le plus emblématique est la piscine Alfred-Nakache, du nom de ce champion de natation rescapé d'Auschwitz. Construite en 1965 sur l'île du Ramier, la piscine et ses deux bassins d'été et d'hiver vont être rénovés dans le cadre d'un plan d'investissement de 30 millions d'euros lancé en 2017 par la mairie. Trois bassins (Léo Lagrange, Bellevue et Alban Minville) en ont déjà profité. Celui d'Ancely n'en bénéficiera pas par contre. La mairie l'a fermée en 2016 en raison d'une fréquentation trop basse et d'une rénovation jugée trop élevée.

Piscine Ancely 2013
La piscine Ancely, en 2013, trois ans avant sa fermeture.

Hausse des températures oblige, la fréquentation des piscines publiques n'avait pas faibli jusqu'à la fatidique année 2020. Lors du chaud été 2018, les bassins municipaux avaient enregistré 25 % de nageurs en plus qu'en 2017. L'été dernier, en revanche, l'affluence a chuté de 20 à 50 % selon les lieux du fait des craintes liées au covid. Cette année encore, les bassins ne risquent pas de déborder. Du fait de l'obligation de présenter un passe sanitaire pour entrer dans une piscine, celles-ci sont pour l'instant désertées. La Dépêche a ainsi observé une centaine de baigneurs dans la piscine Nakache fin juillet, alors que les bassins peuvent contenir 4 500 personnes.

La Ramée
Le lac artificiel de la Ramée, au sud-ouest de Toulouse.

Pour les allergiques au chlore, d'autres options existent : le plan d'eau de la Ramée ou la Garonne. Attention, tout de même à baignade dans le lac artificiel. Quatre personnes y ont trouvé la mort en 2020 et une autre cette année, selon Actu Toulouse.

Concernant le grand fleuve, une étude aurait été lancée par la mairie en 2018 sur la possibilité de s'y baigner dans le cadre de Toulouse Plage. Les conclusions sont toujours attendues, ce qui laisse présager d'un résultat négatif. Si des impatients veulent y piquer une tête, on leur conseille tout de même de vérifier que les collecteurs d'eaux usées sont en bon état de fonctionnement. Dans le cas inverse, le résultat n'est pas très propre.

Garonne baignade
Sera-t-il possible de nager un jour dans la Garonne ?

Enfin, si, dépité, vous décidiez au plus fort de la canicule d’aller squatter la piscine du voisin, demandez la permission, surtout s'il s'agit de celle d'un élu. Ce genre de polissonnerie pourrait bien vous valoir une visite de la police municipale, selon France 3 Occitanie. Alors c’est compris ? La piscine c’est bien, mais c’est surtout chacun chez soi.