Difficile d’échapper à Jaurès quand on se promène à Carmaux. Statue grandeur nature sur la place centrale de la ville, buste en bronze dans le bureau du maire, affiches dans la librairie indépendante, essai autobiographique dévalisé dans le tabac‐presse, sans oublier le lycée polyvalent Jean Jaurès, le parc Jean Jaurès et même la clinique vétérinaire Jean Jaurès… Le grand homme est partout. Et la campagne électorale n’y fait pas exception.
Du conseiller d’opposition socialiste François Bouyssié, au communiste Rachid Touzani, en passant par le maire sortant élu sur une liste divers gauche Jean‐Louis Bousquet, les candidats se revendiquent tous de l’héritage jauressien. Tous… sauf un : celui du Rassemblement national, Gweenael Andrieu.
Bien qu’il se reconnaisse dans « les valeurs d’entraide et de rassemblement » prônées par l’ancien député du Tarn, le militant de 24 ans est gêné par la figure écrasante du rassembleur du socialisme en France. Pour le candidat d’extrême droite, Carmaux est aussi incarné par « les mineurs et par François‐Paul de Solages, seigneur du 18e siècle, fondateur de la verrerie ». Un aristocrate, dont le descendant, Jérôme Ludovic de Solages, a été l’adversaire d’un certain… Jean Jaurès. Tout un symbole.
Un PS en déconfiture
Cette prise de distance avec la figure tutélaire de la ville est‐elle partagée par la population ? C’est possible. À Carmaux, comme ailleurs, le PS a moins le vent en poupe depuis quelque temps. En 2020, une liste citoyenne a ravi la mairie aux socialistes, qui dirigeaient pourtant la ville depuis 128 ans avec l’élection de Jean‐Baptiste Calvignac, un mineur ayant déclenché les grèves de 1892 soutenues par Jaurès. Aujourd’hui, le parti à la rose paie encore les frais de ce revers électoral. La section carmausine ne compte plus qu’une quarantaine d’adhérents contre 150 dans les années 1980.
Jusqu’à peu, celle‐ci siégeait dans une maison située dans un quartier excentré. La demeure, un peu délabr …