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Boiron, la publicité à dose non homéopathique  

Si les scientifiques ne vous soutiennent plus, jouez la carte du grand public. Voilà sans doute la stratégie du laboratoire lyonnais Boiron. Le leader mondial de l’homéopathie est épinglé par le Canard Enchaîné de la semaine dernière. Le Volatile s’amuse de la présence d’une pleine page de publicité pour l’Oscillococcinum, l’un des produits phares du groupe, dans un numéro de janvier du Particulier Santé. Le thème du magazine propriété du Figaro ? « Homéopathie, pourquoi ça marche ». De quoi laisser songeur sur l’impartialité du dossier... Et Le Canard de rappeler que le laboratoire consacre près d’un quart de son chiffre d’affaires annuel, soit 155 millions d’euros, à la « promotion ». Une somme colossale comparée au budget riquiqui dédié à la « recherche pharmaceutique » : 3,8 millions d’euros. 

Il faut dire qu’il y a le feu chez le géant des petits granules. En mars 2018, une tribune de professionnels de santé dézinguait la validité scientifique de l’homéopathie et des médecines dites « alternatives » défendues par des « charlatans » et « basées sur des croyances promettant une guérison miraculeuse ». Saisie par le gouvernement, la Haute autorité de santé (HAS) s’est lancée, dans la foulée, dans une évaluation de l’efficacité de l’homéopathie et de l'intérêt de maintenir ou non son remboursement par la Sécurité sociale, à hauteur de 30% aujourd'hui. Son avis – crucial – est attendu pour le mois de juin, mais les Académies de médecine et de pharmacie ont déjà pris position sur la question, en réclamant la fin du remboursement de l’homéopathie ainsi que de son enseignement à l’université.

Pour le groupe lyonnais, l’enjeu est d’importance. La France, l’un des seuls pays à rembourser l’homéopathie en Europe avec la Belgique et la Suisse, représente encore près de la moitié de son chiffre d’affaires (358 millions sur 604 millions pour l’ensemble du groupe). Une part en forte baisse (-5% en 2018, contre +600% en Inde sur la même période), mais qui reste vitale pour le laboratoire de Messimy.  Un déremboursement accentuerait mécaniquement cette tendance, et abîmerait surtout dangereusement l’image de l’homéopathie.

Le laboratoire l’a bien compris, et s’est lancé dans une vaste opération de communication. Son arme ultime : un sondage Ipsos d’octobre 2018, repris à toutes les sauces par l’entreprise, qui « démontre », selon elle « l’attachement des Français à l’homéopathie ». 74% d’entre eux sont opposés à l’arrêt de son remboursement. En bref, les Français aiment l’homéopathie, assure le labo. Mais encore faut-il qu’ils le sachent. Pour s’en assurer, Boiron a mis les petits plats dans les grands. On n’est jamais trop prudent. Un coup d’œil à la base Transparence Santé, qui recense une partie des dépenses de communication des laboratoires pharmaceutiques, livre quelques détails. En 2018, Boiron a ainsi dépensé plus de 10,7 millions d’euros rien qu’avec la société Vizeum, une agence publicitaire parisienne, pour des « achats d’espaces publicitaires », précise le site. Comme celui de la page du Particulier Santé mentionnée plus haut ? La base de données ne le précise pas.

Les prestataires lyonnais ne sont pas en reste. Pour un peu plus d’1,1 million d’euros, la société Nouveau Monde DDB gère une partie de la communication de Boiron. Son nom apparaît d’ailleurs sur son site entre Renault Trucks et le leader mondial de la chimie BASF. Plus anecdotique, le laboratoire s’est aussi payé les services de la société villeurbannaise Cybercité, spécialisée dans le référencement sur Internet. 818 000 euros tout de même.

Mais en matière de publicité, l’essentiel est peut-être ailleurs pour Boiron. Dans son implantation au sein des facultés de médecine, comme celle de Lyon-Sud et son célèbre « amphi Boiron ». Et surtout dans les milliers de repas et autres avantages en nature accordés chaque année à des médecins, pharmaciens, sages-femmes, étudiants, vétérinaires, etc. La base Transparence santé en compte plus de 24 000 rien qu’en 2018. Trente euros par-ci, quinze par-là. Il en va de la communication comme de l’homéopathie : l’essentiel est de bien diluer.


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2020 : Gérard Collomb s’y voit déjà 

Comprenne qui pourra… On avait retenu que Gérard Collomb serait candidat, l’an prochain, à la présidence de la Métropole, comme il l’a annoncé dans Le Progrès le 14 avril dernier [lire l’œil de Mediacités du 16 avril]. Et puis boum ! Ce lundi, le baron se remet en lice pour garder l’hôtel de ville. Pour mémoire, un seul et même élu ne pourra plus cumuler les deux fonctions – maire de Lyon et président du Grand Lyon – après les élections locales de 2020. Au détour d’une conférence de presse sur le compte administratif 2018, Gérard Collomb glisse que « grâce à la très bonne santé financière de la ville de Lyon, je suis en mesure d’annoncer au Lyonnais que je n’augmenterai pas les impôts lors du prochain mandat » [voir son tweet ci-dessous].

C’est une habitude depuis 18 ans, l’élu relève sensiblement les taux d’imposition en début de mandature : +5% après son élection en 2001, +6% après sa réélection en 2008 et enfin +5% après celle de 2014. Cette méthode présente deux avantages : dégager des marges de manœuvre dès le début du mandat et être oubliée six ans plus tard quand les électeurs retournent aux urnes. Cette fois-ci, selon Gérard Collomb, la bonne capacité de désendettement de la commune permettrait à la majorité actuelle (si elle est reconduite) de se passer de la hausse habituelle. Elle n'aurait concerné assez vite que la taxe foncière sur le bâti et le non-bâti, le gouvernement s’étant engagé à supprimer la taxe d’habitation pour tous les ménages en 2022 au plus tard.

Reste que la déclaration de l’ancien ministre de l’Intérieur ressemble fort à une première promesse de campagne. « Appelez cela comme vous voulez », a-t-il commenté. Et que l’emploi du futur – « Je n’augmenterai pas les impôts » – laisse songeur. Pour mémoire (bis), ce sont les Lyonnais qui choisiront qui sera leur maire pour le prochain mandat...  


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La Métropole de Lyon sous la loupe du Sénat  

On a lu pour vous le rapport d’information du Sénat sur (prenez votre souffle !) les conséquences financières et fiscales de la création de la Métropole de Lyon. Quatre ans et quelque après la fusion de la communauté urbaine et du département sur le territoire du Grand Lyon, comment se porte cette collectivité unique en France ? Et, in fine, « le modèle lyonnais » est-il transposable ailleurs ?

A la première question, les deux parlementaires rapporteurs du texte Charles Guené (Haute-Marne) et Claude Raynal (Haute-Garonne) se montrent très (très) prudents : « Il est encore trop tôt pour tirer des enseignements globaux et robustes de cette expérience locale ». Un rapport pour rien, alors ? On y apprend tout de même que la Métropole a vu sa masse salariale augmenter, mais moins que prévu. Qu’elle bénéficie d’un contexte favorable (démographie en hausse, revenus médians supérieurs à la moyenne nationale) qui lui assure des rentrées fiscales en hausse (+7% entre 2015 et 2017). Ou encore que le Nouveau Rhône doit sa viabilité « notamment » à l’aéroport Saint-Exupéry (qui assure 18,5% des recettes fiscales du département), resté dans son périmètre. Ce qui n’est pas le moindre des paradoxes, cet équipement restant la principale porte internationale (d’entrée et de sortie)… du Grand Lyon.

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L'hémicycle du Sénat. Photo : creative commons.

A la deuxième question, nos deux sénateurs se mouillent en revanche un peu plus. Non, « le modèle lyonnais » cher à leur ancien collègue Gérard Collomb ne peut pas inspirer d’autres territoires : « La Métropole de Lyon a été créée dans un contexte local très particulier, sans doute difficilement reproductible ». Elle « n’a pu voir le jour qu’en raison d’une volonté politique concordante des deux exécutifs locaux [Gérard Collomb, donc, alors président du Grand Lyon et Michel Mercier, ex-président d’un conseil départemental très endetté] », précisent-ils.

Autrement dit : au-delà du bilan de l’expérimentation lyonnaise, il semble illusoire de croire qu’un département ailleurs en France se saborde de bonne grâce comme celui du Rhône. De quoi refroidir les ambitions d’Emmanuel Macron qui promettait pendant la campagne présidentielle de « supprimer au moins un quart des départements, là où ils peuvent être rapprochés de l’une de nos grandes métropoles ».


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Gratuité des transports en commun : Vullien plie le débat

vullien_michele19737fRestons encore quelques instants au Sénat, où a été lancée ce mois-ci une mission d’information sur « la gratuité des transports collectifs ». C’est la parlementaire du Rhône Michèle Vullien, ancienne élue du Sytral, l’autorité organisatrice des transports dans l’agglomération lyonnaise, qui la préside (l’ancienne présidente du Sytral Annie Guillemot en est par ailleurs une des vice-présidentes). Objectif : étudier les avantages et les inconvénients d’un réseau de métro, tramway et/ou bus sans ticket. Et répondre à la question : « Fausse bonne idée ou révolution écologique et sociale des mobilités ? ». En France, Dunkerque s’est dernièrement convertie à la gratuité après Niort, Castres ou encore Châteauroux. En Europe, Tallinn, la capitale estonienne (450 000 habitants), a opté pour la même politique depuis 2013. Bref, à moins d’un an des élections municipales (et métropolitaines dans le Grand Lyon), le thème s’invite à l’agenda des parlementaires.

Seulement voilà, celle qui doit faire vivre les débats semble avoir déjà une idée très arrêtée sur le sujet. « La gratuité des transports ne sera pas un enjeu des municipales, affirme Michèle Vullien dans une interview accordée à La Gazette des communes. Un réseau, ce n’est pas open bar ! » Avant même l’ouverture des travaux de la mission, la sénatrice enterre les arguments qui plaideraient en faveur de la gratuité. La mesure ferait venir de nouveaux usagers ? « On sait très bien que non ! », rétorque-t-elle. Une affirmation pourtant battue en brèche par certains, comme l’universitaire Maxime Huré, spécialiste des mobilités, interviewé l’an dernier par Mediacités.

Dès la première réunion d’installation du groupe de travail, Michèle Vullien avait réduit le champ d’étude de la mission : « Plutôt que de nous attacher à la gratuité totale, nous devons considérer la question de la tarification sociale ». Ce qui ne l’empêche pas de lancer très sérieusement dans La Gazette : « J’ai mon avis, oui, mais je reste neutre ».


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Périph' lyonnais à 70km/h : lever le pied pour mieux respirer ?

Le coup de frein fait grincer des dents. Depuis lundi matin, la vitesse est limitée à 70km/h sur le périphérique de Lyon, contre 90 km/h auparavant. De quoi provoquer la fureur de certains automobilistes. Samedi, en marge de la manifestation des « gilets jaunes » une trentaine de véhicules ont participé à une opération escargot en signe de protestation.

picto voitureLa mesure devrait pourtant diminuer de 2% les émissions de particules fines (PM10) et de 4% celles de dioxyde d’azote, selon Atmo Auvergne-Rhône-Alpes, interrogée par Rue89Lyon. « Ça peut sembler être des taux plutôt bas, mais toute amélioration est bonne à prendre »,  précise une responsable de l’organisme. Le ralentissement doit aussi permettre de réduire les nuisances sonores pour les 30 000 habitants à proximité du périph’.

Quid des effets sur la circulation, déjà cauchemardesque aux heures de pointe ? « En moyenne, le temps de parcours d’un automobiliste augmentera seulement de deux minutes », promet la Métropole dans un communiqué, tout en annonçant prudemment un bilan à la fin de l’année.

Un ralentissement en forme de retour aux sources, pour Le Progrès, qui retrace l’historique du boulevard Laurent Bonnevay. Construit dans les années 1930, il consistait à l’origine en une deux fois deux voies, avec terre-plein central en herbe et piste cyclable. Un havre de verdure, ou presque, à tel point que des agriculteurs venaient y faire paître leurs vaches, relate le quotidien. A quand le retour des troupeaux sur les bretelles d’autoroute ?


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Post-scriptum : Métro E, terminus à Part-Dieu ? 

Une dernière brève "transports" pour la route ! La semaine dernière, nous vous parlions du projet de métro E, qui pourrait desservir le 5e arrondissement de Lyon et, au-delà, raccorder l’Ouest de l’agglomération au réseau ferré des TCL. Ce lundi 29 avril, se tenait la réunion de clôture de la concertation publique sur le projet. Deux stations terminus étaient en balance sur le papier : Bellecour et Hôtel-de-Ville. Mais c’est une troisième – Part-Dieu – qui tient la corde. Cette option fera l’objet d’études, a déclaré la présidente du Sytral Fouziya Bouzerda.

En prolongeant la ligne E au-delà du Rhône, cette hypothèse alourdirait mécaniquement la facture globale d’une infrastructure attendue, au plus tôt, en 2030. Mais elle présenterait l’avantage de créer une liaison directe entre le cœur de la Presqu’île et le quartier de la gare – véritable pièce manquante du réseau. Elle a les faveurs du président de la Métropole David Kimelfeld comme du maire de Lyon Gérard Collomb. « Ironie politique, cette jonction avait été imaginée par Michel Havard, alors son challenger (UMP) au municipales, en 2014 », souligne Le Progrès.

https://www.mediacites.fr/lyon/decryptage-lyon/2019/04/24/ligne-e-un-metro-cest-trop/