Bidule_carre_512pxCHU, Confluent, Urologie : c'est Dallas dans la santé nantaise

Bidule hopitalDe mémoire de professionnel de santé, « on avait jamais vu un tel bazar à Nantes ». Du mastodonte généraliste aux petites cliniques spécialisées, du public au privé, des simples salariés aux puissants actionnaires, de rachat en liquidation judiciaire, le secteur hospitalier nantais a connu une semaine pour le moins agitée. Revue de détails des dossiers qui secouent le petit monde de la santé.

  • La fronde contre le transfert du CHU reprend de plus belle

100. Ils sont finalement 100 à avoir signé un appel contre le transfert du CHU sur l’île de Nantes à l’horizon 2026, publié lundi 1er avril dans Presse-Océan. Alors que l’enquête publique sur ce projet pharaonique est ouverte jusqu’au 26 avril, ces « personnalités » protestent « contre la loi du silence entourant le projet d’implanter un nouveau CHU à Nantes, dans une zone inondable et hyper-densifiée ». Parmi les signataires, on retrouve ainsi des médecins, des responsables hospitaliers (retraités ou en exercice), des chefs d’entreprise, des universitaires, des ingénieurs, des ambulanciers, et cætera, et cætera.

Principal porte-voix de ce prestigieux aréopage, Jean-Claude Guyard, le président du Galea (Groupement d'Analyses et d'Études de Loire-Atlantique), association historique d’opposition au transfert du CHU, était interrogé deux jours plus tard dans les colonnes de Presse-Océan, à nouveau. Dans cette interview, il détaille les raisons de la fronde : accessibilité du site, risques d’inondations, survol par les avions et, surtout, le coût prohibitif du projet (sur lequel Mediacités a enquêté il y a quelque temps). « Ce projet est celui de tous les scandales. C’est un scandale financier, un scandale administratif, un scandale sanitaire et sécuritaire, sans oublier le scandale de la loi du silence qui l’entoure », martèle-t-il.

https://www.mediacites.fr/nantes/decryptage-nantes/2018/01/04/le-futur-chu-de-nantes-en-lice-pour-le-titre-dhopital-le-plus-cher-de-france/

Cette virulence a eu au moins le mérite de provoquer une petite réaction de Nantes Métropole, jusqu’alors peu diserte sur le sujet. Pour le vice-président (PS) chargé des Grands projets urbains, Alain Robert, interrogé par l’AFP, il n’y a « rien de nouveau sous le soleil, c'est un ramassis d'inexactitudes et de partis pris qui ne sont jamais fondés sur des arguments probants ». Une fin de non-recevoir plutôt abrupte pour une ville censée pourtant être sensible au « dialogue citoyen ».

  • Et le nombre d'arrêts maladie continue de flamber

A l’heure où nous écrivions ces lignes, pas de réaction, en revanche, du côté du CHU lui-même. Faute de personnel pour le faire, peut-être ? Car comme on l’apprenait mardi dans les colonnes de Presse-Océan, là encore, le nombre d’arrêts maladies flambe dans l’établissement nantais. En 2018, ils ont atteint 222 334 jours déclarés, soit environ 7000 de plus que l’année précédente. Et 22 000 de plus qu’en 2015... Un peu abstrait ? Ramené au nombre de salariés de l'institution (près de 10 000 sans compter les médecins, internes et étudiants), cela représente, en moyenne, 23,1 jours par personne...

Selon les syndicats, cette croissance s’explique notamment par « l’augmentation de la charge de travail », le « manque d’effectif » et la pression exercée sur les personnels qui entrainerait une multiplication des burn-out. Des conséquences humaines, mais également financières : d’après la CGT, les arrêts maladie aurait couté l’an dernier 12 millions d’euros au CHU, ce que la direction de l’établissement ne dément pas.

  • Le Confluent en grève et convoité par un conglomérat chinois

Bidule santé argentSi l’hôpital public nantais a connu une semaine agitée, que dire de ses homologues du privé… Lundi, alors qu’une grande partie du personnel du Confluent (ex Nouvelles cliniques nantaises) entamait un mouvement de « grève illimitée », Mediacités révélait l’intérêt de Fosun pour l’établissement. Mais le conglomérat géant basé à Shangaï n’est pas seul sur les rangs. Parmi les favoris pour le rachat de ce fleuron de la médecine nantaise, on compte aussi le groupe rennais Vivalto Santé. Ses représentants qui devaient d’ailleurs se rendre au Confluent mardi ont finalement annulé leur visite en raison du mouvement social. Tous les détails du mic-mac entourant la vente du Confluent depuis près d’un an sont à retrouver dans nos différents articles.

https://www.mediacites.fr/nantes/enquete-nantes/2019/04/01/clinique-le-confluent-le-geant-chinois-fosun-invite-surprise-au-rachat/

  • Imbroglio autour de la clinique urologique

Nous l’évoquions la semaine dernière : en difficulté financière, la clinique urologique de Nantes et ses quelques 80 salariés attendaient la confirmation de plusieurs autorisations d’activité de soin pour que soit validé le plan de reprise accepté en février par le Tribunal de commerce. Mais, mardi 2 avril, l’Agence régionale de santé (ARS) a annoncé qu’elle retoquait cette demande. Une nouvelle qui assombrit donc considérablement l’avenir déjà fragile de la clinique. Jugeant cette décision incompréhensible, le consortium de repreneurs a d’ores et déjà saisi le parquet de Nantes pour obstruction à une décision de justice par l’administration. « Nous avions un projet, des compétences, des investisseurs… Pourquoi, à Nantes, les dispositions des codes de santé publique et du commerce ne s’appliquent-elles pas comme ailleurs ? » s’interroge-t-il. Et il n’est pas le seul. Dans un communiqué envoyé à la presse hier, Bertrand Affilé, maire de la commune de Saint-Herblain où est implantée la clinique, estimait « inconcevable qu’une décision administrativo-politique débouche sur la fermeture d’une entreprise avec 80 suppressions d’emplois à la clé (…). »

 

Bidule_carre_512pxMorts dans les rues de Nantes

Ils s’appelaient Jean-Yves, Clementé, Alphons, Dominique, Philippe et Christophe. Ils avaient respectivement 60, 69, 65, 57, 59 et 40 ans. Ils sont morts dans les rues de Nantes entre les mois de janvier 2018 et de février 2019. Cette liste macabre et glaçante est extraite de celle établie par le Collectif « Les morts de la rue », publiée mardi par le quotidien La Croix. 566 noms et âges (quand ils sont connus) de « sans domicile fixe » décédés dans les rues de France au cours des derniers mois, parmi lesquels on recense donc six Nantais, mais aussi sept Angevins (Eric, dit Rico – 50 ans ; Nicolas - 30 ans ; Yves – 60 ans ; Bachir – 25 ans ; Farahd Hassan – 26 ans ; Abdelkader – 48 ans et Barbiche – 34 ans).

566 personnes « mortes dans des abris de fortune tels qu’un parking, une cage d’escalier, une cabane de chantier ou dans le métro, mais aussi en lieu de soins ou en structure d’hébergement », détaille le collectif à l’origine du recensement. 566 personnes dont cinquante étaient des femmes et six des enfants de moins de cinq ans. 566 personnes qui en cachent peut-être beaucoup d’autres. Selon une étude de l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm), le nombre réel de décès de personnes sans domicile entre 2012 et 2016 serait près de six fois supérieur au nombre de décès connus par le collectif. Soit plus de 13 000 morts.

 


Bidule_carre_512pxLes différents visages de la pauvreté en Loire-Atlantique

139000Soit le nombre de personnes vivant la pauvreté au quotidien en Loire-Atlantique. Ou bien, pour le dire plus “statistiquement”, qui vivent sous le seuil de pauvreté, cette norme difficile à appréhender (60% du revenu médian par unité de consommation…) et tournant aujourd’hui à 1025 euros par mois pour une personne seule. Cette question de la mesure de la pauvreté nourrit d’ailleurs la quasi-totalité du dossier que la revue Place Publique consacre au sujet dans son prochain numéro, à paraître samedi. Peut-on réduire ce fait social à un simple chiffre et lequel ? Dans leur rigidité, les seuils et les taux ne nous empêchent-ils pas de voir la réalité et la diversité du phénomène ? Ne vaut-il pas mieux chercher d’autres indicateurs, comme ce « sentiment de pauvreté » auquel travaille le sociologue Nicolas Duvaux, pour qui « être pauvre, c’est ne plus croire en l’avenir » ? Au fil des pages, la revue urbaine aborde en profondeur toutes ces questions et bien d’autres, sans éluder pour autant l’approche statistique.

Carte PP70

Et que nous dit cette dernière ? Que globalement la Loire-Atlantique s’en tire plutôt bien, voire très bien. Avec un taux de pauvreté à 10,4% (la moyenne nationale est de 14,9%), elle se situe à la 5e place des départements français, derrière les Yvelines, les deux Savoie et la Vendée. Un satisfecit qui vaut aussi pour Nantes, métropole française où ce taux est le plus faible (11,9%), loin devant Strasbourg (19,5%), Montpellier et Lille (19,3%), mais aussi Lyon (15,7%) ou Toulouse (15,2%). De bons chiffres qui cachent néanmoins des écarts importants. « Entre les plus aisés et les plus pauvres », comme l’écrit l’économiste Hervé Guéry, mais aussi entre les territoires. Représentant à peine 27% de la population départementale, les villes de Nantes et Saint-Nazaire concentrent aussi 40% des habitants pauvres tandis que d’autres poches de pauvreté existent à Rezé, Saint-Herblain mais aussi à Châteaubriant

Place publique #70-Printemps 2019

Cartes, chiffres, détails et analyses à retrouver à partir de samedi dans Place Publique. En vente en kiosque et en librairies. 

 

 


Bidule_carre_512pxDes start-ups au secours des migrants

Certes, nous avons longuement parlé des start-ups ces dernières semaines sur Mediacités Nantes. Mais ce n’est pas une raison suffisante pour ne pas souligner l’initiative intéressante que mènent depuis un an certains membres de ce fameux éco-système numérique. Sur sa page Medium, Simon Robic (iAdvize) tirait mardi le premier bilan du projet StartupsNantes et Exilés. De quoi s’agit-il ? De la mobilisation de cinq acteurs du numérique et de trois associations pour aider les migrants – nombreux à Nantes – à trouver leur place dans la ville et dans la société. « Si au départ, nous pensions pouvoir aider sur l’hébergement d’urgence, [nos] rencontres nous ont surtout permis de comprendre que c’est sur l’intégration et le lien avec Nantes que nous pouvions agir », écrit ainsi Simon Robic.

Concrètement, le collectif organise des ateliers CV, Métiers et des rendez-vous bi-mensuel avec une vingtaine d’exilés. « Un an après son lancement, le bilan de Startups Nantes & Exilés est donc prometteur et confirme que nous, Acteurs du numérique, avons un rôle clé à jouer (…). C’est un début et nous voulons aller plus loin en mobilisant plus largement dans les mois qui viennent », ajoute Simon Robic en appelant à s’inscrire sur le site du projet.

https://www.mediacites.fr/nantes/dossier/startup-nation/


Bidule_carre_512pxSaint-Nazaire, Nantes, Laval, Le Mans, la Vendée... tout le monde gagne au jeu de la French Tech

Cette fois ça y est : Saint-Nazaire fait bien partie de la French Tech. Mardi soir, le tout frais secrétaire d’État chargé du numérique, Cédric O, a dévoilé la liste des 38 communautés à obtenir le fameux label. Et Saint-Nazaire – en collaboration avec La Baule – fait bien partie du lot

Les 70 entreprises ayant porté la candidature ne sont d’ailleurs pas seules à se réjouir en Pays de la Loire, puisque quatre autres territoires de la région ont été labellisés (la Vendée, Angers, Le Mans et Laval) et que Nantes a accédé au rang de « capitale ». La French Tech, c’est un peu comme la version numérique de L’école des fans : on ne sait pas trop ce qu’on gagne, mais l’important c’est que tout le monde gagne.

Benjamin Peyrel
Co-fondateur de Mediacités et rédacteur en chef de son édition nantaise. Avant de me lancer dans cette aventure, j'ai débuté au quotidien La Croix et suis passé par différentes rédactions avant de rejoindre L’Express et d'écumer préfectures et sous-préfectures pendant dix ans. Je m’intéresse notamment aujourd’hui aux montagnes de données que les collectivités comme les citoyens produisent quotidiennement et aux moyens de les utiliser pour faire avancer le débat public.