Bidule_carre_512pxComment Jean-Marc Ayrault a obtenu « au forceps » la Fondation pour la mémoire de l'esclavage

Vendredi 10 mai, dans les jardins du Luxembourg à Paris, Emmanuel Macron commémorait le souvenir de l’esclavage et de son abolition, en annonçant officiellement la création d’une fondation dédiée à cette page sombre de l’histoire de France. L’idée n’est pas récente, puisque François Hollande avait confié cette mission à son ancien Premier ministre, Jean-Marc Ayrault, il y a maintenant trois ans. Mais après une longue attente, les choses sont désormais en bonne voie : le 30 avril dernier, le Conseil d’État (qui doit encore les valider) a reçu les statuts de la future fondation, qui devrait ouvrir ses portes en 2020, dans l’ancien hôtel de la Marine rénové, place de la Concorde.

Il aura donc fallu quatre ans à l’ancien maire de Nantes pour mener à bien ce projet. Quatre ans et surmonter un certain nombre de difficultés, que décrit  l’hebdomadaire Le Point, dans sa livraison de cette semaine. Obstacles financiers, d’abord, puisque les 10 millions d’euros de budget ont été durs à dénicher, les partenaires privés censés apporter une bonne moitié de cette enveloppe se faisant particulièrement tirer l’oreille. « Jusqu'au bout, nous aurons eu des sueurs froides pour boucler le tour de table », glisse au Point une source proche du dossier. Dans un précédent article daté de décembre dernier, l’hebdo racontait ainsi comment Pernod-Ricard, qui fabrique pourtant du rhum dans les Caraïbes, s’était contenté d’une lettre de quatre lignes pour signifier son refus…

Obstacles politiques ensuite, face auxquelles « Jean-Marc Ayrault a du peser de tout son poids » d’ancien chef de gouvernement. « On a souvent entendu qu'il y avait d'autres priorités », confie-t-il au magazine. Avant d’ajouter : « Mais nous sommes convaincus que, si nous ne portons pas attention à cette mémoire, elle resurgira tôt ou tard, et certainement de violences ». Dans le contexte actuel, la prédiction prend tout son sens.

 


Bidule_carre_512pxRaffinerie de Donges : Total encore et toujours hors des clous

En mars 2018, Mediacités consacrait une longue enquête aux « manquements majeurs » et répétés du géant pétrolier français Total dans l’exploitation de sa raffinerie de Donges, près de Saint-Nazaire. Nous révélions notamment la mise en demeure envoyé par la Direction Régionale de l’Environnement, de l’Aménagement et du Logement (Dreal)  à l’entreprise, à propos de l’état et de l’entretien des 32 000 kilomètres de canalisations de ce site classé « Seveso seuil haut ».

https://www.mediacites.fr/nantes/enquete-nantes/2018/03/08/la-raffinerie-total-de-donges-et-dautres-industries-dans-le-collimateur-de-la-dreal/

Un peu plus d’un an plus tard, rien ne semble avoir changé, ou presque. Dans son édition du 15 mai, Ouest-France fait état de rapports plutôt alarmants du Barpi, le Bureau d’analyse des risques et pollutions industriels, qui dépend du ministère de l’Écologie. Ceux-ci concernent quatre incidents survenus en 2018 : un feu de torche, une fuite d’acide sulfurique, une autre sur une colonne de distillation et une pollution de la Loire. Rien que ça... A chaque fois, les inspecteurs mettent en cause soit des « alarmes défaillantes ou mal interprétées », soit un « protocole de crise pas respecté », soit des « signaux d’alerte pas pris en compte », soit des « défauts d’étanchéité des tuyauteries », etc.

Bref, des dysfonctionnements non seulement graves mais surtout répétés, puisque notre enquête faisait déjà état de certains d'entre-eux, liés à des défauts d'entretien, il y a plus d'un an. Si pour l'association de riverains interrogée par Ouest-France le « constat [est] accablant », il ne semble pas troubler outre mesure la direction du site, qui juge certains de ces incidents « minimes sur l’échelle de gravité ». On n'ose imaginer ce que serait un incident "majeur".

 


Bidule_carre_512pxAbandon de Notre-Dame-des-Landes : Vinci refuse toujours de parler argent

C’est ce que l’on appelle botter en touche… Invité du Journal de la nuit d’Europe 1, mardi 14 mai, Nicolas Notebaert, directeur général de Vinci Concessions (branche à laquelle appartiennent Vinci Airports et Vinci Autoroutes) a été interrogé à deux reprises par le journaliste Emmanuel Duteil sur le montant réclamé à l’État par Vinci en compensation de l’abandon de Notre-Dame-des-Landes. Et par deux fois il a refusé de répondre, soutenant, avec un sens consommé de la langue de bois, que du côté de Vinci « la discussion n’était pas engagée », contrairement à ce qu’affirme la ministre des transports Elisabeth Borne (voir L’œil de Mediacités du 18 avril dernier).

 

Maintenant sa position, il a néanmoins précisé – un brin menaçant – l’état d’esprit du géant du BTP. « Je ne doute pas que dans un État de droit, l’État respectera son co-contractant privé, a-t-il expliqué. On a fait aucune faute depuis 10 ans dans la gestion du projet. On a développé l’aéroport de Nantes-Atlantique et celui de Saint-Nazaire mieux que tous les autres aéroports régionaux. Ces paramètres entreront en ligne de compte le moment venu ». Il n’a en revanche pas mentionné les substantiels bénéfices réalisés par Vinci grâce à ses contrats de concession à Nantes, comme à Rennes. Un oubli, sans doute.

https://www.mediacites.fr/nantes/enquete-nantes/2018/10/11/petites-manips-et-grosse-cagnotte-apres-notre-dame-des-landes-vinci-prospere-dans-le-ciel-de-louest/

 


Bidule_carre_512pxTensions autour du projet de "Nouvelle université de Nantes"

La Nouvelle université de Nantes (NUN) a décidément bien du mal à passer auprès des personnels de l’établissement universitaire. Jeudi 9 mai, comme le rapportait Ouest-France, certains d’entre eux s’étaient rassemblés devant la présidence pour protester contre ce projet qui prévoit, entre autres points, le rapprochement entre la fac et l’école Centrale ou l’organisation du nouvel ensemble en quatre pôles, autonomes dans la gestion des postes notamment.

Nouveau coup de pression mardi 14 mai, alors que se réunissaient le Conseil d’administration, le Comité technique d’établissement (CTE), le Comité d’hygiène et de sécurité et des condition de travail (CHSCT) ainsi que la Commission paritaire d’établissement. Représentées dans ces organes, les organisations syndicales (FSU, Sgen-CFDT, Ferc-CGT, FO, Sud, Unsa et SNPES) ont à chaque fois quitté la séance après avoir donné lecture d’un texte résumant leurs craintes vis à vis du projet et des statuts de la NUN.

Extrait : « Les statuts que vous nous présentez ce matin, dérogatoires au code de l’Éducation et cela est clairement écrit, ne sont que la concrétisation de ce projet qui vise à s’affranchir des « contraintes » de la fonction publique, écrivent-ils. Ces “contraintes” constituent pour nous, tout au contraire, les garanties d’un fonctionnement au service de tous et un garde-fou contre toutes les dérives possibles. Elles sont la traduction des valeurs que nous portons pour l’université. Nous ne débattrons donc pas pour améliorer à la marge des statuts qui vont fondamentalement à l’encontre de tout ce en quoi nous croyons. ». Alors que ces fameux statuts doivent normalement être votés début juillet, l’intersyndicale demande un moratoire.

 


Bidule_carre_512pxChaufferie de la Californie : opposants déboutés et essais entamés

Suite, là encore de l’une de nos enquêtes, publiée cette fois il y a un peu moins d’un an. Dans son édition du 13 mai, Presse-Océan rapporte l’entrée en phase de tests, pour quatre jours, de la tranche bois de la centrale thermique Californie, à la limite entre les communes de Bouguenais et de Rezé. En juin dernier, Florence Pagneux avait décrit dans le détail les inquiétudes des riverains de cet équipement, destiné à alimenter en chauffage et eau chaude sanitaire la partie Centre Ouest de l’île de Nantes et les territoires situés au sud de la Loire, notamment le CHU Saint-Jacques et la future ZAC de Pirmil les Isles. Ils s’inquiétaient, notamment, des conséquences pour la qualité de l’air - et donc la santé - des émissions par la centrale de gaz et de particules polluantes.

https://www.mediacites.fr/nantes/decryptage-nantes/2018/06/14/chaufferie-californie-vers-une-plainte-pour-mise-en-danger-de-la-vie-dautrui/

Outre une plainte pour « mise en danger de la vie d’autrui » (classée sans suite), les opposants au projet avaient attaqué l’autorisation d’exploiter accordée par le préfet à la société Erena (Engie), devant le Tribunal administratif. Le 10 mai dernier, soit trois jours à peine avant le début des essais, celui-ci a rejeté leur recours, suivant la position émise par le rapporteur public lors d’une audience, le 29 mai dernier. Alors qu’il avait dans un premier temps suggéré au tribunal d’annuler l’autorisation d’exploiter, le rapporteur avait finalement fait volte-face à la stupéfaction des opposants.

Benjamin Peyrel
Co-fondateur de Mediacités et rédacteur en chef de son édition nantaise. Avant de me lancer dans cette aventure, j'ai débuté au quotidien La Croix et suis passé par différentes rédactions (L’Humanité, Le Parisien, etc), avant de rejoindre L’Express et d'écumer préfectures et sous-préfectures pendant dix ans. Je m’intéresse notamment aujourd’hui aux montagnes de données que les collectivités comme les citoyens produisent quotidiennement et aux moyens de les utiliser pour faire avancer l'information.