Il y a vingt ans, Roubaix a été labellisée « ville d’art et d’histoire » ; il semble que cela ait été largement oublié car on ne peut pas dire que la municipalité mette très en avant ce label ni dans sa communication, ni malheureusement dans son action… Si Roubaix a donc obtenu ce fameux label, qu’on pourrait croire réservé à des villes comme Sarlat, Senlis ou Chartres, c’est bien par l’évidence de l’homogénéité d’un patrimoine bâti spécifique, celui d’une « ville industrielle », construit principalement entre 1850 et 1950, plus que par l’intérêt, par ailleurs réel, de tel ou tel de ses monuments.

On pouvait penser que la dynamique patrimoniale était enclenchée, et que, vingt ans après, la continuité serait assurée. Las… Tout nous montre que cette dynamique est aujourd’hui enrayée, et qu’une dérive s’est progressivement installée. « Nous » ? C’est-à-dire d’abord une poignée de Roubaisiennes et de Roubaisiens passionnés de notre ville et assez inquiets de son devenir patrimonial et urbanistique pour décider d’enclencher un mouvement que nous avons nommé « Roubaix Label.le ».

Nous invitons à nous rejoindre tous les amoureux de notre ville, Roubaisiens ou non, quelles que soient leur convictions politiques, comme nombre d’entre eux l’ont déjà fait, dont les noms suivent : il ne s’agit pas ici de politique partisane ou d’ambition électorale. Nous avons à cœur la vie de la cité et portons la conviction que le patrimoine est un bien commun et un atout pour l’avenir de la ville et de ses habitants. Nous tenons à le préserver et, plus encore, à le valoriser. Aujourd’hui, nous souhaitons attirer l’attention de tous sur trois points qui nous inquiètent particulièrement :

Le Roubaix monumental

Si tous se réjouissent de la restauration, enfin réalisée, de l’église Saint-Joseph (notre seul monument historique), nous sommes inquiets du devenir des Gobelins, l’ancienne église Notre-Dame. Quel(s) projet(s) pour ce lieu ? Pourquoi pas un lancement de concours d’idées ?

Nous sommes vivement préoccupés par l’état de l’église Saint-François et en particulier de ses exceptionnels retables.

Nous sommes perplexes quant à l’occupation temporaire du monastère des Clarisses : absence de projet clair, méconnaissance évidente de la réelle valeur de cet ensemble et désinvolture quant à son utilisation.

Nous nous interrogeons quant à l’état d’abandon de la gare. Mais, surtout, nous sommes particulièrement inquiets pour l’avenir de l’hôtel Dupire-Rozan, rue des Arts, dont la dégradation s’accélère. C’est un gâchis et un crève-cœur.

Le « petit » patrimoine

Il s’agit du patrimoine modeste (les choques de maisons d’ouvriers, d’employés, de « semi bourgeoises ») : tout ce tissu urbain qui fait la force et l’originalité de Roubaix. Un temps, les règles des zones de protection du patrimoine architectural, urbain et paysager (ZPPAUP – AVAP, aujourd’hui) ont non seulement protégé ce patrimoine, mais ont aussi permis une mise en valeur – lente – par l’application intelligente d’un règlement certes contraignant, mais qui permettait de « tirer par le haut » le visage de la ville.

Ces obligations étaient « adoucies » par un régime de primes pour la rénovation des façades et de l’architecture des bâtiments, qui non seulement permettaient de compenser un éventuel surcoût mais montraient l’intérêt de la ville pour la promotion du bâti. La situation actuelle nous inquiète ; il y a manifestement un relâchement complet de la politique d’urbanisme, en particulier pour ce qui est des façades.

Les projets d’urbanisme de l’Épeule, du Pile et de l’Alma

À l’Épeule, la volonté de mettre à bas toute une choque de maisons de la rue des Ogiers pour « dégager » la vue sur le couvent des Clarisses nous semble – au mieux – d’un autre âge. Le plus grand mérite d’un Viollet-le-Duc n’est certainement pas d’avoir dégagé la vue sur les cathédrales ! Encore s’agissait-il d’ouvrages hors d’échelle… Le couvent des Clarisses a été délibérément inséré dans un tissu urbain dense, au milieu des usines et des maisons ouvrières et n’a pas été conçu pour être vu « monumentalement », mais comme un édifice plutôt modeste, comme naguère les couvents d’ordres mendiants, à l’image des pauvres Clarisses.

Qui plus est, ces maisons de la rue des Ogiers sont de qualité, et la restauration de leurs façades serait une excellente introduction à la vision de l’ancien couvent. La volonté de poursuivre la démolition de la première phase de l’Alma gare nous paraît inacceptable tant du point de vue humain – indifférence face aux liens sociaux qui structurent ce quartier particulièrement paupérisé – qu’historique: il nous semble invraisemblable que soit démoli dans l’indifférence générale un ensemble qui à son époque fut internationalement (re)connu et que des délégations de toute l’Europe venaient visiter.

Terminons (pour aujourd’hui seulement) par le quartier du Pile, avec la cité Flipo, proche de la Condition publique. Nous craignons pour ce lieu particulièrement intéressant dont il se dit qu’il pourrait, carrément, être rasé ! Pourtant, nous avons là deux ensembles de maisons ouvrières (signés de l’un des architectes de l’hospice Barbieux, Albert Bouvy) d’une vraie qualité. Les démolir ? Mais dans quel but ? Pour créer un nouvel espace public, à côté d’une place existante, la place Faidherbe ? À quoi bon ? Ou pour aménager un parking, comme cela a été fait place du Trichon où le résultat est particulièrement lamentable ?

Nos inquiétudes pour le patrimoine roubaisien ne se résument pas à ces quelques exemples mais ils donnent une idée de ce qui nous tient à cœur de faire pour préserver la qualité de notre ville. Nous invitons celles et ceux qui se sentent concernés et ont, comme nous, envie de faire bouger les lignes, à nous rejoindre. Ensemble, nous pouvons espérer sauver ce qui peut l’être et valoriser ce qui doit l’être ! Il y a tant d’autres lieux, tant d’autres projets pour lesquels il faudrait se mobiliser, en espérant un vrai dialogue avec la municipalité, la métropole, les propriétaires, notamment institutionnels dont le diocèse, et les services de l’État responsables de la culture et du patrimoine. Et qui sait ? Une prise de conscience… bien tardive.

Le collectif Roubaix Label.le est présent sur Facebook : Roubaix label.le et peut être contacté par mail à l’adresse suivante roubaixlabelle@gmail.com.

Liste des premiers signataires :

Cette tribune, rédigée à l’initiative du collectif Roubaix Label.le, est soutenue par : 

Jean-François Boudailliez, ancien adjoint au maire de Roubaix, chargé de la culture et du patrimoine ; Odile Leperre-Verrier, ancienne députée européenne ; Philippe Louguet, architecte, ancien enseignant à l’École nationale d’architecture et du paysage de Lille (ENSAPL) ; Xavier Lepoutre, médecin retraité, président de l’Association des amis du monastère des Clarisses ; Jean-François Dutilleul, chef d’entreprise, ancien président du Comité Grand Lille, ancien président du Forum de l’Eurométropole ; Thierry Baert, urbaniste, architecte de formation, expert européen du développement local ; Luc Hossepied, journaliste, acteur culturel ; Sadia Pamart, chef d’établissement, conseillère municipale à Roubaix ; Martine Beltra, psychologue ; Philippe Waret, historien et romancier ; Chantal Delahoutre, économiste ; Florence Traullé, journaliste ; Richard Klein, architecte, historien de l’architecture, membre de l’Académie d’architecture, professeur à l’École nationale d’architecture et du paysage de Lille (ENSAPL), président de Docomomo France ; Christine Averlant, architecte ; Nathan Starkman, Grand prix de l’urbanisme 1999, ingénieur, ancien directeur général de l’Agence de développement et d’urbanisme de Lille métropole ; Paola Viganó, Grand prix de l’urbanisme 2013, architecte, professeur à l’École polytechnique fédérale de Lausanne et à l’Université de Venise ; Francis Ampe, ancien maire de Chambéry, ancien directeur général de l’Agence de développement et d’urbanisme de Lille métropole ; Viviane Pennequin, chef d’entreprise ; Eric Gagnaire, architecte-urbaniste ; Dominique Maret, architecte du patrimoine ; Pierre-Jean Lorens, expert en prospective et développement territorial ; Nicola Jamet, présidente de l’association ASTEQ, Tourcoing ; Chiara Cavalieri, architecte, professeur à l’Université Catholique de Louvain (UCL) ; Mathilde Ballenghien, géographe et urbaniste ; Bernard Wittevrongel, architecte, professeur à l’Université Catholique de Louvain et à l’ENSAPL, vice-président de la commission consultative d’aménagement du territoire de la ville de Courtrai ; Sylvie Ferey-Klein, responsable patrimoine et musées en collectivité ; Pierre Gilbert, architecte du patrimoine ; Dominique Mons, géographe, urbaniste, spécialiste de la ville industrielle, ancienne enseignante à l’École nationale d’architecture et du paysage de Lille (ENSAPL) ; Gérard Flament, urbaniste, ancien président du conseil de développement de la Métropole ; Corinne Lhours, économiste ; Francis Deplancke, universitaire en retraite ; Véronique Réal-Lichière, architecte ; Didier Paris, professeur d’aménagement et urbanisme, Université de Lille ;  Isabelle Jacques, architecte ;  Julien Kostrzewa, urbaniste, ingénieur de formation, consultant en développement urbain et culturel ; Clara Chapuis, architecte ; Yves D’hau-Decuyper, urbaniste, consultant en développement local, membre du conseil de développement de la MEL ;  Pierre Coppe, architecte, ancien président de l’ordre des architectes Nord-Pas-de-Calais.

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Point final.

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