Grand Lyon : comment éviter le déferlement de voitures au déconfinement ?

Rue de l'Université, 7e arrondissement de Lyon, déserte, pendant le confinement. Photo : NB/Mediacités.

Questions de Stéphane : Y a-t-il un plan à Lyon pour que, lors de la sortie de confinement, il n'y ait pas un report massif de l'usage du transport en commun vers la voiture individuelle ? Envisage-t-on l'utilisation de dispositifs temporaires sur la voirie pour élargir l'espace des vélos et des piétons ?                                               

Bonjour,

Alors que les Français vont à nouveau pouvoir se déplacer le 11 mai, les moyens de transports - en particulier dans les zones les plus densément peuplées - suscitent de nombreuses interrogations.

Le Sytral (Syndicat mixte des transports pour le Rhône et l'agglomération lyonnaise) a déjà annoncé plusieurs mesures afin de faire respecter la distanciation sociale et les gestes barrières dans ses transports en commun. Sa présidente Fouziya Bouzerda annonce que seulement « 32 % des usagers reprendront les transports en commun comme ils le faisaient avant », selon les estimations de l’organisme. Une baisse de l’utilisation des métros, bus et tramways qui attise la crainte - de l’aveu de la Métropole de Lyon - d’un fort report sur la voiture. Car après le 11 mai, si le prolongement du télétravail réduira une partie du trafic, nombreux seront ceux à reprendre les trajets quotidiens.  

77 kilomètres de nouvelles pistes cyclables

À l’image d'autres métropoles dans le monde entier, celle de Lyon a donc décidé de « réorganiser les mobilités », selon son président David Kimelfeld. Pour cela, un plan de réaménagement de l’espace urbain est prévu, privilégiant en premier lieu le vélo. Dévoilé ce 4 mai, le projet envisage près de 77 kilomètres de pistes cyclables supplémentaires dans tout le Grand Lyon, d’ici au 4 septembre, pour un coût de 5 millions d’euros. « Dès le 11 mai, on va créer des pistes cyclables éphémères, mais avec du mobilier et de la belle signalétique, pas seulement des pictos "vélo" peints sur le sol. Avec trois objectifs : sécuriser les cyclistes, motiver les gens à reprendre le vélo et permettre aux piétons de ne pas être débordés sur les trottoirs », résumait, le 24 avril, David Kimelfeld sur France culture.

Lundi prochain, toutefois, seulement 12 kilomètres de tracé, grignotés sur les voies automobiles, seront prêts. Le reste sera aménagé au fur et à mesure, assure la Métropole, pour atteindre 45 kilomètres au 2 juin, 56 kilomètres début juillet et 77 kilomètres le 4 septembre. L’écologiste et conseiller métropolitain « aux mobilités actives » Pierre Hémon confie à Mediacités avant tout une « volonté d’envoyer un message à la population avec des premières mesures visibles au 11 mai ». La totalité des voies de bus sera également ouverte aux cyclistes dès le début du déconfinement, mesure pour laquelle l’élu EELV militait. C'était jusqu'à présent le cas pour la moitié de ces couloirs.

L'automobile risque tout de même de rester le moyen de locomotion privilégié des Lyonnais, parfois par obligation. « Si la voiture était empruntée uniquement par ceux qui en ont vraiment besoin, on pourrait réduire facilement le trafic de 50%, avance Pierre Hémon. Mais à Lyon, la majorité des trajets en voiture représentent des petites distances. » Une donnée que confirment les services de la Métropole relevant que parmi les déplacements de moins de 3 kilomètres, 58% sont effectués en voiture. Tous les trajets, ne pourront bien évidemment pas s’effectuer à vélo, en particulier pour les longues distances. Pour les autres, le Grand Lyon encourage fortement de trouver une alternative à la voiture. « L’idée serait que chacun puisse suivre son itinéraire habituel, mais à vélo », poursuit Pierre Hémon.

Afin d’inciter ses administrés, la collectivité prévoit de « tout mettre en œuvre pour la sécurité ». En lien avec les associations, des formations à la sécurité routière et des ateliers de réparation seront ainsi mis en place. Pour les habitants dépourvus de vélos, la Métropole décide d'augmenter à 500 euros son aide pour l’achat de vélos à assistance électrique, qui s'élevait à 100 euros jusque-là.

Velo Lyon
Piste cyclable sur les quais hauts du Rhône. Photo : N.Barriquand/Mediacités.

Trottoirs élargis

La marche à pied sera aussi encouragée. David Kimelfeld entend mettre en place un dispositif pour les piétons : « Nous devons les protéger notamment autour des écoles ou devant les commerces, où il est difficile de respecter les gestes barrières sur des trottoirs trop étroits ». Concrètement ? Aucune annonce officielle d’aménagement pour le moment, mais la Métropole annonce l'ouverture d'une « cellule d’urgence piéton » afin d’« accompagner les communes dans ces mesures ». Parmi les hypothèses : l’élargissement de trottoirs et la piétonnisation de certaines rues.

Annoncés comme temporaires, ces aménagements de l’espace urbain peuvent-ils poser les bases d’une nouvelle organisation des déplacements ? Pierre Hémon avance l’argument climatique et espère que la réflexion mènera à des transformations profondes et durables. « Je préfère parler de plan transitoire plutôt que provisoire », ajoute-t-il.

Embouteillages à prévoir

En attendant, David Kimelfeld semble craindre des conflits entre les usagers de la route. Le président du Grand Lyon souligne notamment l’importance d’une coopération des automobilistes qui verront l’espace qui leur est habituellement réservé se réduire. Des embouteillages plus importants sont à prévoir, ce qui risque d’alimenter les tensions. « Nous avons eu très peu de temps pour mettre au point ce plan, il y aura sûrement des failles que nous corrigerons », concède le vice-président Jean-Luc Da Passano.

Reste que ce plan suscite la critique de nombreux élus locaux. À commencer par Gérard Collomb, le maire de Lyon, qui en fait le sujet d'un nouveau bras de fer avec son ancien dauphin Kimelfeld. Le 23 avril, il adresse au président de la Métropole, dans une lettre ouverte, ses recommandations en la matière - aux allures d’instructions. Deux semaines plus tard, il attaque directement la copie de son adversaires aux élections métropolitaines dans un communiqué au vitriol. Le baron y regrette que « la plupart des tracés stratégiques, sur les secteurs de centre-ville - rive droite du Rhône et rive gauche de la Saône par exemple -, aient été jugés "trop complexes" et reportés à l’été voire en fin d’année ».

En conférence de presse ce lundi (par visio-conférence), David Kimelfeld a tenté de minimiser le clash : « L’important est de collaborer pas de polémiquer, nous en avons discuté hier ensemble [avec Gérard Collomb] ». La crise sanitaire n'a en tout cas pas éteint les tensions de la campagne électorale...

Romain Bizeul