Bidule_carre_512pxCe qui s'est passé

En ce mercredi après-midi de rentrée, le thermomètre affiche encore 30°C. Des dizaines de familles ont eu la même idée : faire gambader leur progéniture dans la plaine de jeux Gernez-Rieux de Wasquehal, nichée au cœur d’un paisible parc. Les enfants s’amusent ; les parents ont trouvé un coin d’ombre pour les surveiller. « C’est sympa ici, on peut aller au bord de l’eau, faire un tour du côté de la ferme Dehaudt », observent Mourad Zaghdoud et Cécile Friadt, posés avec leur petit garçon sur une grande nappe à carreaux. Pour la dernière fois ?

La nouvelle est tombée peu avant l’été, lors du conseil municipal du 26 juin : à partir du 1er avril 2022 et jusqu’au 30 septembre de la même année, les non-Wasquehaliens devront s’acquitter d’un droit d’entrée pour profiter de cette vaste plaine et de sa ferme : 5 euros pour les adultes et 3 euros pour les moins de 18 ans (hors enfants de moins de 3 ans). « Je pense qu’on ira ailleurs », regrette d’une même voix ce couple de Lillois. Payer pour passer un moment avec leur enfant dans un espace public ? Pour eux, c’est non.

La mairie justifie la mise en place de ce droit d’entrée par le nombre grandissant de visiteurs dans la plaine de jeux. « Les familles connaissent des difficultés de stationnement », avançait Monica Testier, adjointe au maire chargée des animations et des événements, lors du conseil du 26 juin. Autre argument avancé par la municipalité : la lutte contre les incivilités, notamment à la ferme Dehaudt où les animateurs se plaignent de « devoir faire la police ». La municipalité dit « penser en priorité » aux Wasquehaliens, ceux « qui n’ont pas de jardin » et « qui ne partent pas en vacances ». « Ce parc, c’est le jardin de tous les Wasquehaliens, martèle Monica Testier. Ils méritent d’avoir le plus beau et qu’il soit accessible quand ils en ont besoin. »

En ce mercredi ensoleillé, les familles se sont donné rendez-vous à la plaine de jeux de Wasquehal, pour profiter des infrastructures. Photo : Brianne Cousin

Assise sur un banc, Armelle Mougenot le confirme : il y a bien trop de monde dans la plaine de jeux à présent. Et c’est vrai qu’en cette journée ensoleillée, il est parfois difficile de trouver un endroit tranquille. La foule, certains jours, « c’est l’une des raisons pour lesquelles on vient moins en ce moment ; parfois j’y vais quand il fait moche pour avoir plus d’espace avec ma fille », explique cette maman. Qui dit pourtant regretter que la solution retenue par la ville de Wasquehal prive des familles d’un espace de loisirs gratuit.

De leur côté, les élus d’opposition ne décolèrent pas. Après avoir organisé plusieurs manifestations cet été et lancé une pétition qui a récolté près de 5 000 signatures, ils ont finalement déposé fin août un recours devant le tribunal administratif de Lille pour faire annuler la délibération votée en juin. Selon eux, celle-ci serait illégale sur bien des points. La décision de l’équipe de Stéphanie Ducret porterait tout d'abord atteinte à la liberté d’aller et venir des citoyens. En faisant payer l’entrée de la plaine aux non-Wasquehaliens, la mairie empêcherait les visiteurs d’accéder aux infrastructures alentour, pointent-ils, comme le cimetière du Plomeux, les terrains de football, le dojo, la patinoire, et le ponton d’accostage de la navette fluviale de la Métropole européenne de Lille (MEL).

Bidule_carre_512pxL'analyse de Mediacités

Pour l’avocate Valérie Farrugia, on ne peut parler d’atteinte à la liberté d’aller et venir que lorsqu’il n’y a aucun autre moyen de se rendre à ces infrastructures. Un rapide coup d'œil sur un GPS permet d’en avoir le cœur net : pour se rendre au club de football et aux autres équipements, il est possible de contourner le parc. Un détour qui ajoute jusqu’à quinze minutes de marche, mais qui existe bel et bien.

Reste à savoir où seront situés les futurs portiques de contrôle. Se contenteront-ils d’encercler l’espace de jeux, en laissant le parc libre d’accès ? Seront-ils, au contraire, placés au niveau des grilles existantes, ce qui empêcherait les métropolitains d’accéder librement au parc ? C’est envisageable. « Le parc est déjà clôturé, il n’y a que le système des entrées à adapter », précisait Monica Testier lors du conseil municipal du 26 juin. La municipalité n’a pas souhaité répondre aux questions de Mediacités à ce sujet.

Quant au principe d’installer un tarif différentiel entre résidents et non-résidents, celui-ci ne présenterait rien d’illégal, pour l’avocate Valérie Farrugia. « Ça existe déjà, pour le stationnement par exemple », souligne-t-elle. Le principe d’égalité devant les charges publiques implique en effet que toutes personnes dans une même situation - dans ce cas précis, les habitants de Wasquehal - se voient appliquer les mêmes règles. Il n’est dès lors pas impossible de mettre en place un tarif différentiel entre les habitants de la ville et ceux d’autres communes de la MEL. C’est d’ailleurs ce qui se fait déjà à la Ferme aux oies de Marcq-en-Baroeul ou au zoo de Lille par exemple - l’entrée est libre pour les habitants de la ville, et payante pour les visiteurs de passage.

Bidule_carre_512pxEn parlera-t-on encore la semaine prochaine ?

La semaine prochaine, et sans doute la suivante, et peut-être encore pendant des mois, voire des années... La réponse du tribunal administratif pourrait se faire attendre longtemps - le délai moyen entre le dépôt d’une requête et son jugement est compris entre sept mois et deux ans et demi. Dans l’intervalle, les élus d’opposition ont prévu de déposer un « référé suspension » pour bloquer la mise en œuvre de la délibération.

« La municipalité va engager des dépenses pour des travaux (les portiques chargés de contrôler les allées et venues des promeneurs coûteraient 40 000 euros, ndlr), investir pour créer de nouvelles infrastructures comme un mini-golf, un mur d’escalade et agrandir le skatepark, alors que la délibération sera peut-être annulée ! », s’étrangle Benoît Tirmarche, président du groupe d’opposition Faisons Wasquehal ensemble.

Prochaine étape dans un mois maximum, lorsque le juge se sera prononcé sur le référé suspension. Si la municipalité de Wasquehal obtenait gain de cause, anticipent Mourad Zaghdoud et Cécile Friadt, ils iront plutôt installer leur nappe à carreaux à Villeneuve d’Ascq, dans l’un des recoins du parc du Héron.

 

Difficile de connaître les détails d’une délibération qui n’est pas (encore) publiée par la mairie, lorsque le conseil municipal n’est pas disponible en rediffusion. Une retranscription vidéo du conseil municipal du 26 juin sur Facebook m’a heureusement permis de suivre les passes d’armes qui ont émaillé la séance...

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