Enfant, alors qu’il vivait en Bretagne, la terre d’origine de sa mère, François Piquemal entendait parler de Toulouse comme de « la ville mythologique ». C’est là qu’est né et a grandi son grand‐père paternel, colonel dans le génie militaire. Le dernier de cinq générations de militaires, issus « d’une famille de contrebandiers ariégeois qui se sont intégrés par l’armée », retrace le candidat insoumis à la mairie de Toulouse, avec une pointe de fierté.
Né à Besançon en décembre 1984, François Piquemal a beaucoup déménagé, au gré des mutations de son beau‐père, qui gérait des salles culturelles publiques. Il atterrit à Poitiers pour démarrer sa licence d’histoire. Puis débarque, à vingt ans, dans la Ville rose, pour suivre sa petite amie de l’époque qui vient d’être admise à Sciences Po. « Mon histoire d’amour a duré plus longtemps avec Toulouse qu’avec elle », sourit‐il.
Fils d’instituteur et de travailleuse sociale, l’aîné d’une fratrie de quatre grandit dans « une famille conscientisée » sans être politisée et reçoit une éducation « catho de gauche ». Est‐il croyant ? « Mon rapport à Dieu est privé, esquive‐t‐il. Mais j’ai beaucoup apprécié certaines positions du Pape François. »
Le rap français joue un rôle dans sa propre « conscientisation politique », à commencer par IAM et NTM. Il reste aujourd’hui attentif à la scène rap toulousaine : Iliès, de Bagatelle, BigFlo et Oli, Laylow, « qui disent quelque chose de notre ville chacun à leur manière ».
François Piquemal débute sa vie adulte en 2002. Cette année‐là, Jean‐Marie Le Pen arrive au second tour et le jeune homme descend dans la rue. En 2005, lors du référendum sur le traité de la constitution européenne, il affirme avoir lu le texte de bout en bout. Mais son engagement à proprement parler naît pendant les mouvements étudiants du Mirail, notamment en 2006 contre le CPE (contrat première embauche).« Je suis d’une génération où la victoire politique d’une gauche de rupture était un horizon qui semblait lointain. On a grandi dans l’alternance entre PS et UMP », affirme‐t‐il.
Le militant rassembleur
Les gens qui l’ont connu à l’université décrivent tous les facilités oratoires du jeune Piquemal. « Il m’a étonnée par son éloquence et sa justesse », se remémore Geneviève Azam, qui était à l’époque professeur au Mirail (devenue l’université Toulouse 2 Jean Jaurès).
En 2009, François Piquemal assiste aux cours alternatifs, que l’économiste et ex‐militante d’Attac donne en plein air, lors de l’occupation contre l’autonomie financière des universités (loi LRU). « Ils étaient plusieurs jeunes engagés. Lui n’était pas vraiment syndiqué, seulement membre de l’AGET‐FSE (une fédération syndicale étudiante NDLR). Il recherchait la pondération en AG, les alliances », ajoute Geneviève Azam.
Un ancien camarade du Mirail, Côme Michel (et du DAL quelques années plus tard) témoigne, lui aussi, de la faculté de François Piquemal à rassembler. « Le mouvement était très dogmatique, avec surtout beaucoup d’anarchistes et de trotskistes. Lui n’en faisait pas partie, il faisait des ponts », souligne l’actuel membre de son équipe de campagne.
De fait, plusieurs marqueurs du programme de Demain Toulouse font écho à son parcours militant. Le candidat souhaite incarner la « Nouvelle France », récent concept porté par LFI, avec une liste la plus représentative possible de la sociologie toulousaine. « J’essaie de mettre en avant ce concept très intéressant d’une France multiculturelle qui intègre tous les quartiers et se reflète dans les postes à responsabilité et électoraux ».
« Sa liste a un marquage diversité, quartiers, jeunesse : ça fait du bien car on n’a pas réussi à le faire chez Archipel citoyen », estime Antoine Maurice, l’ancienne tête de liste écologiste qui a affronté Jean‐Luc Moudenc en 2020 et ne se représente pas cette année.
Son intérêt pour la diversité sociale et la représentativité des quartiers n’est pas nouveau. Tout en préparant un mémoire sur l’histoire des mouvements militants des quartiers populaires, il s’implique au sein des Motivés. Fondé en 1982, ce collectif musical et mouvement politique français local de gauche a réussi la prouesse d’arriver au second tour des municipales de 2001.
François Piquemal obtient un poste à tiers temps de collaborateur de groupe de l’opposition à la mairie, sur la fin du mandat (2006–2007 …