Toulouse grandit, mais Toulouse perd des classes. À l’heure actuelle, les 31 640 élèves des écoles maternelles et élémentaires sont répartis dans 1 506 classes. À la rentrée prochaine, la commune va passer sous la barre symbolique des 1 500 classes. Le rectorat compte en effet fermer 49 classes. Une coupe exceptionnelle, que ne compenseront pas les dix ouvertures prévues parallèlement.
À l’échelle du département, ce sont 193 fermetures de classes et 82 ouvertures de classes qui sont prévues dans les 794 écoles de Haute‐Garonne. « Une cinquantaine de ces mesures ne sont que des transferts dans la même école ou vers de nouvelles écoles », précise SE‐Unsa 31. Plus de 150 classes vont donc être supprimées à la rentrée prochaine.
17 suppressions de postes
En plus des classes fermées, le nombre de professeurs va également baisser. Dans le département, 17 suppressions de postes sont prévues à la rentrée de septembre. L’effectif global s’élève à 6 800 professeurs des écoles environ.
Selon les syndicats d’enseignants, cette décision est justifiée par le rectorat par la baisse du nombre d’élèves en Haute‐Garonne. À l’échelle du département, il y aurait 2 500 élèves de moins dans le premier degré en septembre prochain, qu’à la rentrée dernière (sur un total d’environ 140 000 élèves). À Toulouse, la baisse ne s’élèverait qu’à 120 élèves, d’après la CGT Educ. Des chiffres que nous n’avons pas réussi à vérifier par ailleurs.
Pour les syndicats, cette légère baisse aurait pu être l’occasion d’améliorer les taux d’encadrement. « Notre pays a des classes plus chargées que nos voisins », note SE‐Unsa 31 dans un communiqué. « Pour atteindre la moyenne nationale en nombre d’élèves par classe (21,1), il faudrait créer 500 postes en Haute‐Garonne », ajoute Corentin Borgetto, de la FSU‐SNUIPP 31.
Pourtant, d’après ce dernier, le directeur académique (Dasen) aurait affirmé aux syndicats que jusqu’à 80 postes auraient pu être supprimés, vu les effectifs prévus à la rentrée. Les 17 suppressions seraient donc un moindre mal…
L’enseignement prioritaire dans le viseur
Située dans le quartier des Minimes, à Toulouse, l’école Alfred de Musset fait partie des établissements touchés par les fermetures. Dans son cas, c’est une classe dédoublée en élémentaire qui va être supprimée. « Notre école fait partie du réseau d’éducation prioritaire. Les enfants doivent bénéficier d’un apprentissage en classe dédoublée à 12 élèves maximum en CP et CE1 », rappelle l’association des parents d’élèves dans une lettre adressée au rectorat, le 7 avril.
Dans ce courrier, les parents d’élèves remarquent d’ailleurs que, faute de place dans les locaux, au moins 29 enfants du quartier sont scolarisés dans l’école Claude Nougaro à 600 mètres de là, alors qu’ils « devraient bénéficier d’un apprentissage à effectif réduit » à Alfred de Musset.
« La carte scolaire dans les zones rurales n’est pas bonne. On met sous l’eau l’éducation prioritaire, sans améliorer le rural. Cela ne va pas »
Alfred de Musset n’est pas la seule école touchée. D’après le décompte de la FSU Snuipp 31, seize écoles Rep vont perdre des classes dédoublées dans la commune. « L’éducation prioritaire est très attaquée, déplore Corentin Borgetto, responsable de la carte scolaire pour le syndicat FSU‐SNUIPP 31. Cela pose un vrai problème d’équité, car il y a un niveau social très bas qui nécessite un encadrement important. »
De plus, les écoles Rep et Rep + afficheraient actuellement en moyenne 21,75 et 22 élèves par classe dans le département, contre 20,5 à l’échelle nationale, d’après ce syndicat. Le rectorat justifierait ces coupes par la baisse démographique et la nécessité de rééquilibrer avec les zones rurales. « La carte scolaire dans les zones rurales n’est pas bonne. On met sous l’eau l’éducation prioritaire, sans améliorer le rural. Cela ne va pas », dénonce Corentin Borgetto.
Les réserves de la mairie de Toulouse
Du point de vue de la mairie, non plus, le compte n’y est pas. « Dix écoles auraient certainement besoin d’une ouverture de classe lors de la prochaine rentrée au regard des effectifs attendus », selon la mairie.
D’après celle‐ci, l’Éducation nationale justifie ses arbitrages en raison du nombre moyen d’élèves par classe à Toulouse (21,2 élèves par classe) inférieur à la moyenne départementale (22,8) et proche de la moyenne nationale (21,1). « Cette approche repose sur une moyenne globale en trompe‑l’œil qui ne distingue pas suffisamment les réalités contrastées entre écoles relevant des réseaux d’éducation prioritaire (Rep) et écoles hors Rep », critique l’élue toulousaine à l’éducation, Marion Lalane de Laubadère, via le service de presse de la mairie de Toulouse.
Pour l’année 2025, les écoles Rep et Rep+ comptaient 11,8 élèves en moyenne dans les classes dédoublées et 22,1 dans les autres niveaux. Dans les écoles hors éducation prioritaire, la moyenne s’élevait à 23,2 élèves par classe. « Hormis les effectifs des classes dédoublées en REP, nous sommes au‐dessus de la moyenne nationale », souligne la première adjointe de Jean‐Luc Moudenc.
De plus, si le rectorat a acté la création de 80 postes de remplaçants à l’échelle de la Haute‑Garonne pour 2026–2027, l’élue municipale juge ce nombre « insuffisant » au regard de la situation. Le « manque critique » de postes cette année a en effet engendré « des absences non remplacées au détriment de l’éducation des enfants ».
Une abstention critique
Malgré ses réserves, la mairie de Toulouse est la seule à ne pas avoir voté contre les annonces du rectorat lors du Conseil départemental de l’Éducation nationale (CDEN) du 17 avril. Une attitude jugée « incompréhensible » par la FSU et critiquée dans l’enceinte du conseil municipal du 30 avril par l’élu d’opposition socialiste François Briançon.
Dans un communiqué de presse, la mairie indique s’être « abstenue contre ». L’expression est incorrecte, puisque l’abstention est par essence un refus de prendre position. Cette entorse linguistique est cependant bien pratique : elle permet à une majorité municipale favorable au gouvernement d’envoyer un léger « signal » au ministère de l’Éducation nationale.
La mairie de Toulouse et les syndicats espèrent un réexamen plus favorable lors du dernier CDEN, prévu fin août, un peu plus tard que d’habitude.
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