En Vendée, fronde des élus contre la restructuration des hôpitaux

Après un mouvement social inédit des soignants en janvier, le directeur du CHD Vendée, Olivier Servaire‐Lorenzet, fait désormais face à une opposition de maires à son plan hospitalier territorial. Le projet, dorénavant suivi de près par le ministère de la Santé, à Paris, pourrait être réétudié.

La chirurgie de la rétine, nouvelle activité ouverte au CHD de La Roche-sur-Yon, en novembre 2025. Photo : Hopîtaux de Vendée

« Il a réussi à faire l’unanimité contre lui. J’ai rarement vu cela. Les élus ne peuvent plus le voir en peinture, tout comme les hospitaliers. » Après la fronde du personnel soignant, la fronde du monde politique… Le directeur du CHD Vendée n’a même pas rendu public son plan hospitalier territorial qu’il déclenche une colère quasi généralisée chez les élus locaux. Sa présentation, qui devait avoir lieu au palais des congrès des Atlantes aux Sables‑d’Olonne lundi prochain, vient d’être reportée sine die sans explication officielle.

En cause, en réalité : une opposition des maires qui se généralise des Sables‐d’Olonne à Fontenay‐le‐Comte, dans les plus grandes villes vendéennes après la Roche‐sur‐Yon. Stratégique, ce document en cours d’élaboration depuis juin 2025 par le nouveau directeur, Olivier Servaire‐Lorenzet, arrivé quelques mois plus tôt avec un profil de cost‐killer, doit définir les grandes évolutions des quinze établissements hospitaliers de Vendée et coordonner l’offre de soins prodiguée aux habitants pour les dix prochaines années.                

Fermetures de maternités et de services d’urgence

Au centre de cette restructuration, l’avenir des établissements secondaires est en jeu alors qu’une centralisation vers l’hôpital de la Roche‐sur‐Yon se profile. « Fin 2025, le directeur a commencé à annoncer la fermeture de maternités, de services d’urgence, des travaux à certains endroits et pas à d’autres. Tout cela sans consulter personne », résume un proche du dossier. Sont visées : les maternités des Sables‐d’Olonne et de Fontenay‐le‐Comte, déficitaires d’environ 5,5 millions chacune, mais aussi les services d’urgence de Challans, ou l’Ehpad de Saint‐Gilles‐Croix‐de‐Vie, dont les élus redoutent une fermeture. 

Dès le mois d’avril, François Blanchet, le maire (divers droite) de Saint‐Gilles‐Croix‐de‐Vie adresse une lettre au directeur du CHD « pour avoir des explications ». Celui qui siège aussi conseiller régional argumente par téléphone auprès de Mediacités : « On voulait nous présenter un projet hospitalier territorial qui n’a pas été concerté avec les élus. »

L’édile s’inquiète de l’avenir de l’Ehpad donc, mais aussi des unités dites SMR ou USLD de sa commune, des soins de suite et de prise en charge lourde des personnes âgées. « On a appris par hasard qu’il y avait un projet de transfert vers Challans. » Inacceptable à ses yeux. « Je ne suis pas contre l’évolution mais il faut défendre ses services de proximité, alors que la médecine se délite sur notre territoire. Nous avons déjà du mal à trouver des médecins. La seule logique économique n’est pas possible. » 

« Mon sang n’a fait qu’un tour »

Puis, en juin, c’est au tour du maire de Fontenay‐le‐Comte, Ludovic Hocbon (Horizons), de s’inquiéter du sort de la maternité de sa commune, susceptible d’être transformée « en centre de périnatalité », c’est-à-dire sans possibilité d’accoucher. Il interpelle par courrier la direction du CHD et de l’ARS avant de déverser sa colère dans Ouest‐France : « Mon sang n’a fait qu’un tour (…). Jamais je ne validerai cette fermeture. » 

Selon lui, le nouveau projet concentrerait par ailleurs les activités de cardiologie à la Roche‐sur‐Yon. « On comprend bien que la santé a un coût, qu’il faut faire des économies, mais pas au détriment de la qualité et de l’accès aux soins, affirme le maire, depuis 2020. Les élus locaux n’ont pas du tout été concertés dans l’élaboration de ce projet, on a été mis devant le fait accompli. » En tant que président du conseil de sécurité de l’hôpital fontenaisien, il assure refuser de voter pour le projet en l’état.

Une opposition également vive chez son homologue des Sables‑d’Olonne, Nicolas Chénéchaud (divers droite), lui aussi est très remonté. « On ne nous dictera pas la façon dont prendre en charge les Vendéens et les Sablais ici », fait aussi valoir le successeur de du villériste Yannick Moreau, dans les colonnes de Ouest‐France. Si la situation diffère entre les Sables‑d’Olonne, ville balnéaire attractive, et Fontenay‐le‐Comte, située en plein désert médical, les élus font donc front commun dans un département ultra dominé par la droite et le centre‐droit – son président LR Alain Leboeuf, lui, n’a pas répondu à nos sollicitations. 

Antoine Chéreau, président du conseil de surveillance du CHD Vendée, et Olivier Servaire-Lorenzet, son nouveau directeur général. Montage : Thibault Dumas / Mediacités
Olivier Servaire‐Lorenzet, directeur général du CHD, Alain Leboeuf, président (LR) du Département de la Vendée et Antoine Chéreau, président du conseil de surveillance du CHD Vendée. Photo : Hopîtaux de Vendée

Lettre d’un député

Un mécontentement partagé par Philippe Latombe, député MoDem de la première circonscription de Vendée depuis presque dix ans. Le parlementaire, qui a fait de la santé sa priorité, a aussi adressé un courrier ce week‐end du 20–21 juin au directeur de l’établissement, que nous avons pu consulter. « Plutôt que de poursuivre une logique de concentration des activités, il apparaît nécessaire de renforcer les capacités des hôpitaux périphériques, afin de préserver un maillage territorial efficace et sûr pour les patients. » Le centriste évoque notamment les temps de transport et ses conséquences sur la qualité de la prise en charge et des soins dans un département dans lequel l’offre privée demeure faible. 

Directement visée, la direction du CHD est restée silencieuse à nos demandes d’interview, comme à son habitude. En avril dernier, Mediacités avait publié une longue enquête, décrivant le climat « électrique » au sein des Hopîtaux de Vendée, où contrastent les communications ponctuées d’annonces mirobolantes du directeur Olivier Servaire‐Lorenzet et la forte pression qu’il fait régner en interne pour restructurer une offre de soins publique, longtemps réputée pour sa qualité en Vendée. En janvier, il avait dû faire face à une grève massive et inédite, notamment chez des médecins d’ordinaire frileux à ce genre de mobilisation.

Même mutisme du côté de l’Agence régionale (ARS) de santé des Pays de la Loire, que le directeur Jérôme Jumel a quittée fin avril pour entrer dans le monde politique. La directrice qui assure l’intérim en attendant, Isabelle Monnier, assure du bout des lèvres que la consultation avec les élus du territoire a été « largement menée ». 

Grandes annonces, cost‐killer et grève monstre : le centre hospitalier de Vendée en ébullition

Dossier suivi au ministère de la Santé

Une assertion que le maire de Saint‐Gilles‐Croix‐de‐Vie, François Blanchet, réfute catégoriquement. « Personne n’a été consulté ici, ni les médecins, ni la mairie, ni la population. » Devant la gronde suscitée, le projet hospitalier pourrait être réétudié, mais sans là encore qu’on en sache beaucoup plus. « Une bonne nouvelle, si et seulement si cela se traduit par un renoncement à la politique du fait accompli et par une réelle prise en compte des élus locaux », prévient Philippe Latombe dans son courrier.

Le dossier est en tous cas suivi de très près au ministère de la Santé. Courant mars, une médiation avait déjà été mise en place pour trouver une issue au conflit social avec les soignants. Dernièrement, le directeur Olivier Servaire‐Lorenzet aurait même été convoqué à Paris, pour trouver une issue à ce qui est devenu un conflit politique et territorial.

Il y a un déjà, en juin 2025, le directeur avait été officiellement reçu place Beauvau avec le président du CHD, l’élu (divers droite) Antoine Chéreau, pour évoquer l’offre de soin en Vendée et notamment l’avenir de l’hôpital de Challans. Le ministre de l’Intérieur était alors un autre Vendéen, un certain Bruno Retailleau, accompagné du ministre de la Santé d’alors, Yannick Neuder. La réunion avait été jugée, comme le veut la formule diplomatique, « très constructive ». Ce n’est plus vraiment l’atmosphère désormais.

Aucun commentaire pour l'instant

Publié le

Temps de lecture : 5 minutes

Favorite

Par Marine Dumeurger

1 / ?