Manipulation dans un des laboratoires de recherche de l'Institut Pasteur de Lille. Photo : Institut Pasteur de Lille / Barbara Grossmann

Où en est le clofoctol, le médicament potentiel contre la Covid repéré par l’Institut Pasteur de Lille ?

Ça y est : le travail de l'Institut Pasteur de Lille (IPL) sur le clofoctol, un antibiotique repéré comme remède potentiel pour la covid, est admis dans le cercle restreint des « priorités nationales de recherche ». Après un premier refus essuyé en février, le précieux label a été obtenu le 7 avril. Cela permet à l'Institut de bénéficier d'une procédure d'évaluation accélérée : l'Agence nationale de sécurité du médicament et le comité de protection des personnes (instance éthique) doivent rendre un avis sur son projet d'essai clinique dans un délai d'une semaine. Si les experts n'ont pas d'objections, le clofoctol entrera en phase de test sur la covid « fin avril ou début mai », indique Xavier Nassif, le directeur général de l'IPL, joint par Mediacités.

Le clofoctol a été longtemps utilisé sous forme de suppositoire pour soigner des infections respiratoires. En 2005, il a été jugé d'un intérêt médical limité et retiré du marché. Il faisait partie des 1 800 molécules de la chimiothèque de l’IPL qui ont été passées au crible, dans le cadre du projet Thérapide, afin de voir si l’une d’entre elles ne serait pas performante contre le virus qui a envahi le monde en 2020. De fait, les essais réalisés « in vitro » ont révélé une capacité à inhiber la réplication du virus. Reste à vérifier cela « en vrai », sur des patients.

Avant de reprendre éventuellement du service, le clofoctol fera d'abord l'objet d'une étude de tolérance. Sachant qu'il peut provoquer des diarrhées, comme tout antibiotique, et que le coronavirus engendre aussi des ennuis intestinaux, il s'agit de trouver le bon dosage.

Un test espéré sur 650 volontaires

Cela fait, le remède sera testé sur quelque 650 volontaires déclarés positifs à la covid. « Des médecins généralistes participeront à l'essai car le produit doit être administré dès les premiers symptômes et pendant cinq jours », explique Xavier Nassif. La moitié des personnes concernées recevra le médicament, l'autre recevra un placebo. Il faudra observer ensuite combien de malades seront hospitalisés et combien seront tirés d'affaire, dans chacune des deux catégories.

Quand le verdict sur l'efficacité du clofoctol tombera-t-il ? Le directeur de l'IPL est prudent : « Cela dépendra de l'évolution de l'épidémie, de l'avancée de la vaccination. Nous avons un espoir de déboucher à la fin de l'été ». Le label « priorité nationale de recherche » ne s'accompagne d'aucune dotation financière. La recherche est financée par des dons, dont une enveloppe de 5 millions d’euros allouée par la société LVMH. Au total, l'essai clinique sur le clofoctol coûtera quelque 6 millions d’euros, révèle Xavier Nassif.

Les autres projets anti-covid de l'IPL

Les chercheurs lillois de Pasteur travaillent aussi à la mise au point d'un médicament nouveau dédié au combat contre la covid. Mais l'échéance est ici plus lointaine. S'agissant d'une création, et non de la réorientation d'un produit existant, il faudra en passer par de longs essais pré-cliniques et de toxicité sur des animaux.

Dernière piste explorée, en lien avec plusieurs pôles de recherche internationaux : la mobilisation du bon vieux BCG, ce vaccin centenaire agissant sur la tuberculose mais dont on sait qu'il protège aussi contre d'autres affections respiratoires. Pas moins de quinze essais cliniques sont en cours dans le monde pour évaluer son effet sur la covid. Ces études seront rassemblées dans une méta-analyse, à éplucher lors d'un congrès mondial sur le BCG prévu à Lille en novembre.

« Les vaccins actuels contre le coronavirus sont extrêmement efficaces, remarque Camille Locht, le chercheur lillois, directeur scientifique du projet. Mais le BCG pourrait servir d'appoint dans les prochains mois ou encore de première ligne de défense en cas d'apparition d'une nouvelle épidémie due à un virus semblable. »

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