Faches-Thumesnil est la plus grande ville française dirigée par un maire insoumis, Patrick Proisy. Photo : capture d'écran, chaîne YouTube de la ville.

À Faches-Thumesnil, le maire LFI rattrapé par une difficile promesse de campagne

Candidat aux municipales de Faches-Thumesnil au printemps 2020, l'Insoumis Patrick Proisy promettait un moratoire sur un projet immobilier, voté par l’ancienne municipalité et contesté par l’association « des riverains des rues La Fontaine, Racine, Jean-Jaurès et de la Jappe ». L'équipe municipale doit peut-être même son élection à la mobilisation de ses membres… Sauf qu'un an plus tard, pour le collectif citoyen, le compte n'y est pas : la marge de manoeuvre du maire s'est avérée plus étroite que prévu.

Un samedi matin du mois de mars, le maire (LFI) de cette commune de 17 800 habitants et son équipe rencontrent des riverains et des associations concernés par le projet de la Jappe-Geslot, qui prévoit la création de plus de 400 logements d’ici 2026. Le plus gros regroupement de citoyens (une centaine de membres), celui « des riverains des rues La Fontaine, Racine, Jean-Jaurès et de la Jappe » est pourtant aux abonnés absents. « Nous les avions conviés, ils ne sont pas venus. Les informations ont été communiquées ; nous sommes complètement transparents », déplore Frédéric Dumortier, conseiller délégué à l’Urbanisme.

Extrait d'un tract de campagne du candidat Patrick Proisy pour les élections municipales de Faches-Thumesnil, en 2020.

Matthieu Nowak, le président de cette association de riverains, a refusé de participer à ce qui n’est à ses yeux qu’une mascarade. Durant six mois, il aura multiplié les sollicitations, en vain. Jusqu’à l’intervention du député LFI du Nord Adrien Quatennens. Une réunion est alors proposée aux membres de l’association, en février. Son objet ? « Revoir le mode de dialogue » avec les parties concernées… « Nous sommes arrivés début juillet [suite aux élections municipales de juin 2020, NDLR]. Nous étions en train de prendre connaissance du dossier, se défend Patrick Proisy. Pendant un an, le chantier a été à l’arrêt. Désormais, les bâtiments sont moins proches des habitations et plus bas. Nos promesses ont été respectées. »

Soutiens d’hier, rivaux aujourd’hui ?

Côté riverains, pourtant, l’inquiétude n’a pas diminué. « Aucun audit n’a été fait sur ce projet. Il était question d’un moratoire. Comment des personnes qui qualifiaient ce projet de ‘merdique’ avant d’être élues peuvent-elles soudainement le soutenir en l’état ? », s’interroge Matthieu Nowak à haute voix. Ce dernier rappelle au passage que 14 des 26 élus actuels ont signé leur pétition en ligne contre le projet.

Patrick Proisy et son équipe, qui avaient été jusqu’à tracter contre ce nouvel ensemble immobilier lors de la dernière campagne municipale, se retrouvent désormais dans une position délicate. Le discours a radicalement changé. « Nous devons la même équité à l’ensemble des citoyens. Nous devons loger les habitants décemment », élude le maire. Quid des riverains vent debout contre ce projet ? « Nous avons encore deux mois pour régler les derniers aspects qui nous gênent, notamment sur le plan écologique. Ensuite, nous prendrons une décision », assure Frédéric Dumortier.

Entre déception et détermination

Pas sûr que ces mots suffisent à rassurer les riverains. « Les modifications présentées sont à la marge et sont celles qu’avaient déjà présentées l’ancienne municipalité [celle de Nicolas Lebas, NDLR]. Nous ne sommes pas considérés », regrette Henry Bourbier, riverain et membre de l’association. Ses voisins et lui s’estiment déçus, voire trahis par l’équipe de Patrick Proisy. « Le projet n’a pas été remis à plat contrairement à ce qu’ils avaient annoncé. Ils font beaucoup de communication sur l’écologie et là, ils proposent une forêt d’immeubles à 7 mètres de nos jardins ! »

« Il y a eu des concertations, n'en démord pas Frédéric Dumortier. Ce qu’ils demandent [davantage d’espace entre les maisons et les futurs immeubles, notamment] n’est pas possible dans le cadre du traité de concession. Rappelons que la ville a perçu 3 millions d’euros lors de la vente du terrain... » Difficile équation pour les Insoumis à la tête de la ville : comment satisfaire les citoyens tout en préservant leurs relations avec la MEL et le bailleur Vilogia ? Pas facile de ménager la chèvre et le chou… Les riverains, déterminés, préviennent : « Même si on ne peut plus rien attendre d’eux, nous, nous ne changerons pas de position. Tel quel, nous ne voulons pas de ce projet. »

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