Grand Lyon : les têtes de liste de la « Gauche unie », reflet des tractations entre appareils

On ne les attendait plus. A six semaines des élections pour le Grand Lyon, la « Gauche unie », emmenée par le directeur de Sciences Po Lyon Renaud Payre, a présenté mercredi ses têtes de listes dans les circonscriptions métropolitaines. D’abord annoncée pour le 21 janvier, la présentation avait finalement été reportée. Signe de difficultés à boucler le casting ?

En début de semaine encore, des membres de l'équipe laissaient entendre qu’une alliance aurait pu être possible dans la circonscription Val de Saône avec les écologistes. Suggestion alors immédiatement démentie par Bruno Bernard, chef de file d’EELV : « Ça n’existe pas. Peut-être qu’ils n’ont pas de candidats à cet endroit, mais nous n’avons aucune volonté d’alliance avant le 15 mars [date du premier tour] », déclarait-il à Mediacités. L'anecdote illustre, en tout cas, les tractations byzantines des dernières semaines.

Premier constat, la parité est loin d’être respectée : sur douze têtes de listes présentées, seulement deux sont des femmes. La Gauche unie fait certes mieux que le candidat Les Républicains François-Noël Buffet et son grand chelem masculin, mais deux fois moins que les listes LREM de Gérard Collomb, qui alignent pourtant péniblement quatre femmes.

Le Parti socialiste s'arroge la moitié du gâteau

Deuxième remarque, alors que le mouvement revendique un rassemblement « inédit par son ampleur », la Gauche unie ressemble avant tout à une alliance PS-PCF-Génération.s, au moins en ce qui concerne le choix des têtes de listes. Le Parti Socialiste s’arroge à lui seul la moitié des places.

Comme attendu, ni EELV, qui a décidé de partir seul à la bataille, ni la France insoumise ne sont de la partie, même si Florestan Groult, candidat dans la circonscription Lyon Centre (1er, 2e et 4e arrondissements), se présente comme un « Insoumis ». Un dissident en réalité, puisque LFI soutient officiellement Nathalie Perrin-Gilbert, candidate aux municipales à Lyon et dont la formation Lyon en Commun sera également présente aux métropolitaines. Alors que plusieurs groupes LFI lyonnais ont pris leurs distances avec la maire du 1er arrondissement, la division s’installe au sein du parti de Jean-Luc Mélenchon.

Les autres têtes de liste se partagent entre nouveaux venus et figures bien connues à gauche. En plus des poids lourds incontournables - les socialistes Cédric Van Styvendael à Villeurbanne et Sandrine Runel à Lyon - la maire communiste de Givors Christiane Charnay défendra le mouvement dans la circonscription Lones-et-Côteaux (Givors, Grigny, Pierre-Bénite…) tandis que Raphael Debü, conseiller régional et secrétaire départemental du PCF partira sur le front Ouest (5e et 9e arrondissements). De son côté, le maire socialiste de Bron Jean-Michel Longueval défendra le flanc Est dans la circonscription Portes des Alpes. Ce dernier est par ailleurs soutenu par EELV sur sa commune, mais les trouvera comme adversaires sur le plan métropolitain. Vous avez dit schizophrénie ?

Vaulx-en-Velin et Vénissieux : ça coince entre le PCF et le PS

Surtout, la Gauche unie fait pour l’instant l’impasse sur deux circonscriptions métropolitaines (sur 14 au total), à cause de bisbilles entre le PS et le PC. Dans la circonscription Portes du Sud, le Parti socialiste refuse pour le moment de se ranger derrière la maire communiste sortante de Vénissieux Michèle Picard. Un blocage qui met en péril une éventuelle alliance locale, le PC du Rhône refusant de perdre son dernier gros bastion. Les négociations seraient « en cours » pour parvenir à un accord in extremis.

Situation inverse dans la circonscription Rhône Amont : à l'élection municipale, le PCF aligne un candidat contre la maire sortante socialiste de Vaulx-en-Velin, l’ancienne ministre Hélène Geoffroy. Un casus belli apparemment insurmontable puisque la Gauche unie a déjà indiqué qu’elle ne présentera pas de liste dans cette circonscription.

L’équipe présentée mercredi est donc le reflet de plusieurs mois de tractation intenses, place par place, entre les différentes composantes d’une gauche qui peine à sortir des jeux d’appareils. Mais Renaud Payre, qui se présentera dans la circonscription Lyon Sud (7e arrondissement) face à Nathalie Perrin-Gilbert, son ancienne alliée du Gram, préfère faire porter aux autres partis la responsabilité de la division. A commencer par le grand absent de cette alliance, EELV  : « On regrette collectivement que les Verts ne soient pas là, ils se sont probablement sentis poussés par l’ivresse des sondages. Mais on espère qu’ils se positionneront à gauche le soir du premier tour », a-t-il déclaré mercredi, comme le relatent nos confrères de Tribune de Lyon.

Mathieu Périsse

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