L'organisateur des Nuits Sonores, Arty Farty, sera aidé à hauteur de 100 000 euros. Photo : NB/Mediacités.

Fonds d’urgence culturel de la ville de Lyon : qui touche quoi ?

C’était une promesse de campagne de Grégory Doucet : mettre 4 millions d’euros sur la table pour aider le monde de la culture à tenir face à la crise du Covid-19. Concrétisation ce jeudi 19 novembre alors que le reconfinement a de nouveau mis à l’arrêt salles de cinéma, de concert ou de théâtre : le conseil municipal de la ville de Lyon a voté la distribution des premières aides à 279 structures [voir la répartition ci-dessous] ou artistes. Premières, car la municipalité a décidé de réserver un quart de son enveloppe pour le premier trimestre de l'année 2021, afin de « garder une marge de manœuvre », selon le Première adjointe Audrey Hénocque, chargée des finances, en fonction de la durée de l’épidémie.

Une centaine de professionnels toucheront quelques milliers d’euros : 3000 euros au maximum pour un intermittent, 5000 euros pour un non-intermittent, plasticien ou auteur. L’aide moyenne aux 180 structures retenues (sur 225 dossiers déposés) s’élève, elle, à environ 13 500 euros, mais les variations sont fortes d’une enveloppe à l’autre.

> Montant des aides du fonds d'urgence par structure (la première colonne correspond au montant demandé, la seconde, au montant alloué) :

FondsCulture-Lyon

La subvention la plus généreuse revient au théâtre privé de l’Odéon, situé rue Grolée, avec 120 000 euros. Arty Farty, l’organisateur, entre autres, des Nuits sonores, pourra compter sur une aide de 100 000 euros. Celle-ci s’ajoute à la subvention annuelle de 366 705 euros que l’association reçoit de la part de la ville dans le cadre d’une convention votée en 2018 [relire notre enquête : « Les bonnes affaires en sourdine des Nuits Sonores »]. Sa filiale Culture Next, gestionnaire du Sucre, à la Confluence, se voit attribuer par ailleurs une somme de 30 000 euros. Dans le domaine des musiques actuelles, le tourneur et producteur AFX sera également aidé à hauteur de 100 000 euros.

Autre poids lourd local, l’Institut Lumière, qui organise le festival du même nom et dont l’édition 2020 a pu se tenir entre deux confinements, percevra 100 000 euros. En début d’année 2020, la cinémathèque que dirige Thierry Frémaux avait touché une subvention de fonctionnement de 480 000 euros (le même montant que l’année précédente). Dans la galaxie lyonnaise du patron du festival de Cannes, les cinémas Lumière bénéficieront aussi du fonds d’urgence avec une aide de 90 000 euros. Le même montant que celui attribué au Comœdia, le cinéma indépendant du cours Berthelot. 

Cinema Lumière Fourmi
Le cinéma Lumière Fourmi dans le 3e arrondissement de Lyon. Photo : N.Barriquand/Mediacités.

La liste comporte par ailleurs les noms de cinq médias, dont celui de l’antenne lyonnaise de Radio Nova ou celui du Petit Bulletin. Le quinzomadaire gratuit spécialiste de l’actualité culturelle touchera une enveloppe 100 000 euros. Selon le projet de délibération de la ville de Lyon, une « activité ni culturelle ni artistique » était une condition éliminatoire pour les candidats au fonds d’urgence. Le mot « culturel » était donc à comprendre au sens large, en incluant les entreprises de presse.

« Ces 100 000 euros nous permettront de sauver la boîte », confie Sébastien Broquet, rédacteur-en-chef du Petit Bulletin, 25 salariés (40, en comptant les éditions de Saint-Etienne et de Grenoble). Début septembre, le journal enregistrait déjà des pertes de plus de 350 000 euros. Un prêt de 357 000 euros garanti par l’État et la région Auvergne-Rhône-Alpes (pour 87 000 euros) permet jusqu’à présent de payer les salaires.

Les piges du chargé de mission de l'adjointe à la Culture

Le chèque au Petit Bulletin a fait l'objet d'un scud de la part de l'opposition de droite lors du conseil municipal. Au détour d'une délibération sur les illuminations de Noël, le maire LR du 2e arrondissement Pierre Oliver a suggéré, pour soulager les finances des commerçants touchés par la crise, que la ville prennent en charge les décorations à 100% en puisant dans les 100 000 euros promis au Petit Bulletin. « Journal pour lequel travaillait le chargé de mission de l'adjointe à la Culture... », a précisé l'élu.

Une allusion à l'insoumis Elliot Aubin, bras droit de Nathalie Perrin-Gilbert pendant la campagne (et auparavant à la mairie du 1er arrondissement), avant d'être recruté par la même dans son équipe à l'hôtel de ville. « Il n’est pas intervenu dans le processus de décision, ni pour Le Petit Bulletin, ni pour aucune autre structure » le défend Nathalie Perrin-Gilbert, interrogée par Lyon Capitale. Nos confrères ont comptabilisé 17 articles, sur le théâtre, signés Elliot Aubin, sur sept mois d'archives du journal culturel. Le dernier date du 12 mars dernier, trois jours avant le premier tour des élections municipales.

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Elliot Aubin et Nathalie Perrin-Gilbert pendant la campagne électorale. Photo : NB/Mediacités.

Enfin, le théâtre des Célestins et l’ONL-Auditorium de Lyon, qui dépendent tous deux de la ville, toucheront chacun une rallonge de 100 000 euros pour l’année 2020 au titre de ce fonds d’urgence.

N.B.

Actualisation 22 novembre - Ajouts des deux paragraphes sur l'ancienne collaboration d'Elliot Aubin avec Le Petit Bulletin.

Cet article concerne la promesse :
« Mettre en place un fonds de soutien à la culture de 4 millions d’euros »
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