Le maire de Lyon (EELV) Grégory Doucet, lors du conseil municipal du 22 février 2021. Capture d'écran.

Repas sans viande dans les cantines de Lyon : les quatre actes d’une polémique en roue libre

Quand les épinards se transforment en dynamite… En l’espace de trois jours, le contenu des assiettes des écoliers de Lyon a enflammé les élus locaux, les réseaux sociaux, les agriculteurs et une bonne partie du gouvernement. En attendant une déclaration de la Maison blanche, retour sur les étapes d’une polémique hors de contrôle.

Acte 1 - « Vous avez un e-mail »

Le message a été envoyé jeudi 18 février, vers 18 heures, depuis l’adresse générique « info@infos.mairie-lyon.fr ». Il est signé « Stéphanie Léger, adjointe à l’éducation ». Adressé à tous les parents d’élèves des écoles de Lyon, il annonce que, suite au nouveau protocole sanitaire du ministère de l’Éducation, la ville va « renforcer à nouveau [ses] mesures de protection » dans les cantines des établissements scolaires dès lundi 22 février, date du retour des vacances d’hiver.

Le respect d’une distance de deux mètres entre les écoliers, contre un mètre auparavant, « réduit de fait le nombre d'enfants par espace dédié, écrit l’élue. Afin d'optimiser le service de restauration, la ville proposera un seul menu : le menu sans viande et sans choix pour les entrées laitages et desserts ». La mèche est en place. L’étincelle sera offerte par le groupe d’opposition de droite.

Concomitamment à l’envoi du message aux parents d’élèves, les conseillers municipaux emmenés par Etienne Blanc (LR) dégainent leur communiqué : « Comment la ville écologiste/extrême-gauche de Lyon profite de la crise sanitaire pour imposer le "menu unique sans viande" dans les cantines des écoles publiques ». Après le Tour de France, la patrouille de France et l’écriture inclusive, le procès en véganisme de l’écologiste Grégory Doucet ne fait que commencer.

Acte 2 - Darmanin s’en mêle

« Polémique autour des repas sans viande », titre sobrement Le Progrès dans son édition de vendredi 19 février. Pour l’heure, c’est la météo et les températures clémentes qui occupent la place de choix à la Une du quotidien. Comme d’autres médias locaux (BFM Lyon, Lyonmag.com, etc.), le journal se fait l’écho du communiqué de la droite municipale et donne la parole à la défense : non, ce n’est pas « un passage à marche forcée vers des menus végétariens », défend Stéphanie Léger. Œufs et poisson resteront d’ailleurs dans les assiettes des écoliers et la mesure ne sera appliquée que « jusqu’aux vacances de Pâques ». Pas de quoi éteindre la flamme…

Le lendemain, Gérald Darmanin l’attise sur Twitter. « En plus de l’insulte inacceptable aux agriculteurs et aux bouchers français, on voit bien que la politique moraliste et élitiste des "Verts" exclut les classes populaires, souffle le ministre de l’Intérieur. De nombreux enfants n’ont souvent que la cantine pour manger de la viande... Idéologie scandaleuse. » L’incendie est parti.

Le maire de Lyon riposte, dimanche matin, toujours sur Twitter, en soulignant que son prédécesseur Gérard Collomb avait pris la même décision au sortir du premier confinement en mai 2020. Rien n’y fait. Julien Denormandie, le ministre de l’Agriculture, brocarde à son tour « l’idéologie dans l’assiette de nos enfants ! » et annonce avoir saisi le préfet du Rhône. La polémique s’emballe et dans le concert de critiques, l’essentiel est de donner de la voix : « Si vous voulez une réaction sur le menu sans viande, Pascal Blache, qui est contre, est à votre disposition », reçoit-on par SMS, de la part d’un collaborateur du maire du 6e arrondissement dimanche après-midi.

Acte 3 - Des cabris sur le parvis

La séance devait être éminemment technique. À l’ordre du jour du conseil municipal de ce lundi 22 février, le pacte de cohérence métropolitain. Mais, sans surprise, et alors que les médias nationaux, radios et chaînes d’infos en continu en tête se sont emparés du sujet et que Le Progrès y consacre pas moins de cinq pages, sans compter la Une, la visio-assemblée démarre sur « le scandale » des menus sans viande.

L’élue du 3e arrondissement Béatrice de Montille, pour l’opposition de droite, raille la méthode - « loin du dogme de la co-construction » - et lâche devant sa webcam : « Les écoliers n’ont pas à être les otages de votre idéologie anti-viande ». Circonstance aggravante aux yeux de la conseillère municipale : « L214 et tous les militants antispécistes ont publiquement salué la décision ». Grégory Doucet lui renvoie son « idéologie anti-écolo que vous nous déblatérez conseil municipal après conseil municipal ».

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Béatrice de Montille, lors du conseil municipal. Capture d'écran.

Gérard Collomb vient alors pimenter l’ambiance : « Moi [au printemps 2020], personne ne m’a soupçonné de vouloir bannir la viande des cantines ». L’ex-maire livre aussi son analyse de la polémique. Elle tient, selon lui, au double discours de son successeur : se justifier au nom des conditions sanitaires et annoncer vouloir réduire la viande dans les assiettes des écoliers. De fait, les écologistes projettent de passer de quatre à deux repas carnés maximum par semaine au cours du mandat.

Pendant ce temps-là, les petits Lyonnais - qui doivent remettre leurs masques entre chaque plat - ont droit à du merlu et du chou vert. Le sauté de poulet initialement inscrit au menu a été décommandé [voir la photo ci-dessous]. 

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Affichage devant une école du 7e arrondissement de Lyon. Photo : N.Barriquand/Mediacités.

Le spectacle se joue aussi à l’extérieur de l’hôtel de ville. Une trentaine de tracteurs, d’après un décompte du Monde, bloquent les abords de la bien nommée place de la Comédie. La FNSEA veut aussi participer à la polémique. Bovins et cabris s’ébrouent sur le parvis qui prend des airs de salon de l’Agriculture improvisé. Pendant ce temps, la confédération de la boucherie-charcuterie, qui ne manque pas d’humour, se fend de son communiqué : « Mairies vertes : stop au carnage ».

Acte 4 - La suite au tribunal

Dans la soirée du lundi 22 février, Le Progrès annonce que des parents d’élèves s’apprêtent à déposer un référé-suspension contre la décision de la ville devant le tribunal administratif. Vous reprendrez bien une ration de polémique ?

Cet article concerne la promesse :
« Proposer deux repas végétariens par semaine dans les cantines »
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