Capture du site de la Transalpine.

Les Verts de la Métropole de Lyon continuent de financer le lobby du Lyon-Turin

Un même parti, deux nuances de vert. Après son élection à la mairie de Grenoble en 2014, l’écologiste Eric Piolle avait claqué la porte de la Transalpine, association de promotion du Lyon-Turin. Ses cousins lyonnais de la Métropole de Lyon, dirigée depuis juillet dernier par Bruno Bernard (EELV), préfèrent eux continuer de financer ce lobby du méga-projet ferroviaire qui promet de relier la France et l’Italie en passant sous les Alpes.

Dans un arrêté pris le 18 février dernier, le Grand Lyon a renouvelé, pour 30 000 euros, son adhésion annuelle au Comité pour la liaison européenne transalpine Lyon-Turin. Un choix surprenant : élus et militants d’EELV n’ont eu de cesse, ces dernières années, de s’opposer au projet. Ils lui reprochent son coût exorbitant (26 milliards d’euros, selon une estimation de la Cour des comptes) et son impact environnemental (creusement d’un tunnel de 57 kilomètres). Ils prônent, à la place, une réfection des voies existantes.

« Une association de lobbying, de fabrication du doute et de fausses informations »

Ce n’est pas le seul paradoxe du maintien de la cotisation du Grand Lyon. Comme Mediacités l’avait raconté en détail dans une enquête publiée en octobre 2018, la Transalpine, qui mêle financements de collectivités et d’industriels, ne publie pas ses comptes malgré les millions d’euros d’argent public touchés depuis sa création en 1991 [relire : Le lobby du Lyon-Turin biberonné par les collectivités].          

« Je ne peux pas partager l’idée de subventionner une association de lobbying, de fabrication du doute et de fausses informations, se désole Daniel Ibanez, figure des opposants au Lyon-Turin et colistier des écologistes lors des élections régionales de 2015. J’espère que la Métropole de Lyon a au moins obtenu un accès aux bilans de l’association avant de renouveler son adhésion… »

Même pas ! « J’ai sollicité l’association pour obtenir les comptes des cinq dernières années et les rapports d’activité car les services de la Métropole ne les avaient pas, répond à Mediacités le vice-président Jean-Charles Kohlhaas qui représente la collectivité au sein de la Transalpine. Mais je ne doute pas qu’on me les enverra. Sinon cela signifiera que le comité souhaite que la Métropole quitte l’association et j’en tirerai les conséquences. »

Menace symbolique

La menace est avant tout symbolique : comme l’avait révélé Mediacités, le budget annuel de la Transalpine s’élève à environ 340 000 euros. La contribution du Grand Lyon couvre donc moins de 10% de la somme, loin de celle de la région Auvergne-Rhône-Alpes (101 000 euros en 2018).

« Je ne veux pas quitter cette association par principe, poursuit Jean-Charles Kohlhaas. Je compte bien participer aux discussions du comité notamment sur les accès français vu que nous souhaitons utiliser la voie et les zones existantes pour faire du report modal [transférer du transport de marchandises de la route sur le rail] le plus vite possible. »

En attendant que les 30 000 euros de la Métropole verte pèsent sur la ligne défendue par la Transalpine, les opposants de Bruno Bernard ironisent : « Nous sommes ravis d’apprendre qu’après les polémiques et menaces de claquer la porte, le Grand Lyon a renouvelé son adhésion à la Transalpine pour 2021 !, tweete le groupe de Gérard Collomb. Avançons désormais ensemble pour réaliser le Lyon-Turin ! » Une pique de bonne guerre.

Mise à jour 2 mars, 16h - Nous avions écrit dans un premier temps que la Transalpine ne publiait pas ses comptes « au mépris du droit », en citant l’obligation à laquelle toute association recevant au moins 153 000 euros de dons et/ou de subventions par an doit se soumettre auprès du Journal officiel. Mail courroucé de Stéphane Guggino, délégué général de l’association : « Il s’agit là d’une affirmation gratuite, fausse et diffamatoire. En effet, le Comité pour la Transalpine ne perçoit pas de subventions des collectivités mais des cotisations ». C’est ce qui s’appelle jouer sur les mots ! De fait, les contribuables ne financent pas le fonctionnement de ce lobby par l’intermédiaire de subventions mais par celui de cotisations dont les montants sont laissés à la libre appréciation des collectivités (comme les subventions). Au final, il s’agit toujours du même argent public. Mais l’astuce permet d’éviter à la Transalpine de faire œuvre de transparence.

Nous présentons donc nos excuses à nos lecteurs et en profitons pour rappeler qu’en matière d’argent public, selon l’article 14 de la Déclaration des droits de l’Homme et du Citoyen, « tous les citoyens ont le droit de constater, par eux-mêmes ou par leurs représentants, la nécessité de la contribution publique, de la consentir librement, d'en suivre l'emploi, et d'en déterminer la quotité, l'assiette, le recouvrement et la durée ». Selon les calculs effectués en 2018 par Mediacités pour une enquête consacré à cette association, en vingt-sept d’existence, la Transalpine a coûté à la région (Rhône-Alpes puis Auvergne-Rhône-Alpes) au moins 5 millions d’euros, 810 000 euros au Grand Lyon, 513 000 euros au Grand Chambéry, 660 000 euros au département de l’Isère… Mais en cotisations s’il vous plaît !

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