L'hôtel de ville de Lyon. Photo : NB/Mediacités.

Culture : le fonds d’urgence de la ville de Lyon a majoritairement bénéficié à des hommes

Alors que la majorité verte de Grégory Doucet élabore son premier budget « sensible au genre » (qui détermine si les dépenses contribuent ou non à remédier aux inégalités entre les sexes), ces chiffres font tâches… L’association HF, qui promeut depuis 2008 l’égalité entre les femmes et hommes dans le secteur des arts et de la culture, a passé à la moulinette les subventions accordées par la ville de Lyon via son fonds d’urgence culturel [lire dans L’Œil de Mediacités : Fonds d’urgence culturel de la ville de Lyon : qui touche quoi ?]. Près de 3 millions d’euros ont été votés, le 19 novembre dernier, en soutien à un milieu fragilisé par la fermeture des salles et les annulations de spectacles. Sur cette enveloppe, 302 000 euros ont été fléchés vers des théâtres, compagnies ou associations dirigés par des femmes (pour 29 demandes déposées) contre 1,37 million d’euros au profit de structures dirigées par des hommes (pour 86 demandes déposées) calcule, dans un rapport [voir le document ci-dessous], l’association.

Ces chiffres s’expliquent par le fait qu’une grande partie des institutions culturelles ont à leur tête un homme. Une enquête de la direction régionale des affaires culturelles (Drac) d’Auvergne-Rhône-Alpes publiée en 2019 montrait que les femmes n’occupaient que 35% des postes de direction dans les structures du spectacle vivant et des arts visuels.

Mais, plus ennuyeux, le déséquilibre est aussi important pour les subventions du fonds d’urgence attribuées directement aux professionnels. La ville de Lyon avait décidé d’aider à hauteur de 3000 euros maximum les intermittents et à hauteur de 5000 euros maximum, les non-intermittents, plasticiens ou auteurs. D’après le rapport de l’association HF, la collectivité a versé 119 327 euros à des femmes contre 170 080 euros à des hommes. « Les femmes osent moins recourir à ce type d’aides, précise Maïté Cussey, militante à HF. Surtout, elles demandent des sommes moins importantes que les hommes. »

Une chorégraphe sur trois 

Les statistiques de l’association révèlent aussi d’autres inégalités : si 60% des étudiants en art sont des étudiantes, les femmes ne représentent que 40% des artistes aidés par des fonds publics, 20% des artistes programmés et… 10% des artistes récompensés. Quelques exemples lyonnais ? Au théâtre des Célestins, dirigé par la metteuse en scène Claudia Stavisky, 69% des spectacles programmés en 2020 étaient mis en scène par des hommes, 82% des textes mis en scène avaient été rédigés par des hommes et les interprètes étaient, à 66 %, de sexe masculin. Au sein du TNP de Villeurbanne, ces inégalités sont plus criantes encore. La scène nationale a programmé, en 2020, 77% de pièces mises en scène par des hommes. Quand, à la Maison de la danse, seul un chorégraphe sur trois est une chorégraphe.

> Le rapport de l'association HF : 

2021_Où sont les femmes dans les programmations

Avec ces données chiffrées, l’association entend mettre en lumière le chemin qui reste à parcourir pour atteindre une réelle égalité entre les femmes et les hommes dans le secteur culturel. « Il n’est plus acceptable que des subventions publiques continuent à bénéficier à un groupe de personnes, au détriment des autres », assène Maïté Cussey.

Le « budget genré » des écologistes changera-t-il, au moins à la marge, la donne ? « L’idée c’est de voir quels sont les processus budgétaires qui favorisent la parité sur le territoire et repérer ceux qui viennent aggraver les inégalités, détaille Florence Delaunay, adjointe au maire chargée de l’égalité femmes-hommes. Une fois ce décryptage réalisé, nous verrons quels éléments mettre en place pour réparer ces déséquilibres. » D’après l’élue, ce travail d’analyse devrait s’étaler jusqu’à la fin de l’année et concerne aussi bien le monde de la culture que celui du sport ou la commande publique.

De son côté, l’association HF préconise de subordonner l’attribution des financements publics à des critères d’égalité entre les genres et à mettre en place des quotas. A l’image de ce qui a été réalisé dans le cinéma. Le centre national cinématographique (CNC) a instauré, depuis le 1er janvier 2019 un bonus, de l’ordre de 15%, sur les subventions octroyées aux films qui respectent une stricte parité au sein de leurs équipes de tournage. L’idée d’un bonus-malus appliqué à l’ensemble des institutions culturelles est discutée par les professionnels du secteur depuis le passage de Françoise Nyssen au ministère de la Culture… en 2018. 


A (re)lire sur Mediacités : 

planche bidule culture

- Fonds d'urgence culturel de la ville de Lyon : qui touche quoi ? (19 novembre 2020)

- Culture pub et fonds d'urgence de la ville de Lyon (1er décembre 2020)

Cet article concerne les promesses :
« Mettre en place un fonds de soutien à la culture de 4 millions d’euros » « Voter un budget “sensible au genre” »
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