En Pays de la Loire, 37% des 60 ans et plus souffrent de solitude. / Image d'illustration : Cristian Newman / Unsplash / CC

Isolement : 50 000 personnes âgées en état de « mort sociale » en Pays de la Loire

50 000 personnes de plus de 60 ans en état de « mort sociale » en Pays de la Loire… 50 000 personnes qui vivent « sans, ou quasiment sans contact avec les différents cercles de sociabilité », soit leur famille, des amis, leur voisinage et le réseau associatif. 50 000 personnes, qui représentent 5 % des 60 ans et plus de la région, quand la moyenne nationale plafonne à 3 %...

Ce constat, glaçant, est tiré du baromètre 2021 « Solitude et isolement, quand on a plus de 60 ans en France », publié jeudi 30 septembre par les Petits Frères des Pauvres. Si elle relève que les personnes âgées y souffrent moins fréquemment d’un sentiment de solitude que dans les Hauts-de-France ou le Centre Val de Loire (entre autres), l’étude (réalisée par l’institut CSA Research ) enquille les mauvais résultats. Au point que Gervais Sachot, directeur de l’association pour la Bretagne et les Pays de la Loire juge la situation « particulièrement préoccupante ». Dans le détail, la région Pays de la Loire est donc celle, avec la Bretagne et la Bourgogne Franche-Comté, qui compte le plus de personnes en situation de mort sociale. Mais elle est aussi :         

  • celle où le taux de personnes âgées n’ayant personne avec qui parler de choses personnelles est le plus élevé (31 % contre 21 % en moyenne nationale) ;
  • celle, avec le Centre Val-de-Loire, où elles ont le moins d’échanges relationnels réguliers avec « les commerçants et professionnels de proximité » (31 % contre 42 % au niveau national) ;
  • celle, après la Bourgogne Franche-Comté, où elles sont les plus nombreuses à n’avoir « jamais ou quasiment jamais de contacts avec leurs proches » (37 % contre 28 % au niveau national) ;
  • celle, encore, où les personnes âgées interrogées se disent les plus résignées (28 % contre 18 % pour l’ensemble de la France).

Capture solitude PFP
Capture du baromètre 2021 sur l'isolement des personnes âgées réalisé par les Petits frères des pauvres.

Le revers de la médaille de l'attractivité régionale

N’en jetez plus… A en croire les résultats de ce baromètre, les Pays de la Loire ont un problème avec leurs personnes âgées. Un problème d’autant plus prégnant que, pour la plupart des indicateurs, « les chiffres sont en très forte augmentation depuis 2017, date du premier baromètre établi par les Petits frères des pauvres, constate Gervais Sachot, En quatre ans, certains ont même doublé, comme l’isolement du cercle amical ».

Pour quelles raisons ? Gervais Sachot pointe évidemment les effets de la crise sanitaire et des confinements successifs, qui ont renforcé la solitude des plus seuls et fait basculer certains autres. Mais il y voit aussi « le revers de la médaille de l’attractivité régionale ». « On a vu beaucoup de couples s’installer sur les cotes de Vendée ou de Loire-Atlantique pour y passer leur retraite sans forcément y avoir d’attaches familiales ou amicales. C’est formidable. Mais quand l’un des deux membres du couple décède, celui qui reste n’a pas forcément eu le temps de se construire un réseau de voisinage et de connaissances suffisamment fort. ».

Des préconisations pour lutter contre l'isolement

Le responsable de l’association pointe aussi les effets de la métropolisation. « En Loire-Atlantique, par exemple, Nantes concentre les richesses et les emplois. Mais à mesure que l’on s’éloigne, on trouve des villages dortoirs, sans beaucoup d’équipements dont les actifs partent le matin pour aller travailler et ne reviennent que le soir. Là, les personnes âgées se retrouvent très facilement isolés et seuls, en rupture avec la vie sociale. Comment peut-on avoir une zone aussi riche et vivante que la Métropole de Nantes et de telles situations à quelques dizaines de kilomètres de là ? En terme de société et de vivre ensemble on a loupé quelque chose ».

Pour remédier à la situation, l’association pose néanmoins quelques pistes de solution. Au niveau local, « il faudrait plus de maisons de santé, de commerces de proximité, de lieux de vie et de rencontre dans les villages, explique Gervais Sachot. Rien qu’un café, cela peut changer beaucoup de choses ». Au niveau national, les Petits frères des pauvres font dix préconisations, de la production de données régulières sur la solitude et l’isolement au soutien aux structures associatives, en passant par le « refus de faire de l’isolement relationnel un nouveau business » et de construire « une société de la surveillance des personnes âgées ». Au total, 530 000 personnes âgées sont aujourd’hui complètement isolées en France.

Benjamin Peyrel
Co-fondateur de Mediacités et rédacteur en chef de son édition nantaise. Avant de me lancer dans cette aventure, j'ai débuté au quotidien La Croix et suis passé par différentes rédactions (L’Humanité, Le Parisien, etc), avant de rejoindre L’Express et d'écumer préfectures et sous-préfectures pendant dix ans. Je m’intéresse notamment aujourd’hui aux montagnes de données que les collectivités comme les citoyens produisent quotidiennement et aux moyens de les utiliser pour faire avancer l'information.

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