Nantes a son éléphant, Toulouse son minotaure, deux créations de François Delarozière et la Compagnie La Machine. / Photo : Creative Commons - Frédéric Neupont

Machines de l’île : le maire de Toulouse renvoie François Delarozière à ses études (de marché) et à ses prétentions

Décidément, nul n’est prophète en son pays… Historiquement, les racines des célèbres Machines de l’île de Nantes sont toulousaines. C’est du moins dans la Ville Rose que leur créateur, François Delarozière, fit ses débuts au sein de la troupe Royal de Luxe, en 1979, avant que, dix ans plus tard, Jean-Marc Ayrault n’ouvre à la troupe les rues de Nantes (et le portefeuille de la ville) pour donner naissance à la Compagnie la Machine. Et puis, fin 2018, les Machines sont revenus en grande pompe à Toulouse pour prendre leurs quartiers dans la Halle des Mécaniques du quartier Montaudran.

Marqué par l'immense succès populaire du premier défilé d’un Minotaure dans les rues toulousaines, ce retour se fait pourtant dans une atmosphère un peu moins cordiale qu’à Nantes. Comme le racontait Mediacités en 2018, les élus de droite héritent du dossier lancé par la municipalité (PS) précédente et se montrent un peu frileux. Mais des discussions « viriles mais correctes » débouchent néanmoins sur la signature d’une délégation de service public (DSP) avec à la clé de généreuses subventions.

« Il ne propose que des dépenses, mais pas de recettes. Il a le beau rôle ! »

Trois ans plus tard, le climat ne s’est apparemment pas réchauffé. Le 27 octobre dernier, interrogé par Actu Toulouse sur la probabilité de voir à nouveau le Minotaure et d’autres machines défiler dans les rues de Toulouse, François Delarozière se dit « dans les starting-blocks » et estime qu’il « ne manque qu'une volonté politique pour que le projet aboutisse ». D’après le site, le créateur sous-entend même qu’à défaut le Minotaure pourrait bien aller chercher ailleurs la volonté politique (et financière) qui manque à Toulouse.

Cette remarque semble ne pas avoir plu du tout à Jean-Luc Moudenc. Interrogé (par nos confrères d'Actu Toulouse lui aussi), le maire et président (LR) de Toulouse Métropole renvoie le créateur des Machines à ses études de marché : « Organiser un nouveau spectacle dans les rues de Toulouse ? Je dis oui. Mais un peu de responsabilité. Car le problème, c'est qu'il (François Delarozière) ne propose que des dépenses, mais pas de recettes. Il a le beau rôle ! »

Apparemment très énervé, Jean-Luc Moudenc en remet une couche un peu plus loin, quand on lui fait part du souhait du patron des Machines de réaliser un spectacle encore plus important que le premier. « Je lui dis : très bien, mais qu'il trouve également les moyens et le budget plus important que la première fois ! Il faut être responsable. Car il ne suffit pas de dire “j'ai envie” pour que l'opération se fasse, il faut aussi trouver les moyens. »

Mesquinerie toulousaine ou prodigalité nantaise ?

A la décharge du maire de Toulouse, la DSP signée avec la Compagnie La Machine en 2018 prévoyait expressément que la collectivité ne verserait pas un centime supplémentaire pour financer de nouvelles créations. Et puis le premier spectacle avait déjà coûté cher : 2,2 millions d’euros, auxquels s’ajoutent un peu plus de 22 autres millions de subventions diverses (lire notre précédente enquête) et encore 700 000 euros versés l’an dernier pour compenser les pertes liées à la crise sanitaire. Bref, déjà une jolie facture pour à peine trois ans d’exercice.

François Delarozière a tout de même dû être surpris par les propos du maire de Toulouse. A Nantes, en effet, on ne l’avait pas habitué à une telle réserve. Malgré les sérieux doutes sur le modèle économique des Machines, révélé par les enquêtes de Mediacités, on ne l’a jamais réellement embêté avec les chiffres. Mieux : malgré de nombreuses questions encore en suspens, l’augmentation de 48,5 % du coût de sa prochaine attraction (de 35 à 52,4 millions d’euros) semble passer comme une lettre à la poste. Sans que Johanna Rolland, en tout cas, ne lui demande publiquement de comptes. Les Toulousains seraient-ils plus radins - ou économes - que les Nantais ?


Retrouvez toutes nos enquêtes sur l'Arbre aux hérons
et le curieux business des Machines de l'île

 

Benjamin Peyrel
Co-fondateur de Mediacités et rédacteur en chef de son édition nantaise. Avant de me lancer dans cette aventure, j'ai débuté au quotidien La Croix et suis passé par différentes rédactions avant de rejoindre L’Express et d'écumer préfectures et sous-préfectures pendant dix ans. Je m’intéresse notamment aujourd’hui aux montagnes de données que les collectivités comme les citoyens produisent quotidiennement et aux moyens de les utiliser pour faire avancer le débat public.

Précédemment dans l'Oeil

Carine Bernault bien placée pour devenir présidente de la nouvelle université de Nantes

Mercredi 24 novembre, la liste menée par l'actuelle présidente de l'université de Nantes est arrivée en tête du scrutin organisé pour désigner les représentants des personnels et étudiants au conseil d'administration du futur établissement regroupant l'université, Centrale, l'école des Beaux-Arts et l'école d'architecture.

Hausse du nombre d’agents municipaux à La Baule : la Chambre régionale des comptes s’inquiète

« Confortable »... Sans grande surprise, c'est ainsi que la Chambre régionale des comptes des Pays de la Loire qualifie la situation financière de la station balnéaire. Les magistrats financiers émettent néanmoins des craintes suite à l'augmentation des dépenses de personnel ayant suivi l'élection de Franck Louvrier (LR) à la tête de la ville.