Les révélations publiées le vendredi 1er mars par Mediacités, France 3 Hauts-de-France et Mediapart, en partenariat avec le réseau de médias European Investigative Collaborations (EIC), sur les liens entre les actuels dirigeants du Losc et le club de Manchester City, ont provoqué de vives réactions. Pour rappel, nous avons découvert qu'avant de prendre le contrôle du club de football de Lille, en janvier 2017, Gérard Lopez et Marc Ingla n’ont pas hésité à servir de prête-noms au club anglais pour lui permettre de contourner les règles. La société MPI II, filiale de Mangrove Founders dont Gerard Lopez est co-actionnaire, a en effet été créée à l’automne 2013 pour gérer un fonds piloté secrètement par Manchester City et financé depuis l’émirat d’Abou Dhabi, permettant au club de Manchester et à ses filiales d'investir en toute discrétion sur plusieurs jeunes joueurs.

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© France 3 Hauts-de-France.

Dès le lendemain de nos révélations, on a appris dans le Daily Mail que la Fédération anglaise de football (FA) pourrait se pencher sur le cas déroutant du transfert de Bruno Zuculini à Manchester City, détaillé dans notre enquête. En février 2014, un curieux accord est en effet mis en place entre MPI II & Partners et Pub Soccer BV, une société néerlandaise contrôlée par l’agent du joueur : en échange de 1,9 million de dollars, Pub Soccer s’engage à « inciter le joueur à conclure un accord avec le club de football désigné » par le fonds. En avril, le club désigné par MPI II est bien entendu Manchester City. Grâce à cet accord, le club anglais a pu empêcher des équipes rivales de recruter le jeune argentin Zuculini pendant plusieurs mois avant sa signature au club, en août 2014. En échange de cela, Manchester City a payé à MPI II & Partners une commission de 2,5 millions de dollars.

Le jeudi 7 mars, c'est au tour de l'Union des associations européennes de football (UEFA) d'annoncer qu'elle allait enquêter sur Manchester City à la suite des révélations Football Leaks. Dans un communiqué, l'UEFA a indiqué que « l'enquête se concentrera sur plusieurs violations présumées du fair-play financier (FPF) qui ont été rendues publiques récemment par différents médias ». Rappelons que dans un document transmis par Marc Ingla (actuel directeur général du Losc) à Manchester City en avril 2013, Mangrove s'était justement présenté comme un « facilitateur clé pour éviter les règles du FPF » pour proposer un montage juridique visant à masquer les liens entre le club anglais et le fonds d'investissement MPI II & Partners. En novembre 2018, Mediapart révélait aussi, grâce aux documents Football Leaks, que le club anglais avait massivement fraudé les règles du fair play financier en encaissant 2,7 milliards d’euros de subventions déguisées de son richissime propriétaire, le cheikh Mansour d’Abou Dhabi. 

https://twitter.com/UEFA/status/1103720222652055553

Le club anglais, qui risque une exclusion des compétitions européennes, a réagi jeudi dans un communiqué : « Manchester City se félicite de l'ouverture formelle d'une enquête, que le club considère comme une opportunité de mettre fin aux spéculations nées d'un piratage informatique illégal et de la publication de courriels de City sortis de leur contexte ».

La société Premier League, qui gère le championnat de première division anglaise, a déclaré le vendredi 8 mars qu'elle allait enquêter elle aussi sur Manchester City. Cette annonce faisait suite à un article du Times, affirmant qu'une douzaine de clubs envisageait d'écrire à Premiere League pour lui demander quelles mesures la société comptait prendre vis à vis de ces manquements au fair-play financier.  Un « geste sans précédent », précise le quotidien britannique.

https://twitter.com/YannFossurier/status/1104142397490020352

Gerard Lopez n'avait pas répondu à nos questions au moment de l'enquête, « la grande majorité des éléments demandés constituant des informations contractuelles et confidentielles qui n’ont pas vocation à être rendues publiques ni par moi ni par les autres parties ». Le patron du club de Lille est enfin sorti de son silence, dans une interview accordée au journal L'Equipe, publiée le samedi 9 mars. Il s'est contenté de préciser n'avoir joué aucun rôle actif dans cette affaire : « Je ne suis dans aucun mail (des Football Leaks) ». C'est ce que nous avions précisé dans notre article : si l'homme d’affaires hispano-luxembourgeois est actionnaire à 37,5% de Mangrove Founders, il n’apparaît jamais dans les échanges que nous avons pu consulter entre Mangrove et Manchester City.