«L’année 2019 ne m’aura rien épargné avec des tentatives "d’élimination" dont, je crois, je ne me relèverai jamais complètement, des poursuites et des épisodes médiatiques d’une cruauté innommable », s’indignait encore Gérard Caudron sur son blog le 30 décembre dernier. Une allusion à peine voilée à la publication de notre enquête sur la plainte qui le visait, déposée en mars 2018 par une employée communale. Ce qui n’aura pas empêché le maire de Villeneuve d’Ascq d’annoncer en octobre dernier, à l’aube de ses 75 ans, qu’il était officiellement candidat pour un 7ème mandat à la tête de la ville.

Pour l’édile, l’année 2020 commence bien : comme l’indiquait La Voix du Nord mardi, il a été relaxé dans l’affaire du texte du groupe frontiste dans le journal municipal de Villeneuve d’Ascq. Mais, plus important, nous venons d’apprendre que la plainte pour viols déposée contre lui avait été classée sans suite le 15 novembre dernier par le procureur de la République de Lille, « en l'absence d'élément suffisant pour caractériser les faits reprochés ».

Sollicité vendredi en fin d'après-midi, Gérard Caudron n’avait pas encore réagi à cette décision à l'heure où nous publions cet article. Le 29 avril dernier, il avait passé quatre heures dans les locaux de la Police judiciaire de Lille pour un interrogatoire qualifié d'éprouvant durant lequel il avait tout nié en bloc.

« Je trouve tellement injuste qu’il s’en tire comme ça… », souffle B.A.* , l’employée de mairie, aujourd’hui âgée de 61 ans, qui a porté plainte contre lui le 1er mars 2018. Elle l’accusait de trois viols qui remonteraient à mars 2008 . « Il se pose tout le temps en victime d’attaques et de calomnies, comme s’il s’agissait d’un complot politique dirigé contre lui… C’est tellement facile, de me décrédibiliser ainsi ».               

« Il faudra du temps pour que les gens parlent… »

L’ex-employée communale, qui vit désormais loin de Villeneuve d’Ascq, assure pourtant ne pas regretter sa plainte, pas plus que la médiatisation de celle-ci. « Arriver à en parler, ça m’a déjà aidée à retrouver une partie de moi-même, de la dignité. Je suis toujours en miettes à l’intérieur, mais j’ai relevé la tête. La vérité ne m’effraie plus », affirme-t-elle.

« Je sais bien qu’il [Gérard Caudron, NDLR] verrouille tout par la peur, il faudra du temps pour que les gens parlent. Quand ils ont appris ce qui m’était arrivé, mes anciens collègues m’ont dit qu’ils me croyaient, mais qu’ils ne comprenaient pas pourquoi j’avais attendu dix ans pour parler. Je donnais des alertes, mais je n’arrivais pas à m’exprimer clairement. J’attendais que quelqu’un ose aborder le sujet avec moi pour me libérer… »

La décision du procureur de la République n’étant pas définitive, elle envisage désormais de déposer un recours. « On m’a bien expliqué que j’avais 99,9% de chances que ça n’aboutisse pas, dit-elle. Mais je préfère quand même prendre le 0,1% de chances qui me restent, et me battre jusqu’au bout ! »