Mions, ton univers impitoyable… Dans cette petite ville (13 000 habitants) du sud de l’agglomération lyonnaise, rien ne semble apaiser les tensions qui entourent l’action du maire LR Claude Cohen. Pas même les vacances estivales ! Deux plaintes pénales déposées à quelques jours d’intervalle – l’une pour diffamation, l’autre pour atteinte au secret professionnel – sont venues, ces dernières semaines, raviver les passions autour du premier édile, qui n’a pas répondu à nos sollicitations. En octobre 2017, Mediacités vous avait raconté la situation explosive de cette municipalité, minée par des agents sous pression et un élu jugé « autoritaire » jusque dans son propre camp. Voici les derniers épisodes.

Une Mions> A (re)lire sur Mediacités Lyon : 

"Mions : une mairie au bord de l'explosion"

1/ Qui a tué le chien ?

C’est une guérilla pour le moins incongrue qui s’est joué à Mions cet été. Premier acte : la disparition soudaine de Gibbs, le berger allemand de la police municipale, retrouvé mort fin juillet. Aussitôt, Sophie Dujardin, ex-élue de la majorité qui a créé un groupe dissident avec une autre conseillère municipale en janvier dernier, se fend d’un texte Facebook pour dénoncer « les conditions de travail » du chien policier. En cause, selon elle, le non-remplacement du véhicule de transport de Gibbs, pour cause de réduction budgétaire décidée par Claude Cohen. Le chien aurait notamment souffert de la canicule.

« On peut parler de maltraitance », écrit Sophie Dujardin sur Facebook. Et d’interpeller le maire : « Monsieur Cohen, votre action vient de faire une victime : c'est honteux ! » Riposte immédiate de Claude Cohen, qui porte plainte pour diffamation contre son ancienne colistière. « J’ai été convoquée à la gendarmerie le 31 juillet, j’ai perdu une demi-journée de travail », raconte Sophie Dujardin. « Claude Cohen a vraiment un problème avec la liberté d’expression », conclut-elle. La plainte est rapidement classée sans suite.

2/ « Il a exposé ma vie privée »

Le deuxième épisode prête moins à sourire. Il concerne l’hébergement d’urgence de Mions. Depuis le mois d’avril, l’appartement de la municipalité, un T1 dans une résidence pour personnes âgées, était mis à la disposition de Pamela Matéos, 36 ans, en rupture familiale et mère d’une fille autiste de six ans. Début juillet, la jeune femme est expulsée à la demande du maire. Celui-ci estime que la durée initiale de prise en charge de quinze jours est dépassée. « J’avais pourtant signalé que j’allais bénéficier d’un logement social deux semaines plus tard », souligne l’intéressée. Le délai est refusé par Claude Cohen. Pour lui, le dossier relève de la métropole de Lyon.

L’histoire aurait pu en rester là. Mais le 5 août, Paméla Matéos décide de porter plainte contre Claude Cohen pour « divulgation d’informations confidentielles ». A plusieurs reprises, le maire aurait rendu public des éléments du dossier, rompant le secret professionnel auquel il est tenu en tant que président du Centre communal d’action sociale (CCAS). Fin juin, quelques jours avant l’expulsion, l'élu s’est rendu dans l’immeuble de la jeune femme. Le ton serait monté au sujet de la situation de Paméla Matéos. « Il s’est mis à crier devant tout le monde qu’il s’en foutait que mon père m’avait mis dehors et que j’étais sans ressources, qu’il fallait que je parte. Il a exposé ma vie privée », raconte-t-elle. Contacté, le directeur de l’établissement où se trouve le petit logement affirme ne pas avoir assisté à la scène.

Quelques jours plus tard, lors du conseil municipal du 5 juillet, Claude Cohen évoquera à nouveau la situation de la jeune femme – sans toutefois la nommer –, en réaction à un article du Progrès publié deux jours plus tôt. « Le dossier que j’ai concernant cette personne est épais, il doit faire au moins trois kilos », lance le maire, avant de laisser une adjointe évoquer « un contexte personnel et familial particulièrement douloureux que nous ne pouvons commenter plus avant ». Pour Paméla Matéos, le mal est fait : « Toute la ville connaît ma situation de A à Z ! » Claude Cohen devrait être entendu dans le cadre de l’enquête en cours, à la suite du dépôt de plainte.

Dans les épisodes précédents…

Comme nous l’écrivions en décembre dernier, la situation tendue au sein de la mairie de Mions est à l’origine de deux démarches parallèles. D’un côté un « audit organisationnel », porté par le maire, et qui cible plutôt le travail des cadres de la commune. « C’est un outil de management, certes intéressant, mais pas le plus adapté en cas de malaise social. Le maire donne le change et gagne du temps avec cet audit », estime une source proche du dossier. 

D’un autre côté, une évaluation des risques psycho-sociaux a été initiée par le Comité hygiène sécurité et conditions de travail (CHSCT) de la commune, en juin 2017, pour évaluer et prévenir le mal-être des agents. Plus d’un an après, la procédure tourne au ralenti. Le cahier des charges de l’évaluation vient seulement d’être validé et une procédure de consultation a été lancé au début de l’été pour désigner le cabinet d’audit chargé de le mettre en œuvre. Bref, le dossier traîne. « Ça coince au niveau de l’administration, pilotée par le maire, avance un observateur. On a perdu un an. Tout aurait dû être bouclé fin 2017. » A ce rythme, le résultat pourrait ne pas être connu avant les municipales de 2020.