Comme si le béton les avait avalés. A la centrale nucléaire du Bugey, 300 litres de lait de chaux ont disparus, quelques mois seulement après le redémarrage du réacteur 5 en juillet 2017. Embêtant, voire très embêtant, car cette solution liquide  a été utilisée par EDF pour colmater une brèche dans l’enceinte de confinement (le bloc qui renferme le cœur du réacteur). Mediacités vous l’avait raconté en novembre 2017 : l’état de la pile nucléaire numéro 5 du Bugey, mise en service à la fin des années 1970, est préoccupant. Depuis 2011, elle présente des défauts d’étanchéité qui ont conduit l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) à exiger son arrêt en 2015, jusqu’à ce rafistolage inédit à base de lait de chaux.     

Mais la rustine s’avère moins efficace que prévue. Les résultats des mesures effectuées à l'endroit de la brèche montrent que le niveau du liquide protecteur baisse de façon continue à raison de cinquante litres par mois. A cinq reprises, EDF a procédé à des appoints pour garantir l’étanchéité de l’enceinte. De l’aveu même de Pierre Boyer, le directeur de la centrale, « la baisse est plus importante que celle anticipée ». Selon l’exploitant, le phénomène serait dû à l’imbibition : en clair, le béton du radier (la dalle qui se trouve sous le réacteur) « boit » une partie du lait de chaux… Santé !

Liner percé, nappe phréatique menacée ?

« C’est un phénomène connu, qui existe », indiquait Pierre Boyer lors d’une réunion de la Commission locale d’information (CLI) du Bugey en février dernier. Certes, mais de l’avis de l’ASN, cela demande des investigations supplémentaires. « La solution n’est pas aussi performante que ce qui avait été prévu par EDF, explique Olivier Veyret, chef adjoint de la division de Lyon du gendarme du nucléaire. L’exploitant avait anticipé une baisse mais pas dans ces proportions ».  

Que deviennent les litres de lait de chaux disparus ? Restent-ils dans le béton de l’enceinte de confinement ou s’échappent-ils à l’extérieur ? Stop Bugey redoute ce dernier scénario : « Il y a un liner entre le béton à l’intérieur de l’enceinte et celui à l’extérieur, mais il est percé ! Le lait de chaux peut passer du béton à la nappe phréatique », s’inquiète Claude Cassé, membre du collectif anti-nucléaire qui avait prédit que ce « rafistolage » ne tiendrait pas. « Il n’y a aucune résurgence hors du bâtiment réacteur », assure de son côté Pierre Boyer.       

Depuis juillet dernier, le réacteur malade de la centrale du Bugey est de nouveau à l’arrêt pour maintenance programmée. EDF en profite pour mener des investigations afin de comprendre où disparaît le fameux liquide. A la recherche du mystérieux lait de chaux…