Le médecin Cyrille Isaac-Sibille rencontrait régulièrement les laboratoires avant son élection à l’Assemblée nationale. Cela n'a pas changé depuis. Le 22 juin 2017, au lendemain de son entrée au Palais Bourbon, le tout nouveau député (MoDem) du Rhône dîne aux frais de Zambon France. « Il a assisté avec 14 autres médecins ORL à un dîner de formation continue », précise Pascal Brossard, directeur général du laboratoire. 

Dix mois après une première série d’enquêtes sur le lobbying de l’industrie pharmaceutique (dans les CHU, les fac de médecine comme à Lyon Sud ou auprès des députés médecins tels Jean-Louis Touraine (LREM) ou Cyrille Isaac-Sibille), Mediacités s’est à nouveau penché sur la base Transparence santé qui recense tous les avantages offerts par les laboratoires aux professionnels de la santé. Une obligation qui a vu le jour à la suite du scandale du Mediator. Pour Cyrille Isaac-Sibille, la pêche fut donc bonne.

Deux jours après notre enquête, le 8 février 2018, rebelote ! Cyrille Isaac-Sibille est invité par Menarini France, avec qui il signe une « convention d’hospitalité » (qui équivaut en général à un contrat d’orateur pour une intervention lors d’un colloque, ndlr).

Capture d’eěcran base Transparence avantages
Capture d’écran de la base Transparence Santé.

Le 20 février 2018, c’est avec Becton Dickinson France que Cyrille Isaac-Sibille signe une « convention d’hospitalité ». Impossible de savoir si le député bénéficie en échange d’une rémunération puisqu’aucun montant n’est précisé sur le site - alors que la règle l’impose depuis le 1er juillet 2017. Et ni Menarini France ni Becton Dickinson France n’ont répondu à nos demandes d’interview. Un dernier lien d’intérêts est répertorié dans la base Transparence santé : le 3 avril 2018, Novartis règle l’addition pour Cyrille Isaac-Sibille. Le service communication du laboratoire indique qu’il s’agissait ce jour-là d’« une table ronde portant sur des contenus scientifiques au cours de laquelle il y a eu un repas ».

Sur le podium des députés les plus gâtés

Cyrille Isaac-Sibille n’a pas répondu, lui non plus, à nos sollicitations. Il ne l’avait pas fait davantage avant notre premier article, ce qui ne l’avait pas empêché de s'épancher par la suite dans d’autres médias. Notre classement, réalisé en partenariat avec l’association l’association Regards citoyens, plaçait Cyrille Isaac-Sibille sur la troisième marche du podium des députés les plus gâtés par les laboratoires entre 2012 et 2016.

 

En épluchant la déclaration d’intérêts 2017 du député, nous avions aussi révélé qu’il détenait 92 actions du fleuron français Sanofi. Deux députés de La France Insoumise, Adrien Quatennens et Jean-Hugues Ratenon, l'ont depuis directement interpellé à ce sujet en commission. 

Il est impossible de savoir si Cyrille Isaac-Sibille possède toujours ces actions : le détail de ses investissements dans 34 grands groupes n’apparaît plus dans sa dernière déclaration d’intérêts, en date du 18 septembre 2018. Ce qui est sûr, en tout cas, c’est que l’industrie pharmaceutique continue d’entretenir des relations de grande proximité avec lui. Jusqu’à son élection, elle ciblait l’ORL dans le but d’influencer ses prescriptions ; depuis, l’industrie pharmaceutique cherche surtout à peser sur l’élaboration des textes. On comprend pourquoi : Cyrille Isaac-Sibille occupe un poste clef puisqu’il est devenu secrétaire de la Commission des affaires sociales. Celle qui prépare et vote les lois sur la santé...

Qu'en est-il des autres députés médecins ?

Nos recherches sur la base Transparence santé montre que seuls quatre des vingt-cinq députés médecins ont continué d’entretenir des liens d’intérêts avec l’industrie pharmaceutique depuis le début de la mandature (juin 2017) : Jean-Pierre Door (LR), Olivier Véran (LREM), Paul-André Colombani (député de Corse non-inscrit)...et Cyrille Isaac-Sibille. 

Egalement épinglé par Mediacités en février, Jean-Louis Touraine (LREM, Rhône) n’apparaît plus sur la base Transparence Santé depuis le 18 octobre 2016. Pour Michel Lauzzana (LREM, Lot-et-Garonne), cela remonte au 13 avril 2016 et au 10 mars 2016 pour Jean-François Eliaou (LREM, Hérault). Même la championne des liens d’intérêts de l’Assemblée nationale, Stéphanie Rist (LREM, Loiret) ne figure plus sur le site depuis son entrée au Palais Bourbon.