La semaine dernière, Mediacités évoquait la situation de l’entreprise Béton Lyonnais, installée au nord de Décines, à deux pas d’une zone de captage d’eau potable de la Métropole de Lyon. « Les services de l’Etat s’interrogent sur une éventuelle pollution du site par la société », écrivions-nous alors. Cette pollution est désormais avérée.

Un rapport d’inspection de la Dreal, la « police de l’environnement », auquel Mediacités a eu accès [voir le document plus bas], montre en effet que l’entreprise, spécialisée dans la fabrication de béton prêt à l’emploi, a déversé de manière régulière les eaux de nettoyage de ses « camions malaxeurs » (couramment appelés « camions-toupies »), à même le sol, jusqu’à former une plaque de béton sur le site.  

Ce contrôle a été effectué le 12 juillet 2019. A l’origine, il s’agit pour les inspecteurs d’un contrôle de routine, après qu’un voisin s’est plaint du bruit et des poussières liés à l’activité de l’entreprise. Mais, une fois sur place, les fonctionnaires de la Dreal relèvent plusieurs « non conformités ».

« L’eau de nettoyage s’écoule à même le sol »

Principal problème : l’eau utilisée pour nettoyer les camions après les livraisons de béton sur les chantiers ne fait pas l’objet d’un traitement approprié. « L’eau de nettoyage des camions malaxeurs s’écoule à même le sol », écrivent les inspecteurs, précisant que cette mauvaise habitude « a conduit à la formation d’une surface bétonnée dans laquelle de nombreux déchets sont pris en masse (bouteilles de gaz, déchets métalliques…) ». Une véritable dalle, coulée sur une décharge, comme en témoignent les photos du rapport. Un détail qui ne surprend guère : suivi depuis près d’une dizaine d’années, le site a en effet déjà été épinglé par le passé pour stockage illégal de déchets.

Capture
L'écoulement des eaux de nettoyage des camions malaxeurs ont formé une véritable dalle de béton sur le sol. Photos tirées du rapport d'inspection de la Dreal / document Mediacités.

Mais la situation prend ici une tournure plus inquiétante. Comme le souligne le rapport, « le secteur où le nettoyage des camions malaxeurs a lieu est situé en zone de protection du captage de la "Rubina" ». Un périmètre particulièrement sensible, car susceptible d’alimenter l’ensemble du Grand Lyon en eau potable. L’inspection réclame donc « l’arrêt du rejet des eaux de lavage » conformément à un arrêté de 2011 qui « interdit le rejet direct ou indirect d’eaux susceptibles d’être polluées dans une nappe souterraine ».

Le rapport d'inspection de la Dreal : 

20190724-RAP-INSP-BETONLYONNAIS_vs (1)

D’autres irrégularités sont également relevées par la Dreal. Les inspecteurs constatent ainsi la présence d’un forage dans lequel la nappe phréatique est « affleurante ». Problème : « L’exploitant n’a pas pu fournir la déclaration de ce forage auprès des services de l’Etat », mentionnent les inspecteurs. De plus, « aucune protection n’est mise en place » autour de ce forage, notent-ils.

La Dreal constate également « la présence d’eau souillée par les hydrocarbures au fond de la fosse dédiée aux opérations d’entretien des engins », notamment de l’huile de vidange, et note que « l’étanchéité en fond de fosse ne semble pas assurée ». De quoi rappeler des souvenirs : en 2010 déjà, une précédente inspection avait noté la présence d’une « forte odeur d’hydrocarbure » au niveau d’un forage situé sur le site, sans que l’origine de cette odeur ne soit établie.

L’entreprise mise en demeure

Le rapport a été transmis dans la foulée à la préfecture, qui a adressé le 24 août un arrêté de mise en demeure à Béton Lyonnais. Les services de l’Etat considèrent « que l’exploitation de l’installation dans des conditions irrégulières peut présenter des dangers et inconvénients pour l’environnement ». Ils demandent à l’entreprise de cesser immédiatement tout rejet des eaux de nettoyage des camions-toupies. La société doit remettre en état la zone, évacuer les déchets présents sur place et mettre en place dans les trois mois un système de récupération et de traitement des eaux industrielles de nettoyage. L’exploitant doit aussi fournir des documents concernant le forage repéré sur le site et démontrer l’étanchéité de la fosse souillée aux hydrocarbures.

Reste à savoir si les services de l’Etat s’assureront de la mise en conformité de cette installation : interrogée par Mediacités lors de notre précédent article, la Dreal avait fait savoir que ce site n’était pas prioritaire et que son suivi avait été suspendu depuis 2015.

A la suite de la publication de notre article, la voisine de la centrale à béton à l'origine de la plainte auprès de la Dreal a lancé une pétition en ligne, consultable ici
Mathieu Périsse
Mathieu Périsse collabore avec Mediacités Lyon depuis juin 2017, convaincu de la nécessité d’une information locale indépendante et percutante. Lyonnais de naissance, il a d’abord travaillé pour la radio (Radio France, RTS), notamment lors de reportages longs-formats à l’étranger (Afghanistan, Biélorussie, Chypre, Burkina Faso…). Membre du collectif de journalistes We Report, il écrit régulièrement pour Mediapart, journal pour lequel il a enquêté pendant un an sur la pédophilie dans l’Eglise catholique (également en lien avec Cash Investigation).