Comme Mediacités l’a raconté dans le détail à l’occasion d’une enquête en deux volets publiée à l’automne dernier [à retrouver ici et ], GL Events s'emploie à rassurer ses investisseurs depuis le début de la crise sanitaire : sa trésorerie, qui s’élevait à 400 millions d'euros au 31 décembre 2019, lui permettra de passer la crise. Ce qui n'empêche pas le géant mondial de l’événementiel, qui exploite une cinquantaine de parcs des expositions et centres des congrès en France, de faire le siège des collectivités pour obtenir des aides sonnantes et trébuchantes. Avec succès.

D’après nos informations, le Grand Lyon a consenti au groupe d’Olivier Ginon une ristourne de 782 000 euros sur la redevance d'un million d'euros que sa filiale dédiée à l’exploitation du Centre des congrès, situé à la Cité internationale, lui verse chaque année. S'y ajoute un report de 325 000 euros pour les provisions liées à l'entretien du bâtiment en 2020. Pour mémoire, en juin 2020, le Grand Lyon avait déjà voté une enveloppe de 500 000 euros d'aides destinée à Eurexpo, l’autre grand équipement de l’agglomération confié à GL Events.

1,1 million d'euros d'économies grâce au chômage partiel

Aux aides des collectivités locales s'ajoutent celles de l'État : rien que pour le Centre des congrès de Lyon, GL Events estime avoir réalisé 1,1 million d'euros d'économies sur la masse salariale grâce à l'activité partielle de ses salariés, payée par la puissance publique, comme nous l’apprend cet extrait, ci-dessous, du compte-rendu du comité social et économique (CSE) de l’entreprise de septembre dernier.

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Extrait du compte-rendu du CSE du 23 septembre 2020.

Dans un entretien accordé au site de Le Tout Lyon ce 4 janvier, Anne-Marie Baezner, directrice des trois sites lyonnais gérés par GL Events (Centre des congrès, Eurexpo et La Sucrière), indique que « 70 % des collaborateurs lyonnais » ont été placés en activité partielle courant 2020. Le 15 décembre, la direction du Centre des congrès a d'ailleurs informé les représentants du personnel, lors d'un CSE extraordinaire, qu'une demande de prolongation de l'activité partielle jusqu'au 30 juin 2021 avait été déposée auprès de la Direccte (la Direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l’emploi).

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Le siège social de GL Events, dans le quartier de la Confluence. Photo : N.Barriquand/Mediacités.

Pour autant, les aides publiques n'empêchent pas le groupe basé à la Confluence de licencier. À Lyon, la direction du Centre des congrès a présenté aux représentants du personnel, le 23 septembre 2020, un « projet de licenciement collectif pour motif économique de moins de 10 salariés ». Sept agents sur 55 sont concernés. Les entretiens préalables au licenciement ont eu lieu courant décembre et les préavis courent jusqu'en mars. Sollicité pour savoir si des départs sont prévus sur les autres sites lyonnais, GL Events nous a simplement répondu, par un mail de la directrice de communication, que « chaque société gère de façon autonome ses ajustements de structure (ici, en l’occurrence, le Centre des congrès) ».

Un « saucissonnage » dénoncé par la CFDT S3C Rhône Loire dans un courrier envoyé aux élus du Grand Lyon fin décembre, dont Mediacités a pris connaissance [voir le document ci-dessous].

capture lettre CFDT -converti

« La Métropole de Lyon a accordé une exonération de loyer de 800 000 euros (9 mois de loyer), écrit aussi le syndicat. Contre quels engagements ? (…) Nous rappelons ici, comme dans d’autres grandes villes, que les délégations de service public (DSP) sont accordées pour une longue durée, vingt ans pour le Centre de congrès de Lyon, soit jusqu’en 2038, et que les pertes 2020 de GL Events seront largement supportables sur la durée. » Comme nous l'écrivions dans notre précédente enquête, dans sa communication, le groupe utilise le même argument de ces échéances à long terme pour rassurer ses investisseurs.

« La très bonne écoute de la nouvelle gouvernance de la Métropole de Lyon »

Sollicitée, la première vice-présidente de la Métropole de Lyon, Emeline Baume (EELV), chargée de l’économie et de l’emploi, s’était engagée à nous répondre lors d’un entretien téléphonique ce mardi 5 janvier. Las… L’élue n’a pas pu honorer notre rendez-vous suite à un « contretemps ». Le service presse du Grand Lyon nous confirme cependant qu'elle a bien pris connaissance du courrier de la CFDT.

Par écrit, Emeline Baume nous indique « qu’il est important de dissocier la réalité du groupe GL Events et le cadre de la DSP ». « La Métropole ne peut pas s'immiscer dans les choix de gestion du délégataire », souligne-t-elle. De fait, la collectivité ne peut pas empêcher le groupe de licencier au sein de sa filiale, mais elle peut tout à fait conditionner ses aides à une politique de maintien de l'emploi. Et rien ne l'obligeait dans le contrat qui la lie à GL Events à consentir à un geste financier, comme le démontrait notre précédente enquête.

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Emeline Baume, première vice-présidente de la Métropole. Photo : NB/Mediacités.

La numéro 2 de la Métropole assure que « le critère de l’emploi pérenne et qualitatif sera abordé à nouveau avec le délégataire dès le premier trimestre 2021 ». Le 14 décembre, lors du dernier conseil métropolitain, les élus ont approuvé l'engagement de la collectivité de « réviser plus globalement le contrat afin de l’adapter au nouveau contexte du secteur de l’événementiel à moyen et long termes ».

En attendant, dans l’entretien à Le Tout Lyon, Anne-Marie Baezner se félicite de « la très bonne écoute de la nouvelle gouvernance de la Métropole de Lyon dans cette crise inédite pour l’événementiel ». Pour remercier un geste de 782 000 euros, c’est bien la moindre des choses…

Nos précédentes publications sur GL Events

https://www.mediacites.fr/enquete/lyon/2020/10/27/gl-events-face-au-covid-19-quand-le-geant-de-levenementiel-demande-aux-collectivites-de-passer-a-la-caisse/

https://www.mediacites.fr/enquete/lyon/2020/11/03/deurexpo-au-centre-des-congres-avant-la-crise-plus-de-34-millions-deuros-amasses-a-lyon-par-gl-events/

Isabelle Jarjaille
Journaliste indépendante​ depuis 2011​, j'enquête sur la gestion des services publics par le privé et son impact sur les finances publiques.​ ​Mon livre enquête "Services publics délégués au privé, à qui profite le deal ?" est sorti le 27 mars 2018​. ​Je suis également en charge du cours Techniques d'enquête en licence Info Com à l'IUT de Lannion et je porte un projet d'éducation aux médias dans deux lycées agricoles. Je suis membre du bureau du Club de la presse de Bretagne, pour promouvoir les médias et ceux qui les font au quotidien : les journalistes, notamment les pigistes.