« Une actualité en chasse une autre » ; « Les médias zappent les sujets les uns après les autres »… Ces reproches fréquemment entendus sont légitimes. A Mediacités, nous avons à cœur de suivre nos enquêtes. Pour cela, nous publions régulièrement des « compléments d’enquête ». Nous avons aussi décidé pendant cette période de fin d’année de nous replonger dans nos archives avec une question en tête : que s’est-il passé depuis telle ou telle publication ? Cette semaine, nous retournons du côté de Nozay et de ses éoliennes, au FC Nantes de Waldemar Kita et dans les coulisses d'un projet urbain controversé sur l'île de Nantes.

I - Le mystère des éoliennes de Nozay demeure toujours aussi inquiétant.

Rappel des faits – En février 2019, Mediacités est le premier média à s’intéresser de près au mal mystérieux qui touche des éleveurs et leurs troupeaux de vaches depuis l'implantation d'un parc éolien à Nozay, entre Nantes et Rennes, en 2012. Plusieurs centaines de bêtes mortes en quelques années, du lait impropre à la consommation, des animaux au comportement inhabituel, des habitants malades… Depuis leur mise en service, les voisins des éoliennes, construites par l’entreprise toulousaine ABO Wind et exploitées par un énorme fonds d'investissement allemand KGAL, font face à des phénomènes aussi alarmants qu’inexpliqués. Et malgré une vingtaine d’études diverses et variées, les services de l’État semblent désemparés face à la situation.

https://www.mediacites.fr/enquete/nantes/2019/02/14/sante-linquietant-mystere-des-eoliennes-de-nozay/

Et depuis ? – La longue enquête publiée dans Mediacités a permis de placer la situation des agriculteurs de Nozay sur le devant de la scène. Suite à nos informations, reprises par de nombreux médias locaux et nationaux (France Inter, Europe 1, Le Parisien), les autorités diligentent de nouvelles études fin février 2019. Celles-ci doivent déterminer si les éoliennes sont responsables de la surmortalité bovine. Sans succès. En juillet, retour au point de départ : les experts mandatés par le gouvernement ne sont pas parvenus à dissiper le mystère. « Si les troubles et symptômes chez l'homme et l'animal sont confirmés sur ce secteur, aucun élément ne permet, en l'état de la connaissance scientifique et des études conduites, d'établir le lien direct avec le fonctionnement du parc éolien », explique la préfecture de Loire-Atlantique.

Les recherches ne s’arrêtent pas pour autant. Début 2020, de nouvelles études devraient être lancées pour déterminer le rôle joué par le câble électrique de 20 000 volts qui relie le parc éolien au réseau ERDF. Si celles-ci s’avéraient à nouveau non concluantes, l’État envisagerait alors l’arrêt total du parc pour une durée longue. Suffisamment, en tout cas, pour faire la lumière sur cette affaire qui, de l’aveu même de la préfecture, « jette une zone d’ombre » sur toute la filière éolienne et bloque son développement dans le département. 

II - Waldemar Kita, ses holdings belges et les enquêteurs du fisc.

Rappel des faits - « Waldemar Kita, ses holdings belges et l’argent du FC Nantes »… C’est ainsi qu’en mars 2018 nous avions titré le premier volet d’une longue série d’enquêtes sur les finances de celui qui tient les rênes du club de football nantais depuis 2007. Entre autres révélations sur les mouvements d’argent autour des Canaris, nous y expliquions comment, pour mener ses affaires personnelles comme celles du club, l'homme d'affaires franco-polonais utilisait des sociétés holdings domiciliées en Belgique et au Luxembourg. Une pratique qui lui permet d’échapper pour partie à la fiscalité française. Interrogé dans le cadre de cette enquête, un fin limier du fisc nous confiait : « Je suis étonné que rien de plus n’ait été fait sur ce dossier à Paris depuis tout ce temps ».

https://www.mediacites.fr/enquete/nantes/2018/03/22/waldemar-kita-sa-holding-belge-et-largent-du-fc-nantes/

Et depuis ? – Le 19 février 2019 au matin, des enquêteurs déboulaient dans les bureaux du FC Nantes à La Jonelière, et dans ceux de Waldemar Kita à Paris. On apprenait dans la foulée que des investigations sur « la situation fiscale personnelle » du président du club avaient été lancées par le Parquet national financier. Si l’enquête est toujours en cours, l’annonce de son ouverture sonnait à l’époque immédiatement le glas du projet de nouveau stade à La Beaujoire, largement contesté localement. « Elle rend impossible la cession d’un terrain public à son profit », expliquait la maire de Nantes, Johanna Rolland, qui trouvait là l’occasion de clore un dossier bien mal engagé.

Furieux de cet abandon, Waldemar Kita n’est pas resté inactif. Il y a quelques jours, une enquête de Presse-Océan révélait que l’homme d’affaires serait sur le point de se porter acquéreur de plusieurs parcelles autour du lieu-dit La Marionnière à Pont-Saint-Martin. L’objectif ? Pas encore y construire la nouvelle enceinte moderne dont il rêve depuis des années, mais y transférer le siège et le centre de formation du FC Nantes, historiquement situés à La Jonelière. « Difficile de ne pas y voir une revanche, si ce n’est une forme de vengeance de la part de Waldemar Kita, qui n’a jamais digéré l’abandon du projet YelloPark et de son nouveau stade », écrivent nos confrères de Presse-Océan.

La question de l’avenir de La Beaujoire et de la construction d’un nouveau stade s’est, quant à elle, à nouveau immiscée dans le débat politique. A l’initiative de l’association de supporters « A la Nantaise » (opposants historiques au projet de nouveau stade et fervents défenseurs d’un actionnariat populaire pour le FC Nantes), les cinq candidates à l’élection municipale de mars prochain en ont débattu le 11 décembre dernier. Sans que la rencontre ne donnent lieu à de fracassantes annonces. Si la tête de liste Les Républicains, Laurence Garnier, a une nouvelle fois promis l’organisation d’un référendum sur la construction d’une nouvelle enceinte, ses adversaires se sont plutôt concentrés sur la rénovation du stade existant et sur la manière dont les relations avec le club et sa direction devraient évoluer, alors que l’actuelle convention d’exploitation et d’occupation arrive à échéance en 2021.

III - Quand le mélange des genres finit par semer la discorde à Ilink.

Rappel des faits - S’il produit parfois de belles réussites, le « jeu à la nantaise » tant vanté par les acteurs institutionnels de la métropole occasionne aussi de temps en temps de troublantes dérives. Illustration avec cette enquête qui mêlait urbanisme, démocratie participative et proximité avec le pouvoir politique. En janvier 2019, nous dévoilions comment la construction de l’ensemble immobilier Ilink, sur l’île de Nantes, avait donné lieu à un curieux mélange des genres : 531 000 euros de subventions publiques versés à une association censée « co-construire » avec ses futurs habitants l’aménagement et les usages des bâtiments Ilink. Une association dirigée par un proche du PS et de la mairie, Gildas Maquaire, dont l’agence Scopic avait assuré la communication de la candidate Johanna Rolland lors de la campagne municipale de 2014. Une association qui, pour réaliser la conception participative du programme, s’était appuyée sur de faux futurs habitants.

https://www.mediacites.fr/enquete/nantes/2019/01/31/ilink-ce-beau-projet-urbain-qui-mele-argent-public-interets-prives-et-copinage/

Et depuis ? – Un peu moins d’un an après nos premiers articles et l’inauguration du bâtiment, nous sommes retournés à Ilink pour voir comment les choses fonctionnaient. Et on est toujours loin de « l’aventure humaine et urbaine hors du commun » promise à aux débuts du projet. Nos précédents articles ont incité les résidents d’Ilink à s’intéresser de près à la façon dont avait été montée l’opération. Ils ont notamment découvert que les services promis n’étaient pas financés et qu’on leur réclamait même de l’argent pour les faire fonctionner. Une surprise qui a suscité de très vives tensions, qui se sont cristallisées autour du cas de l’emblématique Conciergerie, dont l’existence est remise en cause faute de modèle économique viable. Johanna Rolland explique aujourd'hui que « si c’était à refaire », elle demanderait à l’ensemble des acteurs « une formalisation publique » de leurs missions. Il est à noter que Gildas Macquaire et son agence Scopic n’assure pas la communication de la campagne de la maire sortante pour les prochaines élections municipales.

https://www.mediacites.fr/enquete/nantes/2019/11/28/projet-urbain-ilink-apres-le-copinage-politique-la-discorde-et-les-frais-imprevus/

Benjamin Peyrel
Co-fondateur de Mediacités et rédacteur en chef de son édition nantaise. Avant de me lancer dans cette aventure, j'ai débuté au quotidien La Croix et suis passé par différentes rédactions (L’Humanité, Le Parisien, etc), avant de rejoindre L’Express et d'écumer préfectures et sous-préfectures pendant dix ans. Je m’intéresse notamment aujourd’hui aux montagnes de données que les collectivités comme les citoyens produisent quotidiennement et aux moyens de les utiliser pour faire avancer l'information.