Dans nos récentes enquêtes consacrées à la politique de la ville en matière de vélo, nous avions imaginé que Nantes pourrait perdre sa place sur le podium de la Fédération française des usagers de la bicyclette. Nous nous sommes trompés : dans le classement révélé ce soir, elle reste deuxième parmi les villes de plus de 200 000 habitants. Toujours derrière Strasbourg, mais devant Rennes, Paris et surtout Bordeaux (pour les amateurs de statistiques et les curieux, le tableau complet et de nombreuses données sont disponibles à la fin de cet article). Un joli résultat, d’autant plus frappant qu’il se base sur le ressenti des habitants… Comme s’il y avait un fossé entre un sentiment général plutôt positif d’un côté, et les exigences de militants vélo intransigeants, de l’autre. Pour en avoir le cœur net, nous avons donc cherché à obtenir des explications auprès du président de la FUB. Et ses réponses dressent un tableau plus contrasté que ce que ce beau classement pourrait laisser croire.

Mediacités : Qu’est-ce qui différencie le baromètre de la FUB des autres classements qui existent sur le vélo, dans lesquels Nantes a récemment rétrogradé ?

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Olivier Schneider

Olivier Schneider : Nous, à la FUB, on n'évalue rien. On donne la parole aux citoyennes et aux citoyens. On a dupliqué une méthodologie européenne qui existait. Donc n'est pas la FUB qui vient avec son double décimètre, mesurer la largeur des pistes cyclables ou regarder s'il y a des trous dans la chaussée. C'est vraiment le ressenti des habitants, parce que finalement, c'est ça qui compte, que les gens se saisissent de la piste cyclable et se déplacent à vélo. L'opération durait trois mois et on est très content d'avoir eu 3000 réponses à Nantes, parce que ça permet de vraiment démontrer la robustesse de nos tables. Ça ne veut pas dire que l'interprétation de ces résultats est très facile, mais on a quelque chose d’interprétable.

Nantes arrive sur la deuxième marche du podium. Pourtant, les communautés cyclistes locales sont assez - voire très - critiques vis-à-vis du bilan vélo…

Je vous avoue que ça n’arrange pas du tout Place au Vélo (la plus grosse association de cyclistes nantaise, NDLR) que Nantes soit sur le podium ! Ils disent “Comment peut-on être parmi les meilleurs alors que la situation n'est pas terrible”. Et ils ont raison de critiquer. Cela montre surtout où l’on en est en France : même les villes sur le podium ont beaucoup de choses à améliorer... Nous, vu les enjeux, nous restons dans les grandes mailles. Mais c’est aux médias d’analyser les dynamiques locales dans le détail.

classementFUB2019

Quand on observe dans votre baromètre l’évolution, points par points, entre 2017 et 2019, Nantes obtient des résultats négatifs pratiquement partout… Comment expliquer ce paradoxe : un recul sur presque tout et une deuxième place sur le podium ?

L’explication est simple : ce que fait la ville est mieux… mais les exigences des cyclistes croissent plus vite que la performance de la ville. Tout simplement parce qu’ils vont voir ce qu’il se passe à Paris, à Grenoble ou qu’ils partent en vacances aux Pays-Bas, en Allemagne ou au Danemark… Je pense vraiment que Nantes s'est trompée et a juste déroulé ce qui était planifié il y a X années. Mais à la question “est-ce que ça s’est amélioré ou pas”, 83% des répondants trouvent que ça ne s'est pas dégradé. Là-dedans, 28% trouvent que c’est resté identique. Et 55% considèrent que ça s’est amélioré globalement.

Mais ils donnent une note moins bonne qu’avant…

Oui, car ce qui permettait d'obtenir un 4, un 5 ou un 6 il y a deux ans, permet d'obtenir un 3 cette année. C’est pourquoi des villes sur le podium, Nantes ou Rennes, n’ont en réalité pas vraiment amélioré leur dispositif vélo. Alors que dans des villes absentes du classement, les points de satisfaction augmentent fortement !

Des exemples ?

Si vous regardez l'évolution 2017-2019 à Grenoble, il n’y a pas photo : ça augmente partout, y compris sur le point faible que constitue le vol des vélos. 86% des répondants trouvent que ça s'est amélioré. Et même si j’ai vraiment beaucoup de choses à redire sur ce qui est fait à Paris, 85% des répondants considèrent là aussi que la situation s’est améliorée. Et il est clair qu’à côté de ces villes, Nantes, mais aussi Strasbourg, vivent sur leurs acquis. Il y a des progrès, heureusement, mais ça ne va pas du tout à la bonne vitesse par rapport à la hausse des attentes. Nantes reste sur le podium d’abord grâce à son histoire.

CarteFUB 2019
Capture de la carte établie par la FUB / FUB

Quel regard portez-vous sur la situation du vélo à Nantes ?

Pour tout vous dire, pour moi le vrai problème de Nantes a été le fameux “Il ne faut pas opposer les modes” de Johanna Rolland. Attention, j’ai beaucoup de respect pour tout ce qu'elle a fait. Mais à un moment, si vous n'assumez pas que pour faire de la place aux piétons et aux cyclistes, il faut remettre en cause la façon dont est réparti l'espace public, vous ne faites que des mécontents. Parce que de toute façon, dans les faits, vous enlevez de la place à la voiture. C'est la seule façon de faire, notamment dans les villes denses. Ce que je vois à Nantes, ce sont beaucoup d'aménagements cyclables pour lesquels on s'est trompé de cible. En France, en 2020, l’objectif doit être de faire en sorte que vous et moi soyons suffisamment rassurés pour laisser notre fille de 12 ans aller à vélo au collège. Tant que les aménagements restent pensés pour faire joli sur une carte ou pour satisfaire ceux qui font déjà du vélo, on n’est pas dans le vrai progrès. A Nantes, on a voulu vite construire un réseau et ça n’a pas abouti. Évidemment il y a le Cour des 50 otages, qui est exceptionnel. Enfin, en termes de largeur, parce que je ne recommanderai à aucune ville de faire ça. A Paris, quand Anne Hidalgo a voulu faire une piste cyclable au milieu des champs Elysées, les cyclistes, les associations et les membres locaux de la FUB l'en ont dissuadé. Donc, non, on ne peut vraiment pas dire qu’il y a un modèle à suivre à Nantes. »

>>> Cliquez sur l'image ci-dessous pour accéder au tableau complet des résultats ou rendez-vous  le site de la FUB

TableauFUB

Nos précédentes enquêtes sur le vélo à Nantes :

 

Si la FUB ne révélait son classement que ce soir, nous avons pu – à condition de respecter l’embargo – consulter les données sur lequel il se base en avant-première. Et si Nantes peut évidemment se féliciter de conserver sa place sur le podium, mieux vaut néanmoins éviter tout triomphalisme : les chiffres de l’association ne sont pas si favorables que ça. Sur les questions liées à la sécurité, par exemple, la ville obtient à peine la moyenne (3,5), et parfois beaucoup moins : 2,5 pour la sécurité aux intersections (5e position), 2,4 pour celle des enfants et personnes âgées (2e position).

A l’affirmation « les efforts en faveur du vélo faits par la ville sont importants », Nantes n’arrive qu’en quatrième position, derrière Strasbourg, Paris et Rennes. En 4e place aussi sur l’évolution de la situation pour les cyclistes depuis 2017 (derrière Paris, Rennes et Lyon). Ce qui confirme le constat fait par les observateurs locaux de l’échec du plan vélo depuis 2015. Avec le baromètre de la FUB, ces militants pourront toujours se consoler en se disant que ça reste moins pire qu’ailleurs…

Moins pire en tout cas que dans le reste des Pays-de-la-Loire, où les résultats ne sont guères brillants, comme en témoigne cet extrait du classement de la FUB :

FUBPdL