Nous ne dévoilons pas là un grand secret de fabrication, mais c’est un fait toujours intéressant à rappeler : une enquête s’interrompt rarement avec la publication d’un article. En voilà une nouvelle illustration : une semaine après vous avoir entraîné sur la piste des masques distribués aux Nantais lors du déconfinement, nous avons continué à l’arpenter, pour croiser au bord de la route de nouveaux personnages et dénicher de nouvelles informations.

Parmi les nombreuses réactions que cet article a suscité, il y a d’abord celle des industriels régionaux du textile et de la maroquinerie. Rassemblés autour du pôle « Mode Grand Ouest », la centaine d’entreprises du secteur (rassemblant près de 5 000 salariés) n’a pas l’intention de laisser le marché des masques aux producteurs étrangers, privilégiés pour le moment par certaines collectivités locales dont Nantes Métropole, le département de Loire-Atlantique ou la Région des Pays de la Loire. PDG de trois sociétés membre du pôle Grand Ouest, Xavier Jardon nous a ainsi envoyé un mail suite à notre enquête. « J’ai été effaré de voir à quel point il était urgent que nous, fabricants locaux, réagissions ! », confie-t-il.

https://www.mediacites.fr/enquete/nantes/2020/05/20/du-portugal-a-la-mairie-en-passant-par-lafnor-sur-la-piste-des-masques-distribues-aux-nantais/

« Notre métier, c’est produire. Nous n’avons pas vu venir le marché qui s’ouvrait à nous », admet-il néanmoins. D’autres, en revanche, ont eu le nez creux. Ces autres, ce sont les négociants d’un jour. Ceux qui ne connaissaient rien au marché des masques avant la crise (rappelez-vous ce producteur de pièces détachées automobiles dont nous parlions la semaine dernière) mais qui, grâce à leurs contacts et face aux demandes pressantes des collectivités locales, ont saisi l’opportunité. « En avril, c’est vrai que nous étions dans l’incapacité de répondre à toutes les commandes locales. Il nous fallait un peu de temps pour nous organiser et faire les tests nécessaires auprès de la DGA (Direction Générale de l’Armement) », raconte Xavier Jardon.

Entre le Portugal et Nantes, le prix du masque grimpe de 92% 

Une période durant laquelle les négociants ne s’embarrassaient pas des préconisations de l’État français et faisaient appel à des entreprises étrangères, aux normes moins contraignantes mais à la production massive assurée. « Nous sommes rapidement montés en puissance », poursuit Xavier Jardon. Aujourd’hui, le pôle « Mode Grand Ouest » a les capacités de produire chaque jour 200 000 masques. » Largement suffisant pour répondre aux commandes publiques.

Encore faut-il que ce ne soit pas trop tard. En effet, c’est par millions que ces masques ont été commandés en avril et début mai par les collectivités. Certaines, comme la ville de Nantes, disposent désormais de stocks pour plusieurs mois de consommation (jusqu’en août). Une situation qui fait bondir le représentant de « Mode Grand Ouest ». « Je suis furieux quand je pense à nos salariés en chômage partiel qu’on aurait pu faire travailler sur ces masques. »

Non seulement des commandes locales auraient permis de pérenniser les emplois mais, en plus, elles auraient coûté moins cher aux contribuables. Alors que la plupart des collectivités locales ont acheté les masques entre 2,50 euros et 4 euros à des négociants, « Mode Grand Ouest » propose des masques grand public en tissus, lavables 10 fois (spécification Afnor et tests déclarés DGA), au prix de… 1,68 euros TTC. « Clairement, on ne fait pas de marge sur ce produit. Ce n’est pas dans notre philosophie mais cela permet de sauvegarder des emplois », explique Xavier Jardon.

Une « philosophie » bien éloignée de celle des négociants qui ont su se rapprocher des collectivités locales au bon moment. Comme la société Embody qui a livré la plupart des masques nantais et métropolitain. Dans notre enquête de la semaine passée, nous expliquions avoir contacté – sans succès – la société portugaise Petratex, productrice des masques nantais. Une semaine après, nous avons réussi à obtenir ses tarifs. Il faut compter 1,90 euros par masque pour des modèles équivalents à ceux distribués par la mairie de Nantes qui, elle, les a achetés 3,66 euros… Soit plus de 92 % d'augmentation entre le producteur et le client final. Et encore, il s’agit là d’un tarif pour les nouveaux clients. Embody se fournissant régulièrement auprès de Petratex, il est fort possible qu’elle ait bénéficié d’un prix plus compétitif. Décidément, notre voyage sur la piste des masques nantais nous aura réservé bien des surprises…

==> Lire ou relire le premier volet de cette enquête : Du Portugal à la mairie en passant par l'Afnor, sur la piste des masques distribués aux Nantais

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Diplômé du CFPJ (après une Licence de Communication), j'ai débuté ma carrière dans le groupe Europe 1 (Europe 2, Europe 1), avant d'occuper un poste de journaliste au sein de la rédaction de Radio Fidélité à Nantes. Après une année passée à la rédaction française de Radio Vatican à Rome, j'ai fait un retour à Radio Fidélité en tant que rédacteur en chef jusqu'en avril 2017. J'ai réalisé quelques piges également pour Télénantes, France 3, France Bleu et La Croix. Depuis septembre 2017, je collabore avec Médiacités Nantes et les radios RCF des Pays de la Loire (RCF Anjou, Vendée et Sarthe).