Nicolas Hulot, François de Rugy puis Élisabeth Borne. Ils sont désormais trois ministres de l’Écologie à s’être successivement penchés sur l'inquiétant mystère des huit éoliennes du parc des Quatre seigneurs à Nozay (Loire-Atlantique), à mi-chemin entre Nantes et Rennes. Mediacités tentait de le percer dès février 2019, notre enquête débouchant sur une large médiatisation du problème. Jeudi 11 juin, neuf mois après que la préfecture de Loire-Atlantique les ait demandées, la ministre Élisabeth Borne a annoncé avec son collègue de l’Agriculture Didier Guillaume deux études supplémentaires. Deux nouvelles études qui s’ajouteront donc aux 25 déjà effectuées sur le site.

La première portera « sur la question de l’imputabilité des troubles constatés au niveau des deux élevages à la présence du parc éolien » et sera menée par des experts de l’Anses. La seconde, conduite par les ingénieurs du Cgedd et du Cgaaer doit « dresser un état des lieux des études existantes pour faire le tri entre les hypothèses crédibles et celles à écarter sur la situation des deux élevages ». Toujours plus de sigles pour, en réalité, faire la synthèse des nombreuses investigations déjà réalisées en sept ans. L’une des exploitantes, Céline Bouvet, n’est d’ailleurs pas convaincue. « Je reste sceptique, car on nous mène toujours en bateau depuis des années, soupire-t-elle. Notre histoire continue de déranger. »         

 

Des éleveurs incités à... changer de métier ou déménager

L’arrêt total des huit éoliennes du parc, préconisé dès 2016 dans un rapport d’experts du GPSE , n’est toujours pas à l’ordre du jour. Il en coûterait 10 000 euros par jour, à la charge des autorités ou de l’exploitant, le fonds allemand KGAL. « Avec une mise hors tension, de nouvelles mesures, on trouverait la vérité » veut toujours croire l’autre exploitant, Didier Potiron.          

Selon nos informations, la Chambre d’agriculture de Loire-Atlantique a été mandatée par la préfecture pour estimer la valeur des exploitations après avoir proposé trois solutions aux agriculteurs : une reconversion professionnelle, le passage à une exploitation végétale ou la délocalisation de l’existant. « Les choses ne sont pas finalisées avec les agriculteurs. L’idée est qu’ils puissent continuer dans de meilleures conditions, par une délocalisation ou autre, le plus rapidement possible », temporise autant que confirme la Chambre d’agriculture 44.

Pas de simple effet nocebo

En attendant, les décès de vaches par centaines, la baisse dramatique de la qualité du lait et les maux dont souffrent les exploitants comme des dizaines de riverains (épuisement, troubles du sommeil, douleurs musculaires, accélération de pathologies existantes) demeurent. Sans que personne ne soit en mesure de les expliquer. Et ce alors même que la corrélation temporelle avec la construction du parc a été établie dès 2015 par l’Oniris (école vétérinaire de Nantes).

L’année dernière, le service pathologies professionnelles et environnementales du CHU de Nantes avait mené une vingtaine de consultations d’habitants, rejetant l'idée d'un simple effet nocebo. L’incertitude demeure notamment totale sur l’incidence du champ électromagnétique des câbles de raccordement de 20 000 volts enterrés au milieu de failles rocheuses.

Une nouvelle plainte contre X pour mise en danger de la vie d’autrui, qui vise la SAS Ferme éolienne de Nozay, la préfecture et Enedis, a d’ailleurs été déposée à l’automne par Maître Sébastien Échezar, l’un des avocats des agriculteurs. « Les études n’ont jusqu’à présent pas démontré de lien de causalité entre les troubles constatés et le fonctionnement du parc éolien. Pour autant, les troubles constatés par deux exploitants agricoles perdurent » campe sur ses positions la préfecture de Loire-Atlantique.          

Thibault Dumas
Franco-américain, je suis journaliste professionnel à Nantes depuis plus de dix ans, en radio puis en presse écrite, comme pigiste désormais. Je collabore avec Mediacités, édition nantaise, depuis la préparation de son lancement, en 2017. Je n'ai pas de spécialité en tant que telle mais j'enquête plutôt (seul ou en équipe) sur les montages fiscaux (Waldemar Kita, FC Nantes, Manitou, etc), la politique sous toutes ses formes, le social (Le Confluent, Centrale Nantes, Beaux-Arts de Nantes, etc) et un peu d'écologie (déchets, éoliennes de Nozay, etc). Pour me contacter : thibault.dumas@mediacites.fr.