Le CHU de Nantes n’a plus de maître d’œuvre. Alors que le chantier est désormais engagé, il n’en a plus depuis déjà six mois, soit le début du mois d’avril. C’est à cette date, le 5 très précisément, que le groupement chargé de la réalisation du bâtiment – à savoir le cabinet d’architectes Art & Build, associé à l'architecte Jean-Philippe Pargade, au bureau d'études Artelia et au cabinet Signes Paysages - a été évincé par la direction de l’hôpital.

Chez les professionnels du BTP, l’information filtrait depuis un petit moment déjà et, à Mediacités, nous cherchions à en connaître les tenants et les aboutissants avant de la publier. Nos confrères de Presse-Océan ont été plus rapides, annonçant la nouvelle sur leur site puis dans leur édition d’hier matin, mercredi 6 octobre. Elle leur a été confirmée par la direction du CHU ainsi que par une cheffe de projet de l’agence Signes Paysages. Tous les autres acteurs du dossier, des architectes à la Métropole, restant murés dans le silence, comme ils l’étaient avec Mediacités.

A qui la responsabilité du dérapage financier ?

L’article de nos confrères confirme la piste sur laquelle nous travaillions : entre le CHU et les architectes qui ont conçu le nouveau bâtiment, les causes de la rupture semblent liées au dérapage financier du projet. Annoncé à 528 millions d’euros en 2014 (valeur d’époque), le budget de construction a été plus que multiplié par deux pour atteindre désormais 1,2 milliard d’euros. Et c’est sur la responsabilité de cette explosion des coûts que semblent avoir achoppé les relations entre maître d’ouvrage et maître d’œuvre.

Nous en avions acquis la certitude en juillet dernier, en examinant les ordonnances du juge des référés du Tribunal administratif de Nantes. Le 19 juillet, l’une d’elles donnait acte de l’abandon par Art & Build et ses associés d’une procédure lancée le 1er juillet contre le CHU. Malgré ce désistement, le texte laissait néanmoins filtrer plusieurs indications intéressantes.

  • D’abord, que le groupement de maître d’œuvre contestait la résiliation du marché de maîtrise d’œuvre par le CHU en date du 5 avril dernier, confirmant ainsi qu’ils avaient bien été évincés.
  • Ensuite, que cette résiliation avait eu lieu pour « faute », ce que contestait justement le groupement.
  • Enfin que cette « faute » était bien liée au dérapage financier du projet. « La faute motivant la décision n’est pas établie dès lors que le CHU de Nantes porte la responsabilité du dépassement du coût prévisionnel ; la maitrise d’œuvre n’a pas commis de faute ; le CHU a été lui-même défaillant dans la gestion et la conduite de l’opération », écrivait ainsi l’avocat du groupement dans sa demande.

Dernier point intéressant : l’abandon de la requête par ceux qui l’avaient déposée. Un signe que, menace judiciaire aidant, tout le monde avait fini par se remettre autour de la table pour discuter d’un protocole transactionnel. Un dédommagement dont le montant reste encore inconnu, mais qu’il faudra ajouter à la facture de plus en plus lourde du futur CHU.

Ordonnance TA CHU

Sur le chantier, le retard s'accumule

Une facture qui va d’ailleurs continuer de grossir après ce nouvel avatar. Tout comme va continuer de déraper le calendrier. Parce qu’après le temps passé – et l’argent dépensé – à se débarrasser du premier maître d’œuvre, le CHU doit en trouver – et rémunérer - un second. Lancée le 17 juin dernier, la procédure – un appel à la concurrence – n’arrivera à son terme que dans les semaines qui viennent. Il faudra ensuite à l’équipe choisie le temps indispensable pour prendre la mesure du projet, même si celui-ci ne devrait pas évoluer dans sa forme.

Alors que le chantier a déjà beaucoup de mal à démarrer, ainsi que nous le confirmaient encore récemment plusieurs sources, ce changement de maître d’œuvre ajouterait entre huit et dix mois de retard à ceux déjà accumulé. Autant dire que l’objectif d’une ouverture en 2026 (contre 2023 au début du projet) risque d’être de plus en plus difficile à tenir. La Métropole curieusement mutique sur le sujet y trouvera peut-être un motif de soulagement : tout retard pris dans la construction du nouveau CHU lui offre un délai pour venir à bout de ses propres chantiers (la construction de parkings et de deux lignes de tramway pour assurer la desserte de l’établissement). Des projets « indispensables au succès de l’opération » et qui doivent impérativement sortir de terre en même temps que le futur hôpital, comme le rappelait la Chambre régionale des comptes, il y a tout juste un an.

Benjamin Peyrel
Co-fondateur de Mediacités et rédacteur en chef de son édition nantaise. Avant de me lancer dans cette aventure, j'ai débuté au quotidien La Croix et suis passé par différentes rédactions (L’Humanité, Le Parisien, etc), avant de rejoindre L’Express et d'écumer préfectures et sous-préfectures pendant dix ans. Je m’intéresse notamment aujourd’hui aux montagnes de données que les collectivités comme les citoyens produisent quotidiennement et aux moyens de les utiliser pour faire avancer l'information.