En avril dernier, Mediacités avait levé le voile sur le climat mortifère régnant au sein du commissariat de police de Saint-Nazaire. En l’espace d’un mois et dans des dossiers distincts, deux policiers venaient d’être jugés pour avoir falsifié des éléments d’enquête. En toile de fond, on découvrait alors comment l’une de ces affaires avait indirectement conduit une autre policière nazairienne, Marielle Macquet, à se suicider avec son arme de service dans les douches du commissariat en janvier 2020. Un acte reconnu comme « imputable au service », c’est-à-dire d’origine professionnelle, par le ministère de l'Intérieur.

Cette quinquagénaire, mère de deux enfants et alors « cheffe d’orchestre » du très stratégique Bureau d’ordre et d’emploi (BOE) [qui répartit les effectifs d’un commissariat], venait d’apprendre que son poste – très convoité – allait être confié à sa collègue Fanny Cadiet, compagne du n°2 du commissariat. Cette dernière ne pouvait plus exercer d’enquêtes judiciaires après avoir inventé de faux aveux de viol dans une affaire criminelle. Depuis, elle a été condamnée pour ces faits par le tribunal correctionnel de Nantes. Une audience au civil est d’ailleurs prévue le 5 novembre prochain, pour savoir combien elle devra payer de dommages et intérêts au suspect qui a passé un an en détention provisoire pour rien. Son employeur, l’État, a déjà dû verser 30 000 euros de dédommagements au malheureux.

« Harcèlement moral »

La justice nantaise n’a toutefois pas fini d’entendre parler du commissariat de Saint-Nazaire. En novembre 2020, une information judiciaire a en effet été ouverte pour « harcèlement moral » suite au suicide de Marielle Macquet. Selon les informations de Mediacités, l’enquête vient de franchir une étape importante : elle a été confiée cet été à un juge d’instruction. L'enquête est pour l’instant « ouverte contre X », précise une source proche du dossier. Ce mardi 19 octobre 2021, les deux fils de la défunte ont été entendus par un enquêteur.

Le juge va surtout pouvoir s’appuyer sur le rapport « rédigé à toutes fins utiles » par leur mère en juillet 2019, soit six mois avant son suicide : explicite et daté, il décrit de façon circonstanciée la situation de « harcèlement moral » qu’elle ressentait alors et « l’attitude malveillante de certains de [ses] collègues ». En nommant les intéressés.

Un « renouvellement de l’encadrement » en cours

Sur cette base, le juge d’instruction va tenter de déterminer les responsabilités des uns et des autres. A commencer par celle de Franck Perrault, patron à l’époque du commissariat de Saint-Nazaire et désormais directeur départemental de la sécurité publique (DDSP) des Deux-Sèvres  : il était en copie de mails qui attestaient des relations conflictuelles qui empoisonnaient la vie de son commissariat. Interrogé début septembre par Mediacités, le nouveau procureur de la République de Nantes, Renaud Gaudeul « ne souhaite pas communiquer » sur le sujet.

Le nouveau directeur départemental de la sécurité publique (DDSP) de Loire-Atlantique, Nicolas Jolibois, était pour sa part initialement disposé à en parler. Un entretien téléphonique avec Mediacités avait même été envisagé en juillet dernier, avant que l’intéressé ne se ravise et se contente de nous faire parvenir un communiqué de presse.

« Une situation dégradée depuis de nombreuses années »

« Le suicide d’une fonctionnaire en janvier 2020 a mis en exergue une situation dégradée depuis de nombreuses années à l’hôtel de police de Saint-Nazaire, convient la DDSP. Le nouveau directeur départemental (…), suite à ses échanges avec la parité syndicale et ses rencontres avec les fonctionnaires, a pris la mesure de la situation. » Une « cellule risques psycho-sociaux » a ainsi été réunie « dès avril 2021 », relève le communiqué de presse.

« Du diagnostic partagé, il ressort des mesures de renouvellement de l’encadrement déjà engagées et la proposition d’un partenariat avec un tiers - expert dans le domaine de la psychologie au travail », peut-on y lire aussi. Ce « partenariat » était alors « en cours de négociation » pour une « mission conseil ». « Les indicateurs d’activité de la CSP [circonscription de sécurité publique, ndlr] de Saint-Nazaire, aujourd’hui favorablement orientés, mettent en relief l’amélioration du climat social au sein du collectif de travail. »

On l’espère pour les fonctionnaires du commissariat : selon nos informations, certains de leurs collègues incriminés par Marielle Macquet dans cette affaire de « harcèlement moral » sont toujours en poste.


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