Le jeudi 4 octobre, Mediacités annonçait que Jean-Christophe Garrigues, chercheur toulousain du CNRS, avait repéré dans les cachets de la nouvelle formule du Levothyrox des éléments inconnus qu’il pense être des éléments chimiques impurs susceptibles de déclencher les effets indésirables que subissent des milliers de malades de la thyroïde en France : maux de ventre, nausées, crampes, fatigue, pertes de cheveux, troubles digestifs, perte de poids, syndromes dépressifs... Ces révélations de Mediacités ont semé la zizanie : le CNRS et l'Université Paul Sabatier de Toulouse ont fait annuler la conférence de presse qui devait se tenir le lendemain ! En effet, l'étude de Jean-Christophe Garrigues a été menée dans son laboratoire avec un financement de l'association française des malades de la Thyroïde (AFMT), sans qu'aucune convention ne soit signée avec le CNRS. L'organisme public de recherche n'avait même pas été tenu informé des travaux de son chercheur.

L’AFMT a aussitôt tenté de se mettre dans les clous de la procédure. Dès le vendredi 5 octobre, l’association a signé une convention « permettant d’engager le dialogue avec le CNRS », chose qu’elle n’avait pas encore faite. Elle a aussi envoyé un chèque de caution, dans l’espoir de valider au plus vite le conventionnement. Sauf que le CNRS, lui, précise à Mediacités ne pas avoir signé de convention en retour « avec l'AFMT. Et il n'est pas prévu qu'il y en ait une prochainement. L'organisme prend le sujet au sérieux et recherche les chercheurs et laboratoires les plus pertinents pour mener des recherches à ce sujet ».

Dans un communiqué de presse, vendredi, le CNRS et l'Université Paul Sabatier s'engageaient « à encourager leurs laboratoires compétents dans le domaine à travailler dans l’élucidation des questions soulevées par lesdits résultats. » Il faut dire que les études de Jean-Christophe Garrigues, même si elles ont froissé l'organisme public de recherche, soulèvent plusieurs questions majeures. Les éléments chimiques impurs décelés sont-ils bien à l’origine des effets indésirables ressentis par les malades depuis le changement de formule du médicament en mars 2017 ? Depuis cette date, la composition du Levothyrox a-t-elle évolué, comme le laissent penser ces découvertes ? Si le fabricant Merck a démenti le 5 octobre toute modification de la nouvelle formule du comprimé, le laboratoire pharmaceutique n’a pas répondu aux demandes de précisions de Mediacités concernant les conséquences possibles d’un changement de lieu de fabrication sur le dosage des composés, ni sur les quantités des éléments chimiques présents dans la nouvelle formule du Levothyrox.

 « La non publication des résultats des analyses a provoqué un gros mouvement de colère »

Le dimanche 7 octobre , l'Association française des malades de la thyroïde a envoyé un courrier au président-directeur général du CNRS, Antoine Petit (voir ci-dessous). L’association, qui représente 8400 victimes d'effets indésirables provoqués par la nouvelle formule du Levothyrox, souhaite que le chercheur toulousain « Jean-Christophe Garrigues accompagne, sur les données acquises, les analyses à venir ». Deux autres associations de malades, L'Union des papillons et les Victimes du nouveau Levothyrox Occitanie, ont décidé vendredi de se rassembler pour créer une association commune, l'Union pour la gestion des crises sanitaires, et soutenir l'AFMT dans le but de comprendre les causes scientifiques des effets indésirables du médicament. Contactée par Mediacités, Chantal L’Hoir, présidente de l'AFMT, précise que « la non publication des résultats des analyses effectuée par Jean-Christophe Garrigues, qui permettent d’avancer dans la recherche des causes des souffrances vécues par les victimes de la nouvelle formule du Levothyrox, a provoqué un gros mouvement de colère ».

Monsieur le Président

Une poursuite des recherches... à condition d’y intégrer le chercheur toulousain

Dans son courrier au directeur du CNRS, l’AFMT propose de mettre à disposition « des séries de comprimés en cause conservées dans des conditions appropriées  », ainsi que le matériel scientifique acheté par l'association, dont nécessitait Jean-Christophe Garrigues pour réaliser ses analyses. Chantal L’Hoir insiste : « Nous souhaitons que Jean-Christophe Garrigues supervise la poursuite des analyses, il a notre entière confiance. Sans cette condition, nous pourrions douter des résultats obtenus à l’avenir. » Contacté par Mediacités, Jean-Christophe Garrigues, toujours en poste, indique s’être engagé à ne pas communiquer sur ce dossier. Le chimiste attend une réponse de l’organisme de recherche pour savoir s’il risque une sanction.

Rozenn Le Saint
Je suis journaliste d’investigation spécialisée dans le social et la santé (auteure avec Erwan Seznec, un autre enquêteur de Mediacités, de Le livre noir des syndicats, Robert Laffont). J’ai démarré en terre bretonne et j’arpente à présent la France, notamment pour les pages régionales de Capital et bien sûr, Mediacités.